‹ L'ABC de l'esprit et du cœurChapitre 28 sur 55 · JALOUSIE · texte numérisé non relu

JALOUSIE

JF. — Le mari et la femme causaient, la seconde en travaillant, le premier en ne faisant rien qu'égrener la passementerie du velours bleu qui recouvrait la cheminée.

— Julie, disait-il, notre tranquillité ne fait envie à personne; nous avons, nous, le bon esprit d'en jouir comme du bonheur, cherché si loin à tant de frais par les autres. Si je regrettais quelque chose... oh ! par impossible, nous ne sommes pas parfaits... ce serait de ne vous avoir jamais trouvée jalouse un seul

instant... J'ai donc été bien vertueux, bien irréprochabie à vos yeux... toujours. .?

— Ne parlons pas de cela, mon ami.

— Pourquoi?

— Parce que les hommes ont leur vanité^ et n'aiment pas à^econnaitre qu'ils n*ont pas tout vu.

— Mais parlons, au contraire; c'est très-aimable à toi de m'intriguer après quatre ans de ménage, uni comme la surface de notre petit lac. Je n'ai pas tout

Vlk?

<r — Je n'ai jamais entendu un homme exprimer une idée vraie sur la jalousie : tous la confondent avec le soupçon. »

a La jalousie, la voici, puisque vous voulez tout savoir : — Un jour mon mari, dont vous avez entendu parler comme d'un galant homme (le mari s'inclina), se promenait avec ma belle-sœur, au Jardin. Il n'y a rien que de fort innocent, n'estrce pas? Mais la matinée était superbe, et la faute commence là. // lui cueillit une fleur, la plus belle. Elle ne se cacha pas de la porter à sa ceinture, et de monter dans sa chambre à coucher, le soir, toujours parée. Bien ne s'était passé mystérieusement, parce que les premiers sentiments ont toujours l'audace de leur innocence. Quelques jours plus tard, à une fête que je donnais avec une certaine tristesse, mon mari et ma belle-

sœur dansaient ensemble. Elle lui parla , ses yeux fixés sur moi. Je n*entendis rien, et cependant le mouvement, la forme des lèvres traça devant mes yeux le mot amour. Lorsque leurs mains se louchaient, selon la règle de la contredanse, je ne voyais rien et Je*sentais mon cœur broyé dans leur étreinte. §

c Quand le bal fut fini, J'essayai de dire à mon mari que J'étais souffirante. Pourquoi? répondit-il sans m'embrasser. t

a Dès ce moment, la jalousie, ce sentiment délicat et fier, cessa. Je me défendis toigours du soupçon. Je fus peut-être malheureuse! Mais vous aviez raison de le dire il n'y a qu'un instant : nous sommes tranquilles... »

—Le mari après avoir écouté ce paragraphe d'histoire déjà ancienne, avec beaucoup d'indifférence, se sentit blessé à la fin de cette réflexion : Nous somims tranquilles.

Toute faute aperçue, rappelée et censément pardonnée par une femme, n'est.qu'une pierre d'attente, pensa4-il.

Et il sortit de mauvaise humeur.

' Allons, murmura Julie, la parole est d'argent, le silence est d'or. J'ai soufflé d'un mot sur notre calme Intérieur et J'ai créé l'agitation. Mon mari

voudra me pardonner quelque chose à son tour : il sera jaloux^ sinon avare; je me suis perdue.

Jf. — La jalousie qui s'appuie sur un faitn'estplus de la jalousie, c'est du malheur.

S. — Au point de vue des gens qui regardent les choses en amateurs^ en critiques, on peut dire : La jalousie ne commence jamais trop tôt, mais la défiance arrive toujours trop tard.

JE. — Eh bien! le plus sage dans tout cela?... Le plus sage n'existe pas.

lALElDOSCOPE

K« ~ Gela se faisait avec un rouleau de carton, des verres dépolis» des brins de paille, des feuilles sèches, des grains, des graines, avec rien. — On tournait et l'on obtenait, en regardant par un petit trou, des dessins sublimes d'originalité et de variété.

Et la misère, la jeunesse faisaient jadis comme le Kaléidoscope, elles vous montraient Tune supportant Tautre, les bonheurs les plus simples et les plus fantastiques.

Le positivisme a eu raison de tout cela : au kaléidoscope a succédé le stéréoscope : celui-ci exige que vous posiez d*abord dans loute la sincérité de votre nature, et vous fait voir ensuite ce que vous lui avez découvert au préalable.

De rien quelque chose, voilà l'imagination, la jeunesse et le passé.

De quelqu'un quelque chose, voilà le réalisme, la maturité^ le présent.

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