ACTE DEUXIÈME
tâche. J*ai voulu l'amélioration du sort de l'humaiiité; j'ai bien servi la nation envers laquelle ma naissance m'avait assigné des devoirs. Descendante de ceux qui ont fondé la France, j'ai gardé leurs traditions, dont la première était la fidélité au serment prêté. La règle que les institutions existantes m'imposèrent, je l'ai respectée; je meurs à mon poste, comme tant de braves de ma famille, qui ont versé leur sang sur l^s champs de batailles j'ai le droit d'être calme.
L'ÉgHse, avec la noblesse, a tiré du néant cette nation, qui maintenant, arrivée à la virilité, égorge ses fondateurs. Chacun portera sa responsabilité devant Dieu; pour moi, je tiendrai mon front haut et tranquille. Ces instituts fondés, transformés par les siècles et où le bien l'emportait sur le mal, j'ai contribué à les maintenir. J'ai enseigné le devoir comme l'entendait le passé, en pénétrant mes leçons de l'esprit de mon siècle. J'ai fait le bien dans ma mesure. Je n'ai rien à me reprocher ; je mourrai en paix.
n L'ABBESSE DE JOUARRE.
Ai-je eu tort de voir clair, quand la lumière est venue me frapper? Ai-je eu tort de suivre le mouvement des idées philosophiques, quand il est devenu évident que les croyances reçues étaient en beaucoup de points insoutenables? Non, non, je ne m'en repentirai jamais. J'ai obéi à la raison. Cette grande et bienfaisante religion chrétienne, telle que notre race et les siècles l'ont faite, avait réservé des asiles pour les femmes sérieuses, préparées par leur nature d'élite à distinguer le fond de la religion, qui est l'âme même de l'humanité, des erreurs qui l'entachent. J'ai été une de ces femmes. J'ai pris au sérieux la vérité. Devais-je renoncer avec éclat à des formes dont ma raison voyait le vide, tout en reconnaissant ce qu'elles avaient d'utile? Je n'ai pas cru devoir le faire. M. Turgot, qui m'adopta comme sa fille spirituelle, me l'interdit. Il disait souvent qu'il n'avait pu se résoudre k porter toute sa vie un masque sur son visage. Ce bandeau n'est pas un masque. Il est le sign3 des devoirs de la femme, plus stricts que ceu: de