‹ L'ABC de l'esprit et du cœurChapitre 12 sur 55 · DEPUTE · texte numérisé non relu

DEPUTE

(Fragment d'histoire anté-diluvienne)

B. — Il ^ grand et superbe comme Perrier, Arago, le duc de Fitz-James ;

Petit et maigre comme MM. Thiers et Guizot ;

Chauve comme M. 0. Barrot et cent cinquante de ses collègues ;

Frisé comme M. de Salvandy;

Soigné, cravaté de blanc et recouvert de haute distinction comme le marquis de La Fayette ;

Négligé, mais bienveillant comme M. Sauzet.

Les hommes, les femmes et les enfants du cheflieu, du canton même, le désignent ainsi :

Notre député.

ïi leur rend leur politesse,... les appelant sans distinction d'âge ni de sexe : Mes électeurs.

Le député que vous voyez passer Sur le pont de la Concorde, à l'ouverture de la session vient de Paris ou de la province, plus généralement de celle-ci. C'est un homme presque toujours marié, qui a trente ans au moins, paye cinq cents francs de contributions au moins, qui a rencontré un concurrent au moins sur lequel 11 a obtenu une voix de majorité au moins.

Voilà pour le député élu. La France est à lui, mais le roi n'est pas toujours son mattrc.

Le député à élire est, en général, le député qu'on a déjà élu.

Le député déjà nommé — comme toute pièce déjà jouée sous un autre titre — a grande chance de l'être encore. En France, que de reprises... presque toujours perdues!

Les députés en masse représentent le pays ; mais au bout de quelques années de législature, tous les députés se ressemblent. C'est sans doute ce qu'ils ont de mieux à ïaire ; cela donne un grand air d'unité à notre pays de Champenois, de Bretons, de Gascons, de Normands, etc.

D. — Les élections constitutionnelles avaient un grand caractère, malgré la banalité de certaines cérémonies, malgré la corruption de certaines pratiques. Le pays vivait réellement ces jours-là. S'il faisait mal, il sentait du moins que le bien lui était possible, et qu'il était libre, — vénalité personnelle à part, — de choisir le mieux.

p. — En théorie, le député sortait de l'indépendance du vote. En pratique^ il était le produit : 1» De beaucoup d'ignorants ; 2» De beaucoup d'indifférents ; 3"" De quelques imbéciles ; 4* De quelques dupes ; 5* De plusieurs aigre-fins; 6» D'honnêtes gens.

Le suff^rage universel a augmenté le nombre des individus de chaque catégorie ; mais finalement les proportions ont pu rester les mêmes.

Mais non, tout cela est changé. Reprenons l'histoire :

Les élections faites trop directement,, par les électeurs eux-mêmes, avaient perdu de leur prestige. Les conclaves, sous ^ République , avaient bien amoin-

drila besogne de l'électeur universel^ qui n'avait plus qu'à dire : amen, et qui .le disait^ ma foi.

A tout prendre, à parler sans peur et sans reproche, il y avait plus de spontanéité encore dans l'élection constitutionnelle.

Aussi rélecteur censitaire tenait plus à son représentant. On avait failli empoigner Manuel... et nous crions encore au scandale. Est-ce vrai ?

Le collège, dans notre pays turbulent d'abord, confus ensuite, vaudrait-il mieux que le club?

Le collège était une réunion d'hommes payant impôt pour avoir le droit de nommer un ou plusieurs membres de la représentation générale.

Il y avait des collèges vivipares et des collèges ovipares,

Los premiers prennaient les députés parmi eux ; c'était un de leurs négociants, un de leurs banquiers, leurs propriétaires, un de leurs médecins, un de leurs avocats.

Les seconds demandaient un candidat à leurs voisins, aux comités, et faisaient couver sa candidature par leurs agents spéciaux et la presse locale. Leur dé-

puté m» sortait que de ces opérations prélimiiiaires.

On comptait environ deux t^ni mille électeurs après la révolution de 1830^ sûr neuf millions de citoyens valides.

L'électeur tenait par mille affinités de caractères, de paresse et de confiance fi l*actionnaire.

Une réunion de ceux-ci et une réunion de ceux-là se comporte au fond el finalement de la tnôme ma-^ nière : soUple devant les riches, dur aux botirtes intentions malheureuses. Cest pénible à vx)ir, lorsque ce n'est point humiliant.

J'ai vu le petit nombre, et j'ai vu la foule..., j'ai vu la qualité et la quantité.

Les moins hardis ont dit son fait à la qualité, au cens. Que voulez-vous dire à la quantité î Ce qu'elle fait est bien fait ; elle est la loi et les prophètes.

Qui ou que diable voulez-vous mettre au-dessus du suffrage universel, matériellement parlant?

La réunion des députés s'appelait familièrement la Chambre.

Alors on avait pour députés de fiers hommes, dans l'opposition.

Plus tard, la Chambre devint le Parlement.

Ce changement de mot fut considéré comme une conquête politique par des hommes graves... Hélas I

Le Parlement ! — Les loustics écrivivent ainsi : Le Parte - ment.

Ils exprimaient, de celte façon, leur dédaîn pour les fictions conslitutionttelles. Dieu leurgardait des réalités.

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