‹ L'ABC de l'esprit et du cœurChapitre 2 sur 55 · AURORE · texte numérisé non relu

AURORE

A — Heureux hasard de la langue française!

Les mots qui, chez elle, expriment un principe, une origine, ime source, un commencement des hommes ou des choses, commencent eux-mêmes par la pre» mière lettre de son alphabet; ainsi :

Adam,

Ame,

Amour,

Argent,

Aurore.

Adam^ amour, aurore, ont cruellement vieilli à la vérité. Depuis la religion saint-simonienne (honni soit qui mal y pense), il est convenu que le paradis terrestre est devant nous et non derrière; Adam louche à Saturne et à Deucalion, dans l'esprit des gens sans foi.

L'amour, de même que l'administration romaine, doit être étudié sur les médailles.

L'aurore 1 comment une expression si charmante a-t-elle vieilli. C'est au point que, de nos jours, personne n'oserait l'employer seule et sans y ajouter ce correctif d'opéra-comique :

f Quand on fut toujours vert... » Il nous répugne d'achever cette citation burlesque.

L'aurore n'est plus usitée, mais le refrain l'est toujours à cause de sa fausseté.

N'est-ce pas? sur vingt personnes qui voient lever l'aurore, il y en a cinq au moins que les soucis ou la crainte ont tenues éveillées; cinq, la peur de se lever trop tard; cinq la douleur physique, deux le jeu, une l'orgie, une l'espérance fiévreuse.

Une, enfin, a vu lever l'aurore, parce que sa bonne conscience lui fait aimer l'heure fraîche et parfumée (nous sommes à la campagne, loin des environs de Paris), l'heure où la nature s'éveille avant l'homme,-

. et s'épanouit en Tabsence de son maître, exigeant et chétif.

L'aurore d'un livre, c'est le premier lecteur. Est-ce vous?

ASRICULTU RE

(Aima parens)

A. •— Par quelle fatalité, s'écriait Voltaire...

Non, Voltaire ne s'écriait pas ; c'était un homme de goût. Par quelle fatalité, disait Voltaire, l'agriculture n'est-elle véritablement honorée qu'en Chine?

Depuis celte remarque-là, les choses ont un peu changé; la terre s'est couverte de comices agricoles, et la charrue a ses concours, ses prix, comme les rosières du vieux temps.

Honore-t-on l'agriculture pour cela ? On admire les beaux fruits, les légumes gigantesques^ on les vante bruyamment; mais on ne les apprécie pas mieux, on ne les mange pas avec plus de plaisir qu'autrefois. — Estimons d'abord, puis nous honorerons à loisir*

Les agriculteurs ont pris le parti le plus sage, dans le but d'être honorés chez un peuple en progrès ; avec leur gros bon sens, et leurs gros sabots, ils ont entrepris de vendre chacun de leurs produits le plus cher possible, malgré les rails-ways, les halles centrales, l'économie politique, etc.

Nous honorerons l'agriculture quand il nous plaira ; elle se procure les moyens d'attendre : gloire aux bons paysans et aux fins matois !

On n'a rien écrit de l'agriculture, depuis Sully, qui soit plus flatteur pour elle : l'agriculture est une des mamelles de l'État. — Tout bien considéré, je ne vois même pas à l'État d'autre mamelle.

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