‹ L'abbesse de JouarreChapitre 75 sur 75 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

moi telle que je suis, pour une ressuscitée à la vie, décidée à la recommencer avec vous.

Son visage se détend peu à peu et finit par devenir rayonnant.

Je revis avec la France ; je revis en vous et par vous. Je suis convaincue de n'être pas infidèle à l'homme grand et bon qui a été mon époux d'une nuit. Vous accepterez que son image ait la première place dans le sanctuaire de mes souvenirs.

Cette enfant. . . (JuUette la regarde d'un œil étonné), CCttO CU-

fant trouvera chez vous Taffection que son père lui eut donnée. Votre gloire, monsieur, je l'adopte et la fais mienne. Je suis fîère de vous (eiie luitend la main) autaut quo d'un de mes ancêtres. Nous avons à refaire la France, unissons-nous. Grand et glorieux ami, il y a sept ans, votre amour, à votre insu, fut pour moi le pire des malheurs. Il me rejeta dans la vie, quand déjà un pacte sanglant avait été conclu entre mon honneur et la mort. Recevez aujourd'hui mon pardon. J'abdique ma fierté entre vos mains. Je m'étais interdit jusqu'ici d'être tendre et faible. L'amour avait été pour

moi si noir de perfidies, que je m'étais prise à le haïr. En me donnant h vous, je suis sure de ne trahir personne. Je la veux, je la veux, cette main héroïque, qui a tenu victorieuse Tépée de la France. Bénéficions du privilège de ceux qui ont vu de près la mort. Puisons dans notre hauteur morale et notre mépris de la vulgarité la force de vivre encore et d'aller au-devant des incertitudes de l'avenir.

Légère impression de cloches dans l'air. LA FRESNAIS.

Bénis soient les scrupules qui, en différant mon bonheur, m'ont permis de vous voir encore vingt fois plus admirable que le jour terrible où, pour la première fois, sur les bancs du tribunal révolutionnaire, vous ravîtes mon cœur.

Page 1