ACTE TROISIÈME
VOUS arracher à une mort affreuse? J'ai réussi; votre nom a été rayé de la liste fatale.
Et quelle récompense veux-je réclamer pour ma victoire? Une seule, madame, celle de venir vous l'annoncer. Oui, je l'avoue, j'ai désiré le rôle de messager de paix en ces lugubres corridors. J'ai voulu vous dire : « Par moi, vous vivrez pour de nobles devoirs. » Est-ce trop, madame? Demain, je pars pour Bruxelles, où je sais qu'en ce moment mes compagnons d'armes font leur entrée. La Hollande nous appelle; nous ne nous faisons pas d'illusion : c'est l'Europe coalisée que nous aurons vingt fois à combattre. Notre génération sera fauchée; d'autres nous suivront,
JULIE
Voilà de hautes pensées, monsieur. Vous m'avez un moment soustraite à d'affreuses angoisses; en vous entendant, j'ai la preuve que la France existe encore et qu'elle revivra. Mais permettez-moi une
question : puisque vous avez vu les crimes de Paris, pourquoi n'employez- vous pas ce grand courage à chasser les brigands qui décapitent la patrie, la remplissent de sang et d'horreur,
LA FRESNAIS.
Non, madame, et votre grand cœur nous comprendra. Quand la patrie est en danger, on ne raisonne pas. Cette horrible tête de Méduse qui pétrifie les cœurs les plus braves, c'est la France après tout. Ces horreurs, nous les ferons cesser, je le jure ; mais nous les ferons cesser par la victoire sur l'ennemi. Nous délivrerons la France de la terreur, quand nous l'aurons délivrée de l'étran ger. L'étranger vaincu, la terreur cessera. En ce moment, peut-être l'armée de la France, dans les provinces révoltées, ravage mes terres, brûle la demeure de mes ancêtres, tue mes proches. Je pleure sur tant d'infortunes, mais je fais mon devoir. Peu nous importe qu'un jour les Machiavcls de l'avenir disent de nous : « Ce furent de pau-