II PRÉFACE
son de Paris. On y mettait les suspects, en quelque sorte condamnés d'avance; on n'en sortait que pour aller au tribunal révolutionnaire ou à la moct.
Je cherche souvent à me représenter les discours qu'ont dû entendre ces cellules, éventrées par les démolisseurs, ces préaux, dont les derniers arbres viennent d'être abattus. Je me figure les conversations qui ont été tenues dans ces grandes salles du rez-dechaussée, aux heures qui précédaient l'appel, et j'ai conçu une série de dialogues que j'intitulerais, si je les faisais, Dialogues de la dernière nuit. L'heure de la mort est essentiellement philosophique. A cette heure-là, tout le monde parle bien, car on est en présence de l'infini, et on n'est pas tenté de faire des phrases. La condition du dialogue, c'est la sincérité des personnages. Or l'heure de la mort est la plus sincère de toutes, quand on arrive à la mort dans les belles conditions, c'est à-dire entier, sain d'esprit et de corps, sans débilitation antérieure. L'ouvrage que