ACTE CINQUIÈME
consentement à l'union qui était dans nos vœux à tous. Ce jour comptera entre les plus beaux de l'histoire de notre famille. Votre jeune gloire s'allie bien à notre vieil honneur. Je voudrais que ceux que nous avons perdus dans la tourmente fussent ici pour vous accueillir en frère, vous embrasser comme un des leurs.
JULIE 80 lève, forte et résolue.
Vous avez appris, monsieur, le mot d'une énigme qui a du longtemps vous sembler inexplicable. J'ai lutté contre les sentiments les plus profonds de mon cœur; pendant sept ans, j*ai dû vous paraître ingrate, obstinée dans mes refus. Il m'était absolument impossible de vous révéler le motif de ces refus. Cétait le secret d'un mort, et, si j'ai eu tort de céder à mon amour pour D'Arcy, je ae pouvais trouver d'excuse, au tribunal de ma propre conscience, que dans le caractère unique, étrange, presque fatal de cet amour. Tout autre amour m'était interdit, et, avec cela, j'aurais été
coupable de ne pas voir ce que vous valez. Ah ! monsieur, que j'ai souffert! Depuis longtemps la douleur m'eût consumée, si je n'avais été impérieusement rattachée à la vie par le besoin que cette enfant avait de moi.
Juliette se jette dans les bras de sa mère ; elle lui prend la main et reste près d'elle jusqu'à la fin.
Je ne sais, monsieur, si nous reverrons jamais la pleine joie, celle qui suppose l'inexpérience et la naïveté. Nous serons, je le crains, toujours un peu comme ces initiés antiques, qui, après avoir assisté aux visions terribles de certains mystères, pouvaient bien continuer de vivre encore, mais ne riaient plus. Nous avons vu trop de choses pour qu'il nous soit possible de reprendre la vie avec cette sérénité enfantine qui est l'heureux don des simples. Mais nous avons assez vécu tous les deux pour avoir appris que la désillusion est aussi une bonne condition de bonheur. Je vous aime, monsieur, d'un amour que des années de silence ont concentré, non affaibli. Pour des âmes comme les nôtres, l'amour ne va pas sans le devoir. Prenez-