SES RIDEAUX DE TULLE LA CACHAIENT A PEINE
crinière. Elle se courba. Elle devait ramasser sa jupe et ôter ses bas. La lumière s'éteignit brusquement...
Un rire léger de fille qu'on chatouille éclata sur un banc obscur. Je crus reconnaître le rire de Thérésou, et je rentrai.
Je dormis d'ailleurs fort mal. A la campagne, il faut se coucher avec les poules, car on est toujours éveillé par les coqs.
Celui qui chantait à deux pas de ma croisée entr'ouverte, sur le bûcher, était splendide.
Je dus m'habiller. Heureusement, Thérésou qui se levait à cinq heures me fît frire des œufs au jambon, un peu grillés sur les bords, comme je les aime.
Après en avoir fini avec Me Blondel, je crus de mon devoir d'assister aux obsèques de Sylvie.
J'y reconnus facilement tout le monde.
La nièce de Mabraille avait raison, les gens du village étaient tenus par de telles vieilles petites habitudes qu'ils mouraient à peine.
Quatre hommes avaient chargé le cercueil sur leurs épaules, et des filles qui cachaient leurs cheveux sous des voiles blancs portaient des draps décorés de rubans bleus.
La foule suivait.
Il était dix heures et il taisait chaud.
Le convoi prit un antique chemin montant bordé de murs en pierres sèches, et la cloche de l'église sonnait au loin, dans le grand soleil.
Pauvre Sylvie, toujours triste et sans grâce ! Je voyais sa bière couverte de fleurs pâles ; elle était là, un peu secouée, exsangue, ses mains croisées pour une prière éternelle et muette, avec son ruban d'enfant de Marie sur sa poitrine plate qui avait autrefois palpité quand Sylvie songeait à moi !
])]■: RJS-ORANGIS 307
Dans le cimetière, je pus m'esquiver et chercher la tombe des miens. Je la trouvai, adossée contre le mur du fond. Deux cyprès la gardaient, pareils à deux noires et massives flammes de bronze.
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