‹ L'abdication de Ris-OrangisChapitre 9 sur 17 · DE MOLIERE · texte numérisé non relu

DE MOLIERE

Les Bottier-Damars et leurs parentes n'ont pas énormément goûté le spectacle que l'on donnait au Théâtre-Français.

Pendant le dîner, la conversation avail roulé sur les comédiens célèbres.

Mme Bottier-Damars n'avait jamais entendu parler que de Sarah Bernhardt, mais la grande artiste n'était pour elle ni la Dame aux Camélias, ni Doua Soi ni Phèdre, ni Hamlrl. elle ne savait d'elle que ceci :

Lorsque la tragédienne se déplaçait, elle emportait toujours, avec ses innombrables bagages, son cercueil, une vaste bière de chêne capitonnée de satin blanc ! Parmi les acteurs elle ne connaissait qu'un certain M. Géo.

Ce devait être un chanteur de caféconcert, un diseur de monologues à cinq francs par soirée qu'ils avaient entendu dans un bastringue, dans un Eden ou un Eldorado de Châlons, en faisant leur voyage de noce.

Elle disait à son mari :

— Tu t'en souviens de M. Géo, hein !

était-il rigolo, ce type-là?

Il y avait plus de vingt ans, les souvenirs de M. Bottier-Damars étaient assez vagues et le talent de M. Géo paraissait ne pas l'avoir spécialement frappé.

Il en tenait, lui, pour le fils d'un de ses amis qui, d'après ce que je compris, se livrait, à la fin des repas de fête, aux plus douteuses facéties.

— Il était vraiment doué pour le théâtre, affirmait-il ; tous les cris, des oiseaux, des chats, il les reproduisait à la perfection. S'il avait bêlé derrière la porte de la salle à manger, vous auriez cru qu'il y avait un mouton ou une chèvre dans le

salon. Parole d'honneur, c'était très bien fait, et il imitait tons les bruits...

Mme Bottier-Damars, qui connaissait l'artiste, s'indignait :

— Ce n'est pas ce qu'il faisait de plus propre...

Mais mon hôte n'en démordait pas.

— Il serait sûrement arrivé à quelque chose s'il avait été dans les Conservatoires.

Il regrettait vivement que son pétomane champenois n'eût point suivi les cours de Paul Mounet ou de Silvain !

Ils disaient des bêtises énormes avec une radieuse bonne foi.

Minnenwerfer et Bar-le-Duc n'avaient aucune opinion sur le théâtre contemporain. Sans doute s'imaginaient-elles qu'elles allaient voir quelque drame sanglant ou bien un paillasse qui reçoit des gifles. Seule, Crème-de-Menthe avait visité un musée de cire, à une foire : le président de la République recevait le tzar de Russie. C'était frappant.

Il y avait aussi un cabinet d'anatomie, mais les jeunes filles n'y entraient point.

Elle montrait plus de vivacité que ses sœurs. C'était sans doute à cause de cela que les soldats l'avaient baptisée ainsi, du nom que les Anglais donnèrent au premier lank qu'ils lâchèrent à travers les terres creusées de trous d'obus et semées de fils de fer barbelés, sur les Boches épouvantés.

Parmi tout ce monde, Aristide possédait quelques clartés sur l'auteur des Femmes savantes.

Je clignai de l'œil de son côté.

11 se vanta de ses connaissances et ses parents extasiés l' écoutèrent débiter d'une haleine ces phrases de manuel :

— « Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, né à Paris en 1622, mort en 1673. Auteur dramatique et comédien, nul ne peut lui être comparé pour le relief des caractères, la haute originalité, Ventenle parfaite de la

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