ACTE QUATRIÈME
interdit de le révéler. Je ne peux aimer personne, et j*ai trop de raisons de vous aimer, vous qui, par amour, m* avez sauvée des bras de la mort. Je vous adresse donc pour la dernière fois une prière ardente, une supplication. Ne cherchez plus à me voir. J'ai été près d'un an sans sortir du réduit oîi je cache ma vie. Je suis venue en ce jardin pour gagner ce qui est nécessaire h l'existence de ce petit être, qui seul m'empêche de mourir. Je devrais être morte; tenez-moi pour telle, monsieur. Adieu.
LA FRESNAIS.
Non, non ! Ce n'est pas possible. Je dirai presque que vous me devez la vérité. La femme n'est pas juge en sa propre cause. Le ciel m'a mis sur votre chemin pour être votre frère, voire appui. Je vous ai arrachée à la mort; j'ai un droit moral à remplir auprès de vous. Cette vie de réclusion, qu'un sentiment ascétique n'explique pas!... Cet enfant de quelques mois!... Votre meilleur ami, celui qui, de voire aveu, devrait être votre
époux, si un motif supérieur ne s'y opposait, n*at-il pas le droit d'être éclairé sur des points où votre honneur se lie. N'est-il pas naturel que je sois jaloux de la pureté immaculée d'une vie que j'ai sauvée? Ah! madame, ma récompense serat-elle d'endurer, en pensant à vous, une torture sans fm?
JULIE
Ne voyez-vous pas que ce qui fait mon martyre est d'être obligée de faire le vôtre, d'être condamnée à reconnaître votre courageux amour par l'ingratitude apparente? Vous m'avez tirée des bras du bourreau; je vous désole. Vous êtes l'homme du monde dont l'estime m'est la plus chère, et je suis forcée de vous laisser douter de moi. Ah! c'est trop fort, monsieur. Pitié ! pitié ! Par cette main que je vous tends et que je vous permets de serrer (eiie lui tend la main), je jure que je méritais le sentiment qui vous a porté à m'aimer. Gardez mon souvenir comme une douceur, non comme