PAST PAT
17 février. — Pas de température. P. 80, bien régulier.
La céphalée fronto-temporalle gauche est atroce et anrache des cris. Pas de troubles moteurs ni papillaires. Mais le signe de Kernig commence à apparaître. Réflexes rotuliens très exagérés, avec trépidation épileptoïde provoquée. Réflexes du coude et du poignets très nets. Cependant l’aphasie a notablement dimintwué.
Ponction lombaire. — Elle donne, sous une pression très forte (tel un jet d’urine), du liquide céphalo-rachidien d’aspect normal, et qui, après centrifugation, ne présente aucun élément anormal au microscope.
Le retour de l’aphasie, la céphalée intense, l'hypertension cérébrale qu’indique cette ponction et l’absence de rétention au niveau idu trajet de drainage cérébral me font supposer qu’il doit exister un second abcès du cerveau sans doute plus en avant, et en avant, vers la corne antérieure du lobe temporal; et ne pouvant arriver à l’évacuer par ume sonde introduite dans la plaie, je me décide à aborder le cerveau par la voie attéro-antrale,
Troisième opération (exploration du’ cerveau par la voie attéroantrale).
Je fais sauter le toit de l’aditus et de l’attique, ainsi que ce qui reste en dedans du plafond de l’antre.
La brèche est pénible à faire, en raison de l'épaisseur de cette paroi. Les instruments travaillent obliquement et donnent vraiment peu de jour. Incision de la dure-mère et ponction cérébrale faite verticalemient, de bas en haut et d’arrière en avant. Cette incision ne donne pas de pus. Un stylet introduit par là rencontre un autre stylet qui pénètre par le trajet postérieur préexistant. Plusieurs ponctions en divers sens me font toujours tomber dans la cavilté abcédée, qui semble unique et très étendue.
18 février. — T. hier soir 3895.
- M. m. 3805. P-100. Retour complet de l’aphasie motrice {aphasie et agraphie), Cécité verbale très accentuée sans surdité verbale. Céphalée violente. Nystagmus rotatoïre. Opistotonos accentué. Trépidation épileptoïde provoquée, surtout au pied gauche, Réflexes excessifs, soubresauts tendineux.
19 février. — T. 36°8. T. s. 37°. P. 84, régulier,
Le malade semble plus reposé. L’aphasie s’atténue un peu. Néanmoins, deux signes m'inquiètent: la persistance de la raideur de la nuque et le retour de l’amaïgrissement rapide.
Au pansement, en retirant le drain, et examinant son trajet, avec l'éclairage frontal et um spéculum d'oreille (ceei naturellement par la voile temporale, la brèche attéro-cérébrale ayant été abandonnée comme impraïticable à um pansement sérieux), je constate pour la première fois, sans doute par suite de la chute d’un bourgeon qui, les jours précédents, me masquañt sa vue, une vaste cavité dont les dimensions me déroutent. Un stylet coudé s’y meut librement, comme en une énorme caverne, à parois lisses. La dilatation du trajet du drain avec un spéculum noir montre la paroi interne de cette cavité rose, de bon aspect, mais soulevé par des battements artériels intenses. Cette cavité semble vide.
Il est facile de la mesurer. Elle a d'avant em arrière 11 centimètres, de haut.en bas 3 centimètres, de dedans en dehors 4 centimètres, soit une capacité d'environ 100 centimètres cubes,
Je repère ces mesures sur un cerveau sain et constate qu’il faut admettre que la suppuration a détruit ou refoulé toute la substance blanche du lobe temporal, et repoussé très en dedans, la paroi externe du ventrieule latéral, lequel ne semble pas avoir
été envahi, attendu que le liquide céphalo-rachidien est normal et que les réactions méningées semblent plutôt dues à un traumatisme opératoire, en raison de leur développement progressif et de leur expression atténuée.
Localement: plaie temporale en bon état; au contraire, légère hernie grisâtre du cerveau, par la brèche attéro-cérébrale, cette heïnie est due à l'infection profonidk de, cetite cavité qu’il n’est pas possible de supprimer tout à fait.
20 février. — Céphalée violente. Cependant le Kernig a diparu. Température normale. Le malade. se tient debout, sans vertige et marche correctement. L’aphasie diminue.
24 février. — Pas de fièvre, mais toujours de la céphalée vio-
tente, et un peu de sommno’entce qui nous inquiètent. Retour du Kernig, de da raideur de la nuque, de l’exagération des réflexes. Pouls 80.
Cepenidant le drainage cérébral fonctionne bien, La grande cavité de l’abcès peut être inspectée au spéculum, par la voie emporake, alle garde ses dimensions, on dirait que ses parois s’indurent et ne peuvent se rétracter. Mauvaise odeur du pansement de l'oreille, on retire des séquestres de la caisse.
26 février. — Staltu quo. Pas de troubles papillaires. Pupilles normales. Pas d’hémiopie. Le D' Manay veut bien faire un examen complet du malade, au point de vue des troubles de la parole, et me remet sur lui l’intéressante note suivante :
Examen des troubles du langage. — 1° Aphasie motrice lLégère. — Quelques mots ne peuvent être prononcés, mais e malade semble en avair conservé une image, car il sait combien de syllabes composent ce mot. Ainsi le mot, « dîner », ne peut être répété, il en ignore le sens , ne peut l’écrire sous dictée, mais peut en compter les syllabes; quand un mot ne se présente pas, si on le fournit au malade, l’action de répéter se fait parfaitement.
2° Aphasie sensorielle. — a) Pas dk surdité verbale vraie. Le malade comprend tout ee qu’on lui dit. Mais il à souvent de la paraphasie. Il prononce des mots pour d’autres, il ajoute des syllabes nouvelles qui déforment les mots, et donnent certain degré de jargonaphasie. |
b). Pas de cécité verbale vraie, Le malade peut lire; üil
affirme qu’il comprend ce qu’il lit mentalement d’ailleurs, il explique de mémoire ce qu’il vient de lire. Mais la lecture à haute voix est presque impossible ; les mots s’embrouillent, sont dits les uns pour les autres, d’où résulte la jargonaphasie.
3° Agraphie. — L'écriture est assez correcte ; cependant, il écrit St-Antoinne au lieu de St-Antoine,
L'écriture sous dictée est à peu près impossible.
L'écriture copiée sur imprimé est correcte.
En résumé: lésion sous-corticale probable, ayant diminué, mais non interrompu complèiement les relations qui unissent les trois centres.
æ Circonf. frontale :.... Aphasie motrice.
l'e Circonf. temporale .... Surdité verbale. Phi éourber ANRT RE ee Cécité verbale
en respectant ses centres eux-mêmes. |
10 mars. — La cavité de l’abcès cérébral, facilement explorée avec le stylet mousse, ne semble présenter aucune tendance à se reproduire, ses parois sont isolées, mais bourgeonnent peu. Pour activer le travail de réparatiüon, j'installe dans le traget un centimètre cube d’eau oxygéniée à 12 volumes à chaque pansement.
7 mars. — Le malade continue à se plaindre de maux de tête violents maïs intermittents, sus-orbitraires gauches, Un vomissement. Température normale. Pouls régulier à 80, Tous les symptômes d’irritaiion méningée ont disparu, sauf un peu d’exagération du réflexe rotulien gauche. Les troubles de la parole ont considérablement diminué, il n’y a plus d’hésitation que pour les noms propres. L'écriture est très correcte.
Néanmoins, le malade gémit: il est triste, pleureur, il a des idées de suicide.
La suppuration cérébrale est presque nulle. Depuis l'emploi de l’eau oxygénée, la cavité s’est rapidement comblée par bourgeonnement; on retire ke drain.
10 mars. — Tentatives de suicide (Défenestra‘ion).
15 mars. — Disparition des maux de tête. Mais quand on introduit un porte-coïon imbibé d’eau oxygénée dans le trajet du
ans |
drain qui persiste encore, on provoque l'apparition subjective de flammes devant l’œil gauche.
18 mars. — Plaïe cérébrale fermée. Le malade ne souffre plus et descend se promener au jardin, il est très gai. Etat mental d'enfant avec pleurs abondants à la moindre souffrance où quand on le contrarie.
28 avril. — Etat général excellent. La plaie cérébro-temporale est absolument cicatrisée. La cavité d’évidement est à peu près épid'ermisée.
Janvier 1903. — La guérison s’est maintenuk, la tristesse du malade a fait place à la joie de vivre: il est fiancé.
L'état intellectuel est excellent, puisqu'il est actuellement —professeur dk cinquième au collège; il y a six mois qu’il n’y a pas eu de céphalée. L’aphasie à complètement disparu. Pas de cicatrice apparente. L’oreïlle moyenne est bien épidiermisée.
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