‹ L'abbesse de JouarreChapitre 15 sur 75 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

devant moi ! L'abbesse de Jouarre, la seule femme que j'aie aimée! Aussi belle, aussi calme que jamais !

Il se lève, et, après avoir hésité un instant, s'approche de l'abbesse. L ABBESSE, le reconnaissant.

0 mon ami, quel jeu du sort!... Non, Theure est trop solennelle ; ce serait une profanation. Ne me voyez pas, ne me reconnaissez pas. Faisons comme si nous étions morts tous les deux ; nous le serons dans douze heures.

D A R G Y, vivement.

Cette rencontre est l'indice d'une haute volonté pleine d'amour. Le ciel nous offre une dernière joie. Julie, la repousser serait un crime. Rappelez-vous le Christ, qui refusa d'abord le calice, mais ne repoussa pas l'ange consolateur.

l'abbessb.

Non ; si vous m'aimez, laissez-moi. Je vous le

demande. Il me sera doux de penser que je meurs avec vous. Ce soir, dans ma cellule de condamnée, demain, sur les bancs de la charrette, vous serez dans ma pensée. Mais songez au respectueux amour qui a toujours empêché nos lèvres de se joindre. Songez à mon vœu, rendu mille fois plus sacré par le martyre que j'endure pour lui ; respectez ce bandeau que je porterai demain sur l'échafaud. D'Arcy, je vous connais ; vous êtes la plus grande âme, le plus grand cœur que Dieu ait fait en nos tristes jours. Je vous aime. Au nom de notre amour, laissez-moi ; ne me reconnaissez, pas .

Elle tombe sur une chaise, et fond en larmei. D'Arcy s'écarte. Au jout. d'un moment de silence, l'aLbesse se lève et s'approche de Jacquemet^

(A jacquemet.) Monsieur, ne pourriez-vous pas m'indiquer sur-le-champ la cellule que je dois occuper cette nuit?

JACQUEMET, bas.

Tout à votre service, madame.

Il la conduit à une des portes donnant sur l'intérieur, et la suit;.

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