SCENE V D*AnCY
Est-ce une vision? est-ce une réalité?
LA FERTÉ
C'est en tout cas, cher ami, la plus belle récompense de votre vie, si noble et si pure. De tels liasards feraient croire à Dieu. Entrevoir, un instant avant de mourir, la femme supérieure qui ^ traversé votre vie en y versant le charme, puis ia voir s'évanouir comme une ombre sur le seuil de l'infini ! quelle destinée favorisée entre toutes ! Ah! D'Arcy, vous avez des raisons, vous, de bénir la mort. Deux fois seulement, j'ai aperçu la merveille de sagesse, de raison et de beauté, dont vous avez pu étudier toutes les perfections intérieures. C'était chez notre ami, le marquis de
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Saint-Florent, son frère aîné. La solidité de son jugement, l'étonnante liberté de son esprit formaient un ravissant contraste avec l'habit qu'elle portait; c'était comme un parfait accord résultant de notes opposées, la philosophie de notre temps et l'amour du passé fondus ensemble et pacifiés. Gomme je comprends que vous l'ayez
aimée !
d'arcy.
Ce mot ne peut s'appliquer qu'avec réserve à l'affection qui nous unit. J'eus pour elle une de ces amitiés d'enfance qui embaument toute une vie et servent de chemin couvert à l'amour, en permettant une grande familiarité. Elle a vingt-quatre ans; j'en ai quarante! Je l'avoue, j'eus une heure cruelle; ce fut le soir où, pour la première fois (elle avait au plus seize ans) , je la vis en costume religieux dans le salon de son père. L'abbaye de Jouarre était due comme un fief aux grands services que sa famille avait rendus à l'État. Sa sagesse, sa raison précoce, le sérieux de son