CŒUR
C. — Le cœur nous rend bien malheureux, mais ceux qui n'en ont pas sont misérables. Il nous fait éprouver les maux, les chagrins des autres quand les
autres nous donnent rarement l'occasion de partager leurs plaisirs et leur bonne fortune ; qu'importe? Le cœur est un trésor ; on le vole.
On Ta comparé à une porte ouverte sur toutes les grandes folies ; on lui a fait honneur de toutes les grandes pensées. Rien de petit ne peut venir du cœur.
Les yeux pleurent ; le cœur saigne.
Ceux qui cherchent à comprendre Dieu^ l'âme et rétemité avec leur intelligence, arrivent à un étourdissement intellectuel qu'il faut secouer pour éviter la folie.
Le cœur s'élève naturellement vers ces grandes idées abstraites; il en est pénétré comme par la vie; — La foi fait son nid dans le cœur pour y réchauffer sous ses ailes l'espérance et la charité.
La plus laide opinion qu'il. soit possible d'exprimer sur une personne, c'est qu'elle est sans cœur; la plus affreuse, c'est qu'elle a mauvais cœur.
Le cœur n'a pas d'exigences, il n'a que des délicatesses ; il souffre de rien, mais il s'exalte de peu de chose. Ce rien est toujours avouable ; ce peu de chose toigours honnête.
Nous prononçons, dans notre enfance, des paroles adorables que nous oublions plus tard : Mon Dieu je vous donne mon cœur. -— Une mère ne craint pas de nous apprendre h les répéter: car ce qui est à Dieu
est toujours en même temps à ceux qui nous aiment de toute leur âme.
L'esprit se dessèche au premier autoiçne venu ; le cœur ne sVngourdit que sous les glaces^ et il faut bien peu de soleil pour lui rendre son élan vers tout ce qui est des cieux.
mesenfants> apprêtez-vous à souffrir, mais, c'est égal, ayez du cœur, encore du cœur^ toujours du cœur.
Alors, vous mourrez peut-être à Thêpital, mais vous aurez vécu une vie digne de ce nom.
LA CONFESSION OU NUMÉRO tS
(A propoi de eœor.)
. C — L'autre jour, après une tasse de café trop noir et qui m'agitait, j'arpentai les rues du quartier latin. Ah I qu'ils doivent nous trouver vieillis nos quartiers qui jadis vieillissaient avec nous, avant nous. Pour mon compte, ils me font rougir de mon
costume et de ma vétusté^ eux^ tout flambants neufs et habillés de pierre de taille ciselée. Je leur trouve môme parfois, à mon égard, Tair équivoque des parvenus ; mais il faut passer outre. L'air et les voitures circulent assez librement ; les apparences sont bonnes : je n'aurai pas l'indiscrétion d'en demander plus.
Me voici à Fhôpilal de la Charité, un hôpital du faubourg Saint-Germain. C'est une justice à rendre à ce faubourg : il est comme ouvert à toutes les institutions charitables, depuis les Petit&^énages jusqu'aux Incurables; depuis les Orphelins jusqu'aux Sourds^ Muets;: depuis les Petites sœurs des pauvres jusqu'aux Missions étrangères, il a et il retient tout ce qui part du coeur pour y revenir.
A l'hôpital, je fais cette observation que la manière de souffrir ne s'est pas embellie, au milieu de nos progrès vertigineux. En effet, les très-bonnes et les très-mauvaises choses ne changent guère. J'admire ces traditions de propreté blanche, nette et luisante^ que le confortable a gâtées en d'autres lieux ; je m'émeus devant cette image de la Vierge, qui n'a pas pris une ride depuis trente ans, et la religion de mes souvenirs se mêle et se confond avec Tidée la plus divinanent poétique de toutes les religions du monde. Puis je me sens comme attiré vers un lit portant le
no 13. J'avais aperçu là, sous une chevelure léonienne, une physionomie remarquable, mais comme réduite à l'esquisse au crayon blanc, avec deux trous énormes, deux yeux de velours noir teintés de vie. Vous murmurez : a C'est un phthisique ; est-ce qu'on va tenter de nous intéresser à un phthisique; nous n'en sommes plus là, la mode est ailleurs et puis pour nous, hommes du dix-neuvième siècle toutes les maladies dont on meurt se valent— et l'on meurt de toutes ; -r- Efln, l'estomac est, à nos yeux, aussi noble que le poumon. > — Je le sais bien, cher lecteur (lisez diable de lecteur), mais n'allez pas si vite; peut-être n'aurez-vous point à vous en repentir. Si je vous raconte la confession du n<> 13, c'est qu'elle a un sens et une portée; c'est aussi qu'elle m'a paru simple, insouciante et bonne ûlle, comme la vraie vérité.
Je m'approchai du jeune malade* '
— Eh tien, lui dis-je, vous souffrez, mon pauvre garçon, vous souffrez de la chaleur et de l'orage qui sont dans l'air, mais l'air emporte bien vite cela ; tout passe...
— Si je restais, je ne m'en plaindrais guère... Quelle bêtise! me voyez-vous, seul, sur cette croûte. Car nous vivons sur une croûte, l'enveloppe terrestre n'étant pas autre chose ; ah 1 àh I ah !
— Êles-vous ici depuis longtemps ?
L'exaltation du malade m'avait tout à coup rejeté
dans les propositions les plus banales.
— De ce lit de fer j'ai vu, sans le vouloir, bien des camarades entrés après moi, sortir avant moi. Je ne m'étais jamais douté du casuel de l'existence^ bien que j'aie exécuté sur tous les tons l'air fameux de « Nous n'avons qu'un temps à vivre. »
— Vous chantiez?...
— a J'en suis bien aise, eh bien, dansez maintenant, » n'est-ce pas, docteur ?
— Oh ! mon ami, je déteste autant les fourmis dans la fable que dans mes confitures, et de plus, je ne tiens jamais de propos cruel. Vous m'aviez parlé d'un air, j'ai cru bonnement que vous chantiez.
— D'autant mieux que je n'ai pas de poumons.
Ah I docteur.
Il y avait chez ce jeune homme une telle intrépidité de plaisanterie que je respectai cette fièvre suprême. Prenant la main du malade, je la serrai dans 4es miennes, et je lui dis :
— Allous, mon ami, pardonnez-moi d'avoir troublé le repos dont vous avez besoin; si, pour me punir de mon indiscrétion, vous voulez bien me demander un service — de quelque nature qu'il soit, — je vous le rendrai avec plaisir. *
— Tiens, on dirait tout de môme que vous avez de l*amilié pour moi, vous. Quelle chance! Les amis, les vrais, ceux qui partageaient avec moi leurs dettes et leurs défauts^ comme dit M. Scribe, ceux-là Je ne les*ai pas revus depuis trois mois. Ce n'était plus une maladie pour eux, c'était une scie* Dites-moi, puisque vous voulez me rendre un service, pourquoi je vous intéresse. Je remarque autour de moi des numéros qui sont plus malades^ et je vous en préviens, docteur, mon affection n'offrira rien que de très-banal à Youverture.
Le malheureux garçon m'embarrassait à la fin par son audace, et je regrettais ma station au n"* 13. Cependant^ il fallait répondre.
— Vous m'intéressez parce que vous êtes jeune, parce que vous prenez votre mal avec trop d'esprit, enfin, W me semble que j'aurais pu vous rencontrer ailleurs qu'à l'hôpital.
— Oui et non ; oui, car j'ai commencé à étudier la médecine; non, car je suis bientôt devenu bohémien* C'est du guignon, car aujourd'hui les programmes, comme autant de rails-ways^ avec les stations et les heures de départ et d'arrivée marquées, facilitent singulièrement la régularité dans la carrière. De votre temps, docteur, l'École de médecine était l'école buissonnière par exeellence* On avait terriblement
vécu avant d'essayer de rendre la vie aux autres. Enfin, il y a des gens qui sont libres de faire ce qu'ils veulent, mais il y a aussi des destinées ! J'en avais une. Un peu d'art, un peu d'amour et un éclair de nécessité m'ont fait musicien de rue; la destinée m'a fixé artiste ambulant. Oh ! vous avez dû m^entendre, pour peu que votre appartement ait une croisée sur le derrière ; car c'était un de mes talents de plaire aux concierges... c'est malin n'est-ce pas, et de pénétrer dans les cours. C'est là que j'ai étudié un sujet admirable, je veux parler de l'influence de la musique Sur les hommes en société. Oh ! docteur, que j'ai détendu de migraines, fait crever en uneî)etite pluie de larmes qui perlaient avec les petits sous, de gros nuages vagues dans des cœurs et dans des cerveaux mal disposés. Que d'hommes allaient battre leurs femmes, après de tristes libations; que de femmes allaient quereller leurs maris, à de vilaines époques et que i*ai converties à la douceur, à la tendresse. Je vais finir trop tôt. Monsieur ; encore un semestre et j'aurais pu dresser une statistique nouvelle et curieuse du nouveau Paris, j'aurais pu, maison par maison, dire à tel numéro, on est généralement heureux ; à tel numéro, le chagrin habite; plus loin, l'amour; ailleurs, l'insouciance. Et le contrôle de tout cela, c'est le chiffre, docteur, c'est la recette.
— Mais il me semble que vous auriez pu dire bien plus sûrement : ici règne l'opulence, là gîl la misère.
— Non pas; ni l'opulence, ni la misère n'est une passion ; el c'est toujours une passion qui m'ouvrait la fenêtre, qui enlr'ouvrait la persienne pour semer un sou. Je dis semer, car tous espéraient recueillir quelque chose, s'ils n'avaient recueilli déjà, mais l'espérance était rarement matérielle. Pendant la guerre on donnait beaucoup.
— Mais il j a des maist)ns où l'on ne vous tolère pas.
— Il y a des maisons de campagne qui n'ont point de nids d'hirondellesi Là on est propre^ froid, économe, honnête ; on mourra , mais on n'aura pas vécu.
C. — Vous soulevez, mon ami, une grande question, celle de savoir mêler la poésie à la raison, l'imagination au positivisme, la tendresse à la discipline, dans la conduite chaque jour plus difficile de la vie. Notez bien qu'aujourd'hui on appelle la sensibilité tt des nerfs. » Vous avez tout donné, n'est-ce
pas? à la poésie, à Timagination^ à la tendresse, et sans reproche — car, après le peu que vous m'avez dit, je vous aime bien — voyez ce qui vous reste.
A cett&invitation^ le jeune homme porta bravement son regard autour de lui.
— L'hôpitaH répondit-il ; mais convenez-en, docteur, le voyageur qui, au détour d'une beile et grande route, sous un climat d'Italie, est tout à coup arrêté, couché en (joue, dévalisé par des brigands, né s'en appelle pas moins un touriste. Eh bien, la maladie, la mienne, c'est bien pis qu'un brigand. Cela demeure chez vous; cela se nourrit de vous ; cela vous donne jusqu'aux fantaisies qui vous sont reprochées plus tard comme des défauts, comme des vices. Je voyageais en Italie, j'ai été attaqué, dépouillé par des brigands.
Dieu merci, je ne me sentais aucune envie de faire le moraliste, en présence de ce pauvre enfant. Je t'écoutais, rendant tout bas justice à ce qu'il y avait de vrai dans ses paroles, et ma sympathie pour sa personne allait jusqu'à ne pas oser lui demander son histoire.
Il y eut un grand moment de silence entre nous. On entendait la respiration des divers malades, marquant, pour ainsi dire, l'heure de chacun ; on entendait rinûrmier accomplissant ses devoirs d'humanité; on
n'entendait pàs la sœur...^ pas plus qu'on ne voit la charité ; on l'éprouve, on en goûte les bienfaits avant de savoir pertinemment qu'elle est venue. On entendait, au-dessus de tout le bruit de ce monde^ quelque chose de perceptible par Pâme et que les âmes doivent laisser sous les voûtes d'un hôpital.
L'air était lourd, d'ailleurs, et l'électricité, ce fait physique, destructeur de tant d'idées morales, rem«* plissait l'air et sensibilisait les pierres. J'avais devant moi un homme perdu ; le bourreau avait déjà fait sa toilette; le premier coup de tonnerre allait tirer la ficelle et l'exécuter. Cet homme était fort, car il n'avait pas l'espérance habituelle de ses semblables au bord de la fosse. Il me rappelait, un peintre de talent qui mourut en mettant un grain de raisin sur ms lèvres, et en me disant : Tiens, je suis tout jeune et voilà un brin de l'automne qui sera plus fort que moû
— Adieu, dis-je au jeune malade.
— Adieu, me réponditAl, en m'attirAnt vers lui par la main.
— Mais j'aurais voulu vous rendre un service.
— J'entends bien, un dernier service.
— Mais non, vous avez une famille, des amis ; il vous faut de leurs nouvelles, ou vous tenez à leur en donner des vôtres; disposez de moi.
— âl —
Docteur et ami, je vous demande de ne pas laisser tomW dans le néant une simple histoire qui est la mienne. Je ne parodie personne , mais je vous ]6 dis, j'avais là, et là (il désignait sa iêio et son cœur), j'avais là quelque chose. Ce quelque chose n'imporlait pas sans doute à Thumanité, puisque je meurs sans le lui avoir donné; que d'herbes se flé* trissent sans avoir formé une gerbe ; que de fleurs sans avoir composé un bouquet ; que de notes pures sans avoir composé une harmonie ; que de baisers perdus sans avoir donné le bonheur. Mais je m'épuise, voici mon histoire, je n'ai pas le temps de faire bouillir toutes les herbes de la Saint-Jean dont on a coutume d'assaisonner ces sortes de récits ; la voici crûment.
J'étudiais la médecine parce qu'il y a dans cette étude une partie magnétique, une branche à laquelle devraient se pendre toutes les curiosités intelligentes, je veux parler de la partie biologique, de la vie, enfin. Vous l'avouerai-je. TA, B, C de la science m'impatientait ; — n'étais-je pas déjàmalade ? Je lisais Aliberl, Bichat, avant les manuels d'anatomie. Pourquoi naturellement musicien, instrumentiste capable, m'adonnais-je à la médecine î Dieu le sait. La profondeur de ce mystère : la vie, m'attirait comme un précipice, je me précipitais sur cet instant..., ce n'est pas môme
un instant... qui sépare l'être du n'être plus, et j'aurais voulu par une aspiration de ma bouche, par un effort de mes bras, saisir ce qui s'enfuyait, l'analyser, le tordre, pour en extraire le mot de l'énigme sans épithète et sans nom. Au sortir de l'hôpital, — j'étais un élève et non pas un hôte alors, — quand j'avais entendu l'interne dire d'un numéro : il est mort; le prêtre ou la sœur ajouter : Dieu a repris son âme, ne riez pas, je saisissais mon violon, je lui faisais rendre les sons les plus mélodieux, exprimer les idées les plus idéales ; je forçais tous mes voisins à crier bravo, et puis je cessais tout à coup et je disais : il est mort. Dieu a repris son âme.
Et puis j'avais beau répéter cela, essayer d'appliquer la comparaison, de comprendre, je n'en étais que plus malheureux, plus à plaindre après chaque
essai.
Mon Dieu, m'ecriais-je, tous les matins, guérissezmoi de chercher la pierre philosophale, laissez-moi vivre tout bonnement, mais Dieu ne m'écoulait pas.-
Un jour, j'aimai pourtant. Le problème est résolu, pensai-je au premier abord, la jeune fille était pauvre ; les nécessités du vivre devaient, croyais-je, me oispenser des curiosités trop raffinées de la vie - autre erreur! U pauvre fille avait beaucoup souffert, beaucoup pâti ; elle était venue échouer dans mes
— sabras, corps et biens, après des vicissitudes mille fois dignes de l*estiine des bonnes gens ; elle avait trop souffert, je recueillis son dernier soupir. Oui, docteur, je le recueillis vraiment. Il doubla ma puissance; vous allez bien le reconnaître. Je n'avais pas un sou; il fallait un enterrement à ma pauvre amie^ un convoi, que sais-je encore? A moi, m'écriai-je, h moi une langue surhumaine pour implorer ce qu'il y a de meilleur chez mes semblables ; viens, mon violon, sortons ensemble, nous dirons à tous sou nom sans le profaner, sans le prononcer. Tu leur feras comprendre, toi, que pauvre j'accepte ce qui est des pauvres ; mais que je luî dois, à elle, autre chose que la fosse commune : j'agirai, tu parleras.
Et, une heure après, j'étais dans la*rue. Celui qui vous donne l'extrême affliction vous fournit presque toujours l'extrême ressource; j'allai tout droit aux maisons les plus charitables ; la police, si bien faite, ne fut pas faite à mon égard, car j'étais sans médaille. On m'applaudit partout, on mo cribla de pièces de monnaie, et enfin, le valet do chambre d'un hôtel oli j'avais pénétré avec l'audace du malheur, vint me prier de monter au salon, par ordre de ses maîtres.
— Vous êtes le bienvenu, me dit une jeune femme ; nous étions d'abord en intimité; notre cercle s'est
agrandi par hasard, et vous nous avez donné l'idée du plaisir; nous voulons danser, et juste mon piano se trouve, à notre retour de la campagne, d'une fausseté Insoutenable.
Je ne sais de quel air respectueux et triste je saluai celte jeune femme. Mais tout à coup, elle reprit la parole, et avec un accent de bouté qui faillit me faire tomber à genoux :
— Non, dit-elle, nous ne danserons pas ; faitesnous entendre Léonora, Egmont, le Miserere du 2Vovatore, enfin tout ce que vous voudrez, Monsieur, tout ce que voudrez.
Ma foi, c'en était trop : je pleurai. La touchante intention de cette femme, sa générosité, avaient exprimé ma douleur, en avaient fait sortir les larmes.
Ils voulurent tous m'interroger ; elle ne le souffrit pas.
— Nous avons un fils, me dit-elle en s'appuyant sur le bras d'un homme d'une physionomie digne et grave. Il aura un jour besoin d'un maître. Travaillez, Monsieur, et quand vous vous en sentirez capable, venez, vous serez notre professeur. Ceci que vous me rapporterez me rappellera rengagement de ce soin
Je ne vous dirai pas ce qu'elle me confia, càr je Tai rendu avec des intérêts énormes : cette femme si bonne est restée heureuse, et je mlmagine qu'elle le
doit à ma reconnaissance, à mes prières. Être bonne et rester heureuse, c'est si rare !
Ici je voulus interrompre l'émotion et la fatigue du pauvre artiste.
— Non, laissez-moi finir avec cette histoire.
Jeanne eut une fosse à part, sur laquelle j'allai soir et matin soigner les fleurs. Je les écoutais pousser en quelque sorte, leur demandant si, de leur racine à leur tige, il n'était pas monté quelque parfum de mon amie ; j'aimais à creuser la terre de mes mains, à regarder dans le trou après y avoir appliqué mon oreille ; enfin, docteur, ce secret de la vie et de la mort, je le cherchais avec mes ongles et de toutes les ardeurs de mou esprit enfiévré.
Dans la journée, vous savez ce que je faisais, car j'avais décidément embrassé la vie de bohème ; je croyais l'ennoblir par une certaine pureté de conduite, d'abord, et ensuite par mon exaltation sincère. On parlait de mon talent^ on me suppliait çà et là d'en^ trer au théâtre, dans un orchestre. Jamais je n'aurais pu me décider à jouer un air convenu devant un public venu exprès pour l'entendre.— Je voulais, provoquer à mon gré les joies etïes^mélancolies du petit monde toujours prêt aux émotions ; je me croyais
plus artiste comme cela, et j'observais mieux les ma^
nifesta tiens si variées de la vie par ja passion naïve;
Gooçle
Et la fièvre creusait toujours !
Enfin, docteur, il faut conclure : cherchez, médecins du côté de I^ vie ; vous ne Tavez pas réellement appliquée encore ; non, aucune application de la vie par la science ne correspond encore à l'application de la vapeur et de l'électricité par Tindustrie savante. Il est impossible qu'un tel principe : la, vie, ne serve qu'à son propre entretien par la nourriture et la reproduction.
Un homme fameux a dit, dans un livre défendu : € La mort, c'est l'amour ; — la mort dans le vœu de la nature est adéquate à la félicité. » Certes, je ne me flatte pas de comprendre ces choses, mais je vous jure qu'elles occuperont prochainement l'humanité.
Vous allez cesser de m'entendre, ma voix va finir, mais ma pensée continuera* Quand un fil casse, l'électricité s'en retourne et fait son chemin dans la terre. La pensée serait-elle moins vitale que l'électricité? Vous ne le croyez pas.
Vous êtes-vous jamais recueilli dans un cimetière? Certes, les arbres ne parlent pas et les morts sont muets. Et, cependant, ce lieu a une éloquence intime; il s'en élève mille leçons pour l'esprit et des conseils pour le cœur. Malheureusement, les hommes ont amassé là trop de pierres ; ils ont bâti où il fallait semer.
En rêve, j'ai assistée un office chanté avec l'orgue et des voix d'enfants, sur les hauteurs du Père- Lachaise ; et une telle musique dans un tel lieu m'avait révélé les vérités du spiritualisme. La fièvre a bouleversé ces notions, et la mémoire les a confondues. Que voulez»vous, je n'étais pas prédestiné; mais Dieu m'aime puis qu'il m'appelle, ou, du moins, il veut faire quelque chose de moi.
Adieu, donc; je meurs, et je meurs en vous qui m'écoutez, qui me touchez.
Souvent, on s'étonne de ne pas pleurer lorsqu'on vient de perdre la personne la plus chère ; on res' semble alors è celui qui cherche un objet et qui l'a précisément dans la main. Cette personne si chère est morte en vous^ et la douleur n'est pas possible.
Adieu ; vous n'oublierez jamais le numéro treize. »
Il mit ses lèvres comme un cachet suprême sur mes mains, et il mourut.
vGooçle
1^— Ua orateuf fameux, s'expirait ainsi dans une récente eonféïeBoe : a Die» qui sait tout, définit tout. La sdence de Dieu est marquée à ce signe. Phis on approche de Dieu et plus on définit. L'Église, qui est la vue du verbe et la fonction de Dieu dans l'humanité, garde depuis vingt-huit siècles la passion de définir... La science salanique a le caractère tout opposé ; elle a horreur de la définition. Le génie satanique se reconnaît à ce signe. »
Eh bien, malgré cet imposant témoignage, nous osons dire : a Dans les sciences qui ne seront jamais faites, qui chercheront toujours à se faire, dans les
s^m^squi lie soni pas imiâviables et marehefit sans reiâcbe yms urne véiilé pk» rapide et plus mobile, héldfs, que le progrès lai-nèB^, les définitians tefiteftt et perdent la plupart des auteurs; — définir, c'est limiter, circonscrire; c'est réduire une chose, un fait, une idée à rétendue de votre intelligence individuelle; — dès lors, apparaît l'orgueil, ce sentiment satanique, et alors c'est à qui l€»ra \e» eornes au diabtew *
L'htomme no peut pas déftait^,, it ne peiil cpi^amokiént et rapettsB^.