SCENE IV
JULIE arrive et reconnaît La Fresnais.
0 ciel !
LA FRESNAIS.
Oui, c'est moi, madame, et cette rencontre n'est pas l'elfet d'un hasard. Le jour où, pour vous obéir, je vous abandonnai dans les murs du Piessis, et le lendemain, je ne quittai pas la porte de la prison ; on me parla avec mystère de votre désespoir, de votre tentative de suicide. Quelle force sur moi-même, quel respect de votre volonté il me fallut pour ne pas pénétrer près de vous! Je vous avais donné ma promesse. Quand je dus partir pour Bruxelles, sous peine de déserter mon drapeau, votre vie était sauve. Depuis un an, h travers les aventures les plus inouïes de la plus folle guerre qu'aient menée par le monde des
adolesceuts enfiévrés, votre image m*a suivi ; je n'ai eu qu'un désir, revenir à Paris pour vous retrouver. Un secret pressentiment me ramenait en ces quartiers, d'où je supposais, sans savoir pourquoi, que vous n'aviez pas du vous éloigner. Pouvez-vous me faire un crime d'un culte qui me remplit tout entier et qui n'a pour cause que votre supériorité? C'est votre faute, madame ; vous étiez trop divine à la barre du tribunal révolutionnaire. Et, aujourd'hui que je vous retrouve sous le vêtement d'une femme de travail, vous m'apparaissez plus admirable encore. Les sentiments que j'ai pour vous m'ont préservé de toutes les séductions vulgaires. Demandez-moi de souffrir en silence; mais ne me demandez pas de ne point souffrir.
JULIE
Vous êtes cruel, monsieur, en promenant un fer rouge sur les lèvres d'une plaie qui ne saurait être cicatrisée. Je vous l'ai dit ; je vais vous le dire encore : un mystère couvre ma destinée ; il m'est