VIE
V. — Chez les chrétiens, le sentiment de la vie existe dans son épanouissement radieux, quasi dirin, le jour de la première communion. Il est si fort qu'il enveloppe et qu'il entraîne jusqu'aux vieux parents; il trouve des larmes jusque sous les paupières les plus anciennement desséchées, et il les exprime.
Plus tard, un jour de jeunesse, un jour de printemps, la première contredanse à la fôlc du village voisin, la première conversation avec /wi, avec elle donnent encore un sentiment bien doux de Fexis-
lence; mais c'est déjh un sentiment plus physique et plus personnel. Il fait jaser de nous, il ne nous fait point aimer.
V. — Lorsqu'on abandonne le sentiment pour entrer dans la définition savante de la vie tout s'obscucit et tout s'attriste.
Lisez plutôt.
La vie, a-t-on dit, est un principe intérieur d'action.
La vie est l'alliance temporaire du sens intime et de l'agrégat matériel, au moyen d'un Ivo/^ftov dont l'essence est inconnue.
La vie est l'organisation en action, l'activité spéciale des corps organisés.
C'est une collection de phénomènes qui se succèdent pendant un temps limité dans un corps organisé.
C'est l'uniformité constante des phénomènes, en regard de la diversité des influences extérieures.
La vie est un des modes do l'existence. C'est ce qu'il y a de commun dans la manière dont existent
les corps qu'on appelle organisés, c'està-dite les végétaux et les animaux.
La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort.
IT. — Je ne me lasserai jamais de reproduire cette définition de la vie, par un romancier :
La vie est une maladie dont on meurt
J'ajoute : c'est une peine à laquelle on succombe ;
Cest un chagrin qui nous use. Nous l'avons déjà vu, pour les spiritistes, la vie est une expiation^ une épreuioe, ou une mission.
Soit, mais l'expérience nous montre tous les jours ceci : la vie de souffrance est, en général, pour les bons ; que peuvent-ils expier?
La vie d'épreuve est pour les faibles, pour les gens non égoïstes qui se trouvent toujours prêts à sacrifier leur intérêt, leur repos à celui des autres.
Les hommes durs et secs sont d'avance à l'épreuve," c'est-à-dire à l'abri.
Les hommes qui ont une mission, n'en parlons pas, nous toucherions à la politique.
Les viveurs aiment la vie; les autres acceptent de
vivre, et n'en comprennent Futilité qu'autant qu'ils sont utiles aux autres.