ACTE TROISrÊME
rences, le droit de se justifier. A l'appel de la patrie, j'ai pris les armes comme tous ceux de mon âgé, et je peux bien dire que j'ai eu h cela d'autant plus de mérite que je devais, en m 'cl ôlant, faire taire bien des répugnances légitimes. Ma famille était de celles que la Révolution blessait le plus profondément. Le mal était actuel, évident^ le bien était dans l'avenir et incertain. N'importe; le drapeau ignore la politique, et, devant l'ennemi, toute sagacité doit se taire. Je fus récompensé de mon entraînement par la compagnie des héros que je trouvai à l'armée de Sambre-et-Meuse , où je fus incorporé.
Au son de chants de guerre qui nous saisissaient jusqu'au fond des entrailles, nous eûmes bientôt fait reculer les troupes les plus aguerries de l'Europe. Notre dernière bataille s'est livrée à Fleurus. Nous fûmes d'abord écrasés parle nombre, quand un jeune capitaine dont vous entendrez souvent, je vous le prédis, prononcer le nom, Marceau, mon ami, réunit à lui quelques bataillons
décidés à mourir plutôt que d*abandonner un poste d'où dépendait le salut de l'armée. Le combat se rétablissait en même temps sur la Sambre ; Charleroi tombait entre nos mains; Beaulieu ordonnait une retraite générale, nous laissant libre le chemin de Bruxelles. La part que j'ai pu avoir à ces glorieuses journées m'a fart choisir pour en venir porter la nouvelle au Comité de salut public.
Depuis deux jours, je parcourais d'un œil avide ce Paris sombre, qui sait organiser à la fois la victoire et la terreur. Le désir de tout voir me conduisit au tribunal révolutionnaire. Je vous vis, madame, digne, calme et froide, sans provocation ni faiblesse, devant ces juges odieux. Votre courage, votre attitude résignée, votre beauté me blessèrent au cœur. L'idée me vint d'abord de me perdre avec vous. Puis je réfléchis que je pouvais vous sauver. Carnot m'avait dit que le porteur d'une si belle nouvelle n'avait qu'à exprimer un désir pour le voir réalisé. Quel désir pouvais-je avoir, si ce n'est de