‹ L'abbesse de JouarreChapitre 48 sur 75 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

ner avec le devoir. L'aspiration transcendante est mauvaise en tout; oh ! vous devez maintenant le voir; heureux les simples ! Je suis un trop humble prêtre pour que vous m'ayez jamais remarqué; mais qui ne connaissait Tabbesse de Jouarre? Votre noblesse, votre grandeur frappaient tout le monde ; la princesse perçait en tous vos actes ; vos hautes études, vos relations avec les premiers esprits du temps vous avaient fait croire que les grands n'ont pas besoin des soutiens nécessaires aux petits. Vous aviez depuis longtemps cessé de prier; vous laissiez aux simples les sacrements et les pratiques que l'ÉgUse a établis pour tous. Vous êtes punie de votre orgueil. Mais la miséricorde divine a laissé place au pardon. Vous avez un moyen de réparer vos deux fautes : c'est de vivre.

JULIE

Non, je ne vivrai pas; ce châtiment est au-dessus de mes fautes. Je veux mourir.

l'abbé clément.

Vous vivrez ; vous verrez ce que c'est que Texîstence humaine dans les conditions de tous. C'est rude, allez ! Ces institutions fastueuses, du côté desquelles l'Église avait trop versé, vont cesser d'être. L'abbesse de Jouarre survivra, simple femme, à l'orgueilleuse fondation qui l'a perdue. Acceptez ce sort comme votre pénitence. Votre expiation sera de subir la loi générale. Résignez-vous à gagner votre vie dans les âpres conditions de l'heure présente. Peut-être serez-vous mère...

JULIE

0 Dieu

l'abbé clément.

En ce moment, vous n'êtes ni sage ni chrétienne. C'est votre aveu qui m'autorise à vous le dire : oui, vous serez peut-être mère dans neuf mois. Vos devoirs seront durs. Dans dix mois peut-être, vous mendierez pour votre enfant.

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