ICI REPOSENT
Claude-César Solanle
Décédé à V âge de 70 ans
Le 8 avril 1864.
Marie-Thérèse Berihier
Son épouse
Décédée à V âge de 66 ans
Le 3 mai 1871.
Clarisse-Blanche Darboux
Epouse Solanle
Décédée à iâge de 46 ans
Le 5 décembre 1898,
Pierre-François Solanie
Décédé à Vâge de 52 ans
Le 6 juillet 1903.
Mes grands-parents, ma mère et mon père !
Une inscription qui n'était pas encore entièrement gravée dans la pierre, portait :
Aurélie-Etienneiîe Solanie Décédée...
Lorsqu'on ne sait plus prier, on ne s'attarde guère devant les tombes.
Le fossoyeur vint me saluer et je lui remis une petite somme pour l'entretien du caveau. Pourtant, je n'aime pas les sépultures entourées de jardinets ratisses et nets. Une tombe doit toujours être pareille à une ruine. Il faut laisser faire la ronce et le temps.
Comme je sortais du cimetière, je vis de loin Paule Blondel qui arrangeait une couronne d'immortelles. Dans sa robe noire, et ses beaux bras tendus, elle ressemblait à une de ces Victoires douloureuses ou à une de ces Muses éplorées qui tendent des rameaux funèbres aux bustes des morts illustres...
Cet après-midi de 13 juillet, en arrivant, je trouvai Paris pavoisé de drapeaux et un mot de M. Bottier-Damars.
Ils étaient installés à Ris-Orangis dans une villa qu'ils avaient achetée récemment et ils comptaient sur ma fiancée et sur moi, le lendemain.
J'avais un train à neuf heures cinquante à la gare de Lyon et la voiture nous attendrait devant la station.
Le voyage m'avait un peu fatigué. Après avoir dîné chez Berthe, fait avec elle mille projets et pris rendez-vous pour aller ensemble à Ris-Orangis, je gagnai ma chambre et me couchai.
Sur la table où je pose, le soir, ma lampe, un cendrier, mes cigarettes et quel-
ques bouquins, j'ouvris mon portefeuille et j'en tirai des billets de banque.
Dans l'infini, une vie humaine est une chose unique, précieuse et sans doute divine, mais l'étape est dure à ceux qui doivent la faire sans les passeports que sont ces papiers conventionnels. Il y en avait de différentes sortes parmi les liasses que m'avait remis Me Blondeh Les anciens billets de cent francs étaient sévères, d'un bleu grave et sérieux. On pouvait les échanger contre des titres de rente, des actions solides. Ceux qui ne datent que de quelques années sont gais.
À droite, une nautonnière accoudée près d'un pin y tient une rame ; à gauche, une jeune paysanne, en casaquin rouge, rêve sous un pommier chargé de fruits. Un enfant nu, près d'elle, caresse un mouton.
L'air est violet entre les branches des arbres derrière lesquels on évoque à la fois la Normandie et la Côte d'Azur.
Je préfère le recto au verso, malgré une
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belle fille dont on voit les jambes, les bras et le sein et qui apporte une corne d'abondance à un forgeron furieux qui pose outrageusement.
Ces billets sont charmants.
Il semble qu'on ne puisse les employer à des affaires importantes et qu'ils ne doivent servir qu'à régler l'addition d'un déjeuner où l'on a invité une jolie femme, à payer un chapeau de printemps, des bonbons et des fleurs.
Je ne les avais jamais remarqués aussi attentivement, et je m'endormis à côté de ma fortune, d'un sommeil confus où passèrent tour à tour Paule Blondel et ma tante Aurélie, Berthe et la paysanne qui rêve sous le pommier des billets de banque et qui montrait sa gorge nue en m'offrant deux pommes rouges...
Le lendemain, à neuf heures, je trouvai ma fiancée en train de se coiffer devant la
psyché de sa boutique close. Jamais elle n'avait été si jolie. Elle épinglait sur ses beaux cheveux une capeline de paille que pressait une flexible guirlande de liserons panachés.
Un rayon de soleil, tout poudreux d'atomes dansants, filtrait entre le joint du volet et frappait l'eau du miroir.
Berthe avait une jupe de toile bleue, une blouse blanche dont les manches transparentes montraient ses bras ronds malgré la demi-obscurité de la petite pièce tiède.
Elle mit une jaquette de la même étoffe que son jupon et, après avoir pris une tasse de chocolat froid, nous sortîmes.
On ne connaît pas assez le pouvoir exaltant des drapeaux sur les murs. Je suis sûr que si on pavoisait toujours les maisons, la vie serait moins plate et plus héroïque.
Il ne manquait au grand escalier de la gare de Lyon qu'un tapis rouge. Avec ses cartouches écussonnés et ses étendards
immobiles dans la chaleur déjà forte, elle semblait attendre des souverains...
Nous trouvâmes M. Bottier-Damars dans le potager, derrière un pavillon qui avait appartenu au xvme siècle à quelque fermier général et qui était bien la plus délicieuse habitation qu'on puisse imaginer.
Je priai Berthe de rester un moment derrière un massif de lilas sans fleurs.
En bras de chemise, un sécateur à la main, M. Bottier-Damars était grimpé sur une échelle adossée contre une muraille. Il faisait la conversation avec un gros homme dont la tête disparaissait sous un large chapeau de jardinier.
Il nous présenta :
— Monsieur Claude Solante, le précepteur de mon fils.
— Monsieur Raminet, mon sympathique voisin.
Une voix d'homme timide bredouilla sous la cloche de paille.
— Enchanté, monsieur, enchanté...
Puis, ils se serrèrent la main parmi le
feuillage des arbres fruitiers et le jardinier s'enfonça derrière le mur, en saluant comme un énorme guignol.
M. Bottier-Damars se pencha encore et cria :
— Eh ! voisin, n'oubliez pas l'heure, surtout. C'est à midi, n'est-ce pas?... Que ces dames viennent comme elles sont, et sans façon, à la paysanne. On vous attend, il est moins le quart...
Il descendit de son échelle, radieux.
— Ah I cher monsieur Claude, je suis ravi, ravi. Nous avons le temps de faire le tour du jardin avant le déjeuner, dit-il. Cet après-midi nous causerons un peu...
Et votre fiancée? Elle n'est pas venue?...
Il aperçut Berthe au détour de l'allée, et il se précipita.
— Je suis ravi de vous voir, madame,
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ravi. Nous avens tant d'affection pour M. Solante...
La campagne le transfigurait. Il trouvait les mots qu'il voulait dire ; il n'était plus ridicule, la banlieue le libérait !
Vous déjeunerez avec M. Raminet,
un voisin charmant, un ancien épicier retiré des affaires et qui s'est fixé ici. Mme Raminet est une personne qui a de la valeur, leur demoiselle est très aimable et le fds est poète ; vous pourrez vous entendre...
Nous rencontrâmes près des groseilliers Mme Bottier-Damars, M"'* Raminet et sa fdle. Après les présentations et quelques compliments nous nous dirigeâmes ensemble vers la maison.
Mrae Raminet ressemblait à une marchande à la toilette, mais sa fdle avec sa robe de toile écrue et sa charlotte de mousseline n'était pas laide.
Nous allions côte à côte, je répondais à Mme Bottier-Damars qui me parlait de
mon voyage et j'avais fort à faire. Elle marchait devant nous, en tenant Berthe, qu'elle appelait déjà : « ma petite », par le bras.
M. Raminet qui avait simplement endossé un veston de flanelle rayée nous attendait sur le perron.
On me montra le premier numéro d'une revue qui publiait des vers de Robert Raminet, en littérature Tristan Angel, puis Aristide qui arrivait en compagnie du poète me sauta au cou.
A table, on avait éloigné Berthe de moi, avec des plaisanteries de noce villageoise. J'étais entre Mme Bottier-Damars et Lucienne Raminet et le déjeuner fut vulgaire et cordial.
Robert-Tristan-Raminet-Angel portait de longs cheveux. Il avait sans doute vingt ans et il était à fesser.
Quand on servit le café je crus devoir le féliciter.
— J'ai lu, monsieur, de très beaux
vers de vous dans la Revue Dorée...
Il s'empourpra comme une cerise ; il
n'était pas mûr pour la gloire qui veut
des teints de marbre que rien n'altère.
— Oui, de très beaux vers, continuaije, un peu étranges et mystérieux peutêtre, mais pleins de ce frisson nouveau dont Victor Hugo parlait un jour qu'on lisait devant lui, à Guernesey, une page de Baudelaire. Aimez-vous Hugo, cher monsieur? votre génération ne paraît pas...
— Le père Hugo? fit-il en rougissant encore, ah non ! pourquoi pas Corneille, Racine ou Béranger? Ces gens-là n'ont pas eu le sens de la pénombre poétique.
Je m'amuse beaucoup parce que je ne m'indigne jamais.
— Pourtant, repris-je, croyez-vous qu'on ne trouve point quelque ombre sibylline dans Ce que dit la Bouche d'Ombre^.
Vous savez qu'on raconte à peu près ceci : Lorsque le père Hugo commença ce grand poème bruineux, il déclara qu'il
allait écrire des vers qui ne seraient intelligibles qu'à Dieu et qu'à lui. Au bout de quelques pages, on l'entendit murmurer : « A présent, il n'y a plus que Dieu qui comprend !... »
Le jeune homme ne vit pas que je me moquais de lui, et il se mit à me parler de ses maîtres, de ceux qui avaient le sens de la pénombre.
Il fut naturellement question de poètes dont personne n'avait lu les vers, de J.-W. Natanaël qui avait écrit les Complaintes Pâles, de Sylvain Archangelys qui avait daigné donner le premier épisode des Balbutiements dans l'Ether, et de plusieurs autres farceurs qui s'appelaient Duval ou Dupont et qui culottaient des pipes Gambier dans les petits cafés du quartier Latin ou de Montmartre, à côté de filles stupides mêlant l'argot du boulevard à un solide fond de limousin ou de bas-normand.
Le jeune Raminet était, de plus, anar-
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chiste, et sa sœur avait une jambe dure et chaude qu'elle retirait à peine lorsque je la frôlais par hasard.
Après le déjeuner, M. Bottier-Damars qui prenait décidément des allures dégagées se leva.
— Je demande pardon à la compagnie, dit-il, mais j'ai à causer avec M. Solante. Nous revenons d'ailleurs ; le temps de fumer une pipe dans le jardin...
Il prit dans le vestibule une cloche de paille semblable à celle qui coiffait M. Raminet et il m'entraîna sous les arbres.
— Mon cher ami, commença-t-il, vous avez devant vous un homme heureux.
Je me fixe à Ris-Orangis. Paris me dégoûte.
Voyez-vous, ni ma femme ni moi n'étions faits pour la capitale. Nous avons de l'argent, c'est entendu, mais à quoi qu'il nous servait? On ne connaît personne.
Les gens qui habitent la même maison
ne se parlent même pas. J'ai rencontré plusieurs fois dans l'escalier la locataire du dessous, la vicomtesse de Trémières, paraît-il, elle m'a regardé de travers. Il aurait peut-être fallu que je lui tire mon chapeau à cette pimbêche? Tu ne me connais pas, je ne te connais pas. Ils recevaient chaque mardi. Est-ce qu'entre voisins on ne doit pas s'inviter? Nous ne leur aurions pas fait honte. Eugénie a un collier de cent mille francs et quand elle est en toilette elle vaut bien cette petite dame, n'est-ce pas? Ici, nous avons au moins les Raminet qui sont un peu plus agréables à fréquenter, je vous assure, et qui ne font pas tant de manières...
Je l'écoutais, assez ahuri. J'avais salué plusieurs fois la vicomtesse de Trémières en sortant. C'était une grande jeune femme de vingt-cinq ans, aux cheveux cendrés, élancée et pareille à une de ces divines ladies que peignit Gainsborough, une de ces belles pairesses qui rêvent sous un
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chêne anglais au tronc pressé de roses, et je n'imaginais guère, malgré leur voisinage, les Bottier-Damars à ses réceptions du mardi.
Mon compagnon qui allumait sa pipe continua :
— Non, Paris n'est pas pour nous. Nous ne sommes plus assez souples pour prendre ses habitudes. Vous nous avez conduits partout, et nous nous sommes toujours ennuyés. Chez ce Fabien, par exemple, on n'ose pas manger, ma parole, avec ces larbins insolents derrière vos chaises.
Le théâtre? Moi je n'aime pas les chefsd'œuvre, ils me font dormir. Tenez, j'ai passé seulement une soirée épatante, mais là ce qui s'appelle une soirée épatante, à Bobino;vous vous souvenez, avec ce type rigolo qui chantait :
« J'ai un' p'tiV maison à Nanterre. »
Ça, au moins, c'est à la bonne franquette, on boit son petit verre, on fume sa pipe
en écoutant les artistes et on peut rire sans se gêner. Oui, de tout ce que nous avons vu, c'est cette représentation qui nous a le plus amusés.
Alors, j'ai donné congé. Nous conserverons un pied-à-terre à Paris. La villa est vaste et confortable ; l'auto viendra vous prendre tous les jours, tous les deux jours, comme vous voudrez. Nous ne nous acquitterons jamais de ce que vous avez fait pour Aristide. Grâce à vous, il est devenu très chic. C'est décidé, mon cher Solante, allons retrouver ces dames maintenant. Je ne regrette rien, et vous savez, lorsque le père Bottier-Damars a quelque chose dans la tête, il ne l'a pas ailleurs... Dites donc, elle est charmante votre fiancée... Et la noce? Toujours pour aprèsdemain? Imaginez-vous que c'est la première fois que je vais être témoin dans un mariage. Sacré veinard, va !...
Il m'allongea une claque amicale sur l'épaule et, heureux de son abdication et
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d'avoir enfin découvert à Ris-Orangis le bonheur qu'il cherchait en vain à Paris, il se mit à fredonner :
Y a du persil dans mon jardin, De la cibouV, du romarin, Des pHits oignons, des salsifis, C'est pas besef, mais ça suffit.
Un soleil colonial écrasait le potager où les salades ressemblaient à de vertes étoffes chiffonnées ; sur la route, des cyclistes passaient avec des bouquets et des feuillages à leurs guidons ; des drapeaux flottaient aux fenêtres des villas ; posées sur les fils télégraphiques comme des notes entre les lignes d'une portée, des hirondelles inscrivaient sans doute une héroïque phrase de la Marseillaise dans l'azur implacable de ce quatorze
juillet.
Le chauffeur travaillant à réparer l'automobile, nous dûmes prendre le train
de six heures pour rentrer à Paris.
Aristide m'avait remis une enveloppe que j'ouvris dans le compartiment où nous étions seuls.
Avec ce cadeau de noce, l'héritage de ma tante Aurélie et la somme que M. Bottier-Damars m'avait prié de garder lorsque j'eus réglé sa rupture, je possédais exactement cent mille francs.
Berthe pouvait vendre sa boutique.
Je tenais ses mains dégantées dans les miennes. Elle souriait, heureuse, sous sa capeline aux liserons panachés, et elle était légèrement décoiffée.
Devant ses beaux cheveux qu'elle ne parfumait pas et qui sentaient une odeur végétale de bois en septembre, je songeais à la cabeladuro d'or, à la grande chevelure blonde que le poète Mistral découvrit dans le caveau seigneurial de l'antique chapelle des Beaux, et que l'on conserve au Musée d'Arles.
Lorsque je vis, pour la première fois,
à travers la glace de son coffret, cette toison ardente, j'aurais donné un peu de ma vie afin d'y pouvoir toucher.
Nulle chevelure vivante n'avait eu pour moi tant de prestige.
Aurais-je su effleurer assez pieusement ses boucles mortes, ses fils crépelés d'or sec?
La jeune comtesse qui la possédait devait s'appeler Marie ou Stéphanctte, et le vent qui avait passé sur les Alyscamps en mêlait les mèches sur son front, alors qu'elle regardait un immense soir rouge à son balcon...
J'allais embrasser les cheveux de Berthe lorsque le train s'arrêta. Une famille entière s'engouffra dans notre compartiment et ne nous quitta qu'à Paris.
Après avoir dîné quai des Grands-Augustins, nous suivîmes la Seine jusqu'à l'Institut.
La nuit était venue, orageuse, lourde
et traversée par des bouffées de musiques populaires, les flons-flons des orchestres installés aux carrefours.
Berthe avait ôté sa jaquette de toile bleue, et ma main caressait la soie tiède de son bras sous la mousseline de la manche. Sur les bancs obscurs, des amoureux étaient enlacés.
Devant l'Institut, des mucisiens juchés sur quelques planches, derrière une guirlande de lanternes vénitiennes, faisaient valser des couples.
Berthe me regarda en souriant.
Je compris qu'elle avait envie de danser et nous entrâmes dans la poussière fauve du bal.
Brusquement, à côté de moi, j'aperçus Jeanne qui tournait au bras de son mari !
Il avait une jaquette d'alpaga à boutons métalliques et un bicorne comme les garçons de recette.
Elle ne me vit pas. La foule nous sépara et je la perdis.
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Ils avaient dû se retirer, las et fiers de cette dernière valse.
Nous dansâmes jusqu'à onze heures,
ensuite nous prîmes la rue de Seine, espérant y rencontrer un fiacre.
Devant la Mercerie-Papeterie de l'Institut où j'avais voulu, un soir, acheter un journal et où j'avais retrouvé ma pre-
mière maîtresse, M. Couvreur, le mari de Jeanne, assis tout seul, prenait le frais, son gilet déboutonné sur sa chemise blanche et son bicorne en arrière.
Nous descendîmes du trottoir qu'il occupait tout entier avec sa chaise.
Il était assoupi et il ronflait doucement. Berthe s'arrêta pour remettre sa jaquette.
— Regardez, Claude, murmura-t-elle, ce gardien de musée qui dort...
Elle reprit mon bras et nous allâmes du côté du boulevard Saint-Germain qu'empourprait un feu de Bengale...
Ah ! Berthe, vous ne pensiez pas si bien dire !
Pressons le pas ; je vous aime et nous marchons sous la plus belle des nuits de fête vers le bonheur, puisqu'on appelle ainsi l'espoir d'une possession nouvelle. Venez. Ce bonhomme qui sommeille sous son bicorne penché n'est pas un employé de musée, mais, sans qu'il s'en doute, il monte la garde devant la porte d'une
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humble boutique fermée où un papillon de gaz bleuâtre éclaire des vitrines pleines de boîtes de papier et de pelotes de fil, autour desquelles passe le fantôme du premier amour qui enchanta et tourmenta ma pauvre, ma chère jeunesse...