RACE
R. — Nous faisons aujourd'hui de la Hace, comme on fait du sentiment au théâtre.
Gomments'y prend-on pour les animaux?
On les engraisse, on leur crée comme un ventre au-dessus de l'épine dorsale, sur la tête, sur la queue, partout. On les expose en cet état, le public crie: trèsbien, et l'affaire est accomplie; pauvres* bêtes, affreux hpômes. Mais puisque cela se mange, honneur à l'appétit.
A propos de ces perfectionnements de la race ani-
maie, beaucoup de philanthropes, entraînés par un malheureux mouvement de jalousie, se sont écriés : « Pourquoi n'essaye-t-on pas de perfectionner également la race humaine? d Elle en a besoin peut-être, mais la prétendue négligence dont on se plaint doit tenir à ce qu'il est naturel aujourd'hui d'attendre le perfectionnement de la race qui mange des meilleures conditions faites à la race qui est mangée. Et cette observation^ que nous croyons vraie, donne encore raison aux chimistes. — Les vitalistes demeurent persuadés que les idées font les belles races humaines et que l'homme va grandissant et s'embellissant par l'aspiration et non par la nourriture. — Mais la foule croit volontiers à la viande pour faire de belles joues, un beau Aront. Autrefois^ un individu se croyait ruiné s'il en mangeait plusieurs fois par semaine; aujourd'hui beaucoup d'individus se croiraient minés par la base^ s'ils n'en consommaient pas plusieurs fois par jouTé
Au surplus, nous nous sommes souvent demandé^ la main sur le front et sur la conscience, oe qu^ii convenait d'entendre sérieusement par ces mots ; « Il faut améliorer l'espèce humaine. » Lorsqu'on a conseillé aux familles^ aux individus : Tair, la lumière, l'exercice, la propreté, tous les commande-' tnents enfin de l'hygiène populaire et aristocratique ;
lorsqu'on a founil de toiU cela aux familles et aux individus tout ce qu'on peut leur en fournir ou même leur en imposer, que peut-on faire de plus t La liberté des mariages ne permet guère d'aller au delà. Chacun^ beau ou laid^ pur ou malsain, a d'ailleurs le droit de se reproduire, on se conformant aux lois sur le mariage civil, et chacun en use. Aujourd'hui, tout le monde mange mieux, s'habille mieux ; malgré cela^ connaissez-vous beaucoup de fils plus beaux que leur père?
IIELI6I0N ET PHILOSOPHIE
R. P* — En France, nous sommes drôles, c^est l'expression qui convient ici : nous voulons mourir avec tous les honneurs de la religion catholique et Unir tout au plus en chrétiens : nous exigeons l'A-
cadémie, ses palmes et ses pompes, mais nous proclamons les œuvres académiques ennuyeuses. — Nous disons que son esprit est mortel^ et nous roulons de rimmorlalité qui s'y rattache* Il y a plus^ si nous sommes de bonne foi, le caractère national et littéraire s*accommoderait fort de la définition suivante : rÊglise et TAcadémie sont deux endroits où Ton entre de plain-pied quand on a fait le contraire de ce qu'il faut pour y être admis.
Arrangez, combinez, vous le pouvez, ces critiques et ces tendances... mais à quoi bon ? Ayez seulement un principe, et tenez ceci pour certain :
Chez nous, quasi tout homme qui meurt sans être parvenu à faire partie d'une commission, d'un comité, d'une compagnie, d'un conclave quelconque , meurt de confusion. Chez nous, tout enfant est porté, tout mort va naturellement à Téglise* On est philosophe entre les deux stations.