‹ L'abdication du poète. Port. de Lamartine gravéChapitre 3 sur 4 · L AUTOGRAPHE ZO · texte numérisé non relu

L AUTOGRAPHE ZO

quant, que devient le fleuve, à Vaide duquel j'ai pu payer jusqu'ici près de quatre millions en huit ans ?

Je me vois donc (entre nous deux seuls) véhémentement menacé de la vente totale de tous mes biens pour payer ici et pour achever là-bas de payer tout le monde. N'en parlez pas, mais sachez-le.

Dans une situation pareille où je suis depuis deux mois, vous jugez que je ne suis pas bien gai. C'est véritablement être étranglé entre deux portes. Je cherche de tous côtés des ressources, mais je n'en trouve pas. Jusqu'ici, tous mes ennemis et tous mes créanciers semblent s'être donné rendez-vous sur mes ruines. Néanmoins, n'ayez aucune inquiétude en ce qui vous concerne. Je serai prêt pour les 10,000 francs à la fin de juin et, si je n'ai pas fait d'ici là quelque grand coup important et libérateur, je me trouverai seulement, et en silence, avec encore 6 ou 700,000 francs de capitaux jusqu'à ma perte finale. J'aurais voulu sauver Saint-Point

pour ma femme et Valentine, mais le Crédit foncier s'y oppose.

Quant à la politique, je rnen fiche et je suis à peu près comme le pays. Je pense à moi et à ceux qui vivent de moi.

A revoir, bientôt.

Al. df. Lamartine.

Caplain avait raison. Voilà un billet qui nous mène loin dans la connaissance de Lamartine septuagénaire. Nihilisme politique, effondrement financier, mystère sentimental, ce papier léger contient tout. Mais à première vue qu'il nous déconcerte et nous gêne ! Quoi ! c'est le chef du gouvernement provisoire qui écrit cette phrase cynique, dont la pauvreté nous glace : « La politique, je m'en fiche 1 » C'est le jeune héros fastueux, celui qui traînait tous les cœurs après soi, que traquent de la sorte les recors et les huissiers ! Comme cette écriture harmonieuse et formée par une âme chantante convient peu pour exprimer

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des sentiments durs ! Est-il possible que tels soient les paroles, le sentiment, le ton de celui qui avait plus qu'aucun le goût des choses de Dieu ? Et comment nous expliquer qu'à l'âge où l'esprit tire ses conclusions de la vie, il exhale une plainte si désabusée, le plus grand poète idéaliste de notre race ?

Cet autographe douloureux, ces pensées anti-lamartiniennes, dans cette écriture toujours harmonieuse, posent tout le drame et répètent avec plus de force les questions que j'adressais l'autre jour à Henry Cochin, à Jean des Cognets, à Caplain.

Ligne à ligne, je reprends cette lettre et j'en épèle chaque mot : « J'aurais voulu sauver Saint-Point pour ma femme et Valentine... » Saint-Point, ma femme, Valentine, dans ces trois mots se réfugie le cœur de Lamartine. On y respire ses grandes et belles qualités, son amour de la terre, son respect de la famille, et puis cet attrait qu'il exerça jusqu'à la mort sur la sensibilité féminine. Nous touchons là,

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d'une manière quasi-matérielle, les obsessions du grand poète vieilli, telles qu'il les confesse en toute sincérité à M. Dubois, à l'ami dont il est le plus sûr. Voilà les sombres pensées qu'il ne cesse pas de tourner et de retourner dans son esprit, durant ses vingt dernières années, et qui, plus sombres d'étape en étape, le noieront à la fin dans un puits de ténèbres. Quel portrait à tracer que celui d'un jeune cavalier heureux, infatué, divin, qui se transforme en vieillard abandonné de Dieu, des hommes et de soi-même ! Mais c'est peu d'établir et d'énumérer ses ennuis, sa misère, sa poursuite constante de l'argent et les sollicitations où ce vaincu se laissait aller ; la grande affaire, c'est de comprendre que, tout de même et tel quel, cet homme est celui qui sut écrire les Méditations, Jocelyn et Raphaël, et que dans sa détresse subsistent et agissent les dispositions morales qui firent sa grandeur. L'âme ancienne demeure dans la tour ruinée. Voilà le drame, voilà ce qui est beau, complexe, déchirant.

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Je ne suis pas de ceux qui trouvent intéressant de dire une pauvre chose quelconque d'une manière obscure, embrouillée, et d'exercer les grands devineurs, traducteurs, chercheurs de rébus, mais j'aime qu'un esprit faiseur de clarté poursuive au milieu des obstacles ou, s'il en est capable, au milieu des dangers, quelque sujet désiré par les imaginations, et que, le forçant dans toutes ses retraites, il le saisisse, le traîne en plein jour, l'enveloppe, le pénètre de lumière et conduise nos regards jusqu'au fond d'un cœur mystérieux. Le cœur de Lamartine vieillissant, sexagénaire, septuagénaire, quasi-octogénaire, — il mourut à soixante-dix-neuf ans, — quel objet de curiosité ! Grands amateurs d'énigmes, approchez. Que le cœur du dandy génial, dont les battements triomphants faisaient mourir d'amour Julie, anime maintenant ce vieil homme qui prise, néglige sa tenue et néglige plus encore sa gloire, c'est un fait, mais il reste à sentir, à comprendre que, dans cette

apparente atonie, morne et figé comme le voilà, c'est bien le même cœur d'où sortirent les Méditations et les Harmonies, un cœur qui voulut abdiquer, mais toujours un cœur royal.

Quel beau mystère ! Un cygne au plumage éblouissant, pareil à un sentiment pur, nageait dans un beau lac ; on l'a chassé, obligé de marcher dans les terres boueuses où il boîte, se souille, s'épuise. Que d'autres rient ou le plaignent ! Nous songeons aux passions tristes et grandes qu'éprouve ce vieux musicien taciturne. Sa puissance de jouir, de souffrir, de s'émouvoir n'a pas diminué, et les plus sombres expériences de la vie viennent ajouter leurs accents à la suavité naturelle de sa grande âme chantante. Seulement, les mélodies qui se forment en lui y retombent silencieusement pour l'empoisonner.

Tâchons de les surprendre. Cherchons à pénétrer le secret de cette abdication du poète. Comment celui qui possédait au plus

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haut degré l'élan intérieur, la faculté de laisser parler la part involontaire de l'âme et les régions que nous ne dominons pas, s'absorbet-il dans des soins qui n'ont pas d'éternité ? Lui qui éprouvait d'une manière invincible le besoin de répandre au dehors l'idée du divin qui était en lui, pourquoi se tait-il, maintenant qu'au prix de son bonheur il a écarté tous les voiles ? Comment un si clair génie tout ailé et tout en lumière est-il devenu cet astre noir ?

Octobre 1848. — Par un ciel d'hiver, un grand oiseau blessé regagne son nid. C'est Lamartine, c'est le chef du gouvernement provisoire, l'idole du peuple aujourd'hui abandonnée.

Il fuit l'Assemblée. Il est las physiquement. « Eh bien ! disent ses amis, on n'essaie pas de soulever le monde quand on n'est pas capable de le porter. » Il est plus las encore moralement. Il a cru qu'à force de générosité on conduisait les foules et il se trouve devant

la dure réalité des appétits. Sa désillusion fait ricaner ses collègues. Les pamphlets l'outragent. Dans les rues, on commence à crier : « A bas Lamartine! » Déjà un courant invincible entraîne la France vers Louis Bonaparte. Il jette à la tribune son cri tragique d'une fierté plus théâtrale que virile : Aléa jacta est, et, laissant au hasard le soin de régler le destin de la Révolution, le héros malheureux s'en va se terrer et jouir avec amertume de la solitude et du silence.

Un grand oiseau blessé. C'est la tête et les yeux de l'aigle, l'encolure, la noblesse du cygne. Il arrive à Monceaux quand la neige couvre la campagne. Depuis Mâcon, un cortège le suit, des ouvriers, des gardes nationaux, des hommes, des femmes, le maire en tête ; en chemin, des vignerons rejoignent, et tous ils montent l'avenue de vieux noyers et de jeunes platanes. On se groupe sur la terrasse aux rosiers ; le grand homme monte l'escalier bordé de buis et, du haut du perron, par-dessus

cette foule d'amis, prenant à témoin le lointain horizon des montagnes, il renvoie à Dieu l'hommage de gloire que ses fidèles lui apportent. C'est un beau jour, dit-il, le plus beau ou du moins le plus doux de son année... La douceur, comme il y insiste ! Et ce génie charmant, vibrant à toute émotion, trouve ce mot si frivole et pourtant d'une grâce qui, sur l'instant, désarme la réflexion : « Je vous rapporte une révolution innocente. »

Dernière flamme rustique de la gloire lamartinienne ! Elle est semblable à ces feux d'automne que les paysans allument dans les champs avec les débris de la récolte. Le poète sent bien que ce sont les dernières étincelles du grand brasier où ses espoirs achèvent de se consumer. Les députations se suivent, gardes nationales des petites villes voisines, délégations des conseils municipaux, orphéons, drapeaux tricolores ; il répond à tous avec sa grâce inépuisable, mais quelle glace envahit son cœur ! Ses familiers ne s'y trompent pas.

Trente ans plus tard, son jeune secrétaire d'alors, Charles Alexandre, près de mourir, désabusé de la vie publique (il avait été député), aussi bien que de sa destinée personnelle, et voulant rendre compte des noires idées où il achève ses jours, ne trouve rien de plus fort que d'écrire à M. Dubois : « Je suis dans un état pareil au désespoir où nous avons vu Lamartine, à Monceaux, en 1850. »

Ce désespoir, que le poète-tribun ne voulait pas laisser soupçonner, comme il éclate, un jour, dans un cri de poésie, dans un chant de cygne égorgé !

Un jour d'octobre, à midi, sa femme et quelques invités l'attendent dans la salle à manger. Il tarde. On se met à table sans lui. Bientôt, on entend ses sabots sur les dalles de l'escalier et du couloir. Il entre, salue chacun d'une parole amie, s'assied, mais l'esprit évidemment ailleurs, il laisse passer sans y toucher les plats qu'on lui présente, et soudain : - J'ai fait des stances à d'Orsay pour le

remercier de son buste ; voulez-vous les entendre ?

Alors, devant la cheminée, enveloppé de sa grande pelisse hongroise, ses feuillets à la main, il commence les strophes fameuses :

Quand le bronze, écumant dans ton moule d'argile,

Léguera par ta main mon image fragile

A l'œil indifférent des hommes qui naîtront,

Et que, passant leurs doigts dans ces tempes ridées,

Comme un lit dévasté du torrent des idées,

Pleins de doute, ils diront entre eux : « De qui ce front ? »

Quel frémissement parcourut les auditeurs entendant à la fois cette plainte et cette apologie ! Ils le regardaient avec admiration et stupeur. Et sa femme, ses amis, qui croyaient le connaître, eurent, à cette minute, la révélation des hauteurs d'où il était précipité. Ils virent, pour la première fois, ses cheveux blanchis, sa figure creusée, son martyre. « J'avais sept âmes, leur disait le poète ; j'étais un soldat, un prophète qui chante, un prêtre qui prie, un orateur exposant aux poignards

sa poitrine, et mon siècle, sept fois, m'a assassiné. » Les yeux clos, pâle comme la mort qu'il invoquait, mais moins pâle que ses auditeurs épouvantés de son désespoir, il lançait la terrible strophe :

Va, brise, ô Phidas ! ta dangereuse épreuve Jettes-en les débris dans le feu, dans le fleuve, De peur qu'un faible cœur, de doute confondu, Ne dise en contemplant ces affronts sur ma joue : • Laissons aller le monde à son courant de boue », Et que faute d'un cœur, un siècle soit perdu !

Quel accent nouveau, quelle cadence plus profonde et plus courte, accordée avec les mouvements d'un cœur trop malheureux !

On reconnaît à peine la vaste sonorité lamartinienne ; la cloche ne se balance plus amoureusement dans les airs pour épandre sur la vallée une inépuisable harmonie. C'est un marteau qui frappe l'airain, aux jours âpres et froids de l'année, et sa vibration résonne comme un glas. Dans cette pièce traversée par le souffle du sublime, tous res-

sentaient cette divinité qu'il y a dans le génie ; ils éprouvaient un mélange mystérieux de terreur et d'amour. Que vient-il nous dire, le naïf témoin de cette grande scène, le jeune secrétaire à qui nous en devons le récit, que vient-il nous dire qu'en une heure, Lamartine, ce matin même, avait improvisé ces strophes immortelles ? Elles sont chargées des expériences de quatre années et de tous les thèmes qui empoisonnent ce cœur, à la fois si noble et si vain. Le siècle ingrat l'a trahi, il lui jette l'anathème et appelle le bonheur de la mort :

Que la feuille d'hiver au vent des nuits semée, Que du coteau natal l'argile encore aimée, Couvrent vite mon front moulé sous son linceul, Je ne veux de vos bruits qu'un souffle dans !a brise, Un nom inachevé dans un cœur qui se brise ! J'ai vécu pour la foule et je veux dormir seul.

Quand il eut achevé, tous pleuraient. Sans un mot, il quitte ce groupe de la famille et de l'amitié ; il monte sur la jument noire au front étoile de blanc qui l'avait porté devant les

barricades de juin, quand il cherchait la mort, et seul il s'en va à Milly; au foyer de sa mère. Nul ne nous dira le poème que ce fils désespéré confia à celle qui avait formé son génie. Mais le lendemain, revenant sur ces strophes, il les caractérisa d'un mot : « C'est un sublime va-te-faire-foutre lancé au peuple ! >

Quel blasphème douloureux, ce mot dans une telle bouche ! Lamartine renie le peuple : c'est renier une part de son âme. Depuis dix ans, arrivé au sommet de sa vie, ce cœur véhément a tout abandonné pour la passion populaire. En vain Dargaud l'avertissait : « Songez que vous avez trop aimé le luxe, les chevaux, le jeu ; craignez de trop aimer la démocratie. » Un Lamartine ne se laisse pas arrêter par un appel à la mesure. Son génie même est fait d'abus de sentiment. Lamartine a aimé la popularité d'un amour coupable : il lui a rendu un culte qui ne doit aller qu'aux objets vérifiés par la raison. Tous les romantiques, depuis un siècle, semblent par-

fois devoir être considérés comme un même homme, et l'on peut croire qu'un Lamartine prolonge un Chateaubriand. Lamartine répond à l'appel que Béranger adressait à Chateaubriand et que celui-ci, sans oser l'accueillir, écoutait avec ivresse. « Va, sers le peuple, abandonne tes rois ingrats », disait le chansonnier de la démocratie à son illustre adversaire le chevalier du trône.

Va vers le peuple

Sa cause est sainte ; il souffre et tout grand homme Auprès du peuple est l'envoyé de Dieu.

Lamartine attendait de la démocratie un plaisir sublime, la joie de se faire porter sur un élément qui pouvait l'engloutir. Cet aristocrate espérait de séduire les vagues et de s'élever sur elles au plus haut point de la gloire. Plaisir du risque, plaisir du cavalier, du nageur, du joueur. Mais plus qu'il ne cédait aux séductions de la vie dangereuse, il obéissait aux plus hautes parties de son génie.

Nous touchons là au secret de l'inspiration lamartinienne. En présence de tout grand phénomène, Lamartine reçoit une émotion et répond par un acte d'adoration. Les foules lui ont donné un ébranlement, il y réplique par un hymne et se fait spontanément le prophète sonore des volontés anonymes. Quel exemple plus saisissant de cette mobilité de son âme et de cette disposition adorante que sa conduite dans les jours tragiques de février 48? Il est venu à l'Hôtel de Ville avec des sentiments de légitimiste ; durant des heures, il refuse de proclamer la République, mais quand il entend autour de lui ces milliers de cris qui appellent la République, il oublie tout, et, comme devant un orage de la nature, une prière à la toute-puissance de Dieu sort naturellement de lui. Dans ce délire de clameurs et de gestes, il se rend, il se fait le portevoix de cette multitude dont sa raison repoussait la foi. Naturellement, il ne peut être question ni de peur, ni d'intérêt ; il cède à la

contagion d'enthousiasme. Au milieu de ce peuple, comme ferait Jocelyn devant une belle aurore, il s'institue le grand-prêtre qui lève ses mains pures pour sanctifier l'heure.

Voilà, pris sur le vif, comment fonctionne le génie de Lamartine. Il n'examine guère, il s'émeut. Est-ce à dire qu'il soit incapable de juger ? Dans ses conversations, dans ses lettres, dans le privé, il a porté sur les hommes, sur les événements, sur l'unité de l'Italie, sur l'unité allemande, des jugements de la plus terrible clairvoyance ; c'était un homme du xvme siècle qui aimait Voltaire, et qui rêvait de rédiger en vers des épitres familières et fines, mais c'était autre chose de bien inattendu, et au premier choc, adieu mesure, bon sens, pénétration, justesse, toutes qualités qu'il avait dans l'ordinaire de la vie 1 Une vague de fond l'emportait pour ses glorieux délires. Il avait reconnu une divinité dans le peuple et l'adorait. Comment résister à l'Esprit où qu'il souffle ?

Après une année d'héroïsme et d'inspiration, à la fin de 1848, Lamartine recueille seulement dix-sept mille voix contre six millions à Louis-Napoléon Bonaparte. « Vous le voulez, eh bien ! soit, vous aurez l'Empire ! » Il dit cela comme il disait dix mois auparavant : « Vous le voulez, eh bien ! soit, vous aurez la République ! » Il le dit d'une voix plus faible. Mais c'est bien, dans l'un et l'autre cas, l'assentiment d'un croyant, quand la divinité a parlé ; c'est l'effet d'un génie né pour guetter, entendre, accueillir le souffle de Dieu, qu'il passe dans une âme, sur les bois,, sur la mer, dans les foules ! Dieu le veut ! dit-il, et l'étrange joueur cède au sort, se lève, abandonne tout sur le tapis vert, tout sauf son honneur.

Cette soumission à tous les caprices de l'événement, au hasard du jeu, quel contraste avec le réalisme d'un Danton s'écriant : « Périsse ma mémoire !» Il y a des hommes dans la suite de l'histoire qui, au milieu des

batailles de la vie, semblent vraiment faire partie de ces gardes du corps de Pompée, si vains de leur beauté, et dont César, qui les connaissait bien, disait : « Il faut les frapper au visage. » Lamartine est l'un de ces jeunes chevaliers, les éternels vaincus de Pharsale. Il ne tient essentiellement qu'à sauver sa figure. Dans un ordre d'activité qui a pour but la possession du pouvoir, il cherche le déploiement de sa gloire. Il est déjà trop épuré dans l'échelle des êtres ; il répugne à certaines conditions du succès politique. Race de théâtre, race qui se préfère à sa cause, frères intacts des pillards, pires peut-être que les pillards, produits charmants d'une éducation romanesque !

Le vent furieux de la réalité qui s'irrite de ces jeux du génie emporte le décor et dénude la scène. Les amis se dispersent ; la foule se soulève ; la haine et la misère rentrent sur une scène tout à l'heure illuminée et retentissante d'illusions. Lamartine, malade, ne sui-

vait même plus les travaux de l'assemblée ; il n'était pas à son poste au 2 décembre ; il ne fut pas outre mesure sensible à la perte des libertés publiques et à l'effondrement des planches parlementaires où il avait cessé de tenir le premier rôle. Peut-être y a-t-il une amère consolation pour un grand acteur à apprendre l'incendie du théâtre auquel il doit renoncer.

Le traitement normal pour le mal romantique : c'est le retour à la campagne.

Après la période des révoltes et des orages, on va dans le milieu de son enfance se recueillir avec le bon sens, avec la modération, avec le train courant du monde, avec toutes les institutions traditionnelles. La nature enseigne les plus violents à reconnaître l'excellence de la loi et de la mesure, et les leçons de calme, de patience, de sérénité que donnent les sai-

sons alternées, les morts et les floraisons, les perpétuels recommencements de la terre, agissent le plus pleinement sur qui ne se borne pas à contempler les divinités agrestes, mais collabore à leurs travaux d'une manière positive. Lamartine se disait vigneron plus encore que poète, et, par là, oiïrait les meilleures conditions pour une heureuse cure.

Dans ses trois châteaux de Milly, de Saint- Point et de Monceaux, c'est le silence, un peu de solitude, la paix. Courageusement, il entreprend de reconstituer sa fortune, détruite par les nécessités de sa carrière, et plus encore par son naturel fastueux. Sa situation pécuniaire est désastreuse. De toutes parts, ses créanciers le pressent, et le Coup d'Etat vient de détruire les ressources qu'il pouvait encore tirer de la politique en supprimant son journal populaire le Conseiller du peuple et son journal parlementaire le Pays. Il continue son Histoire de la Restauration, et cette œuvre ne suffisant pas à ses besoins d'argent, il crée le

Civilisateur, « une galerie des grandes figures de l'antiquité et des temps modernes, pour donner à cette France oublieuse des grands hommes la mémoire des saints et des héros ». Puis successivement, avec une rapidité effarante, il publie son Histoire de la Turquie, son Histoire de la Russie, les six volumes de la France parlementaire, cependant que chaque mois il donne quatre-vingts pages de son Cours familier de littérature. Entre temps il édite par souscription ses Œuvres complètes en quarante volumes...

Chacun de ses châteaux devient une usine à copie. Du matin au soir, il rédige. « Je copie toute la journée, écrit Madame de Lamartine, et j'ai beau faire, je ne puis copier aussi vite qu'il produit. » En cas de nécessité, elle y allait de sa petite invention. C'est ainsi que, dans le Civilisateur, elle suppléait un jour son mari pour raconter l'histoire du héros persan Rustem, précédant sur ce chemin de roses la fille d'un autre grand poète, Madame Ju-

dith Gautier, et une jeune poétesse d'Orient, la princesse Bibesco.

A côté de Madame de Lamartine, il y a toujours quelque nièce du poète qui travaille, et, pour les aider, on appelle à la rescousse M. Deshairs, le maître d'école de Saint-Point.

Un autre que Lamartine aurait bonnement donné cette énorme production à un éditeur. Mais lui n'accepte pas de limiter ses chances de fortune. Il transforme le rez-de-chaussée de sa maison, rue la Ville-l'Evêque, à Paris, en atelier de librairie. Il s'imprime et s'édite lui-même. Chaque livre qu'il lance, c'est un billet de loterie qui va le tirer, d'un coup, des embarras où il est plongé. A chaque fois, en effet, l'argent des souscripteurs afflue, mais à peine dans ses mains, il est dispersé. Cependant arrivent les factures des marchands de papier, des imprimeurs et des nombreux courtiers qu'il envoie par le monde. Il ajourne ces importuns, signe des billets et les renouvelle coûteusement. Au jour de l'échéance,

nul argent. Qu'à cela ne tienne, il achète à crédit, dans tous ses alentours, la récolte des vignerons pour la revendre aussitôt, à perte. Cette dette nouvelle s'ajoute à toutes celles qu'il traîne déjà, et lui amène par surcroît la haine de voisins qu'en dépit de ses bons sentiments, il a mis dans la misère.

On s'explique aisément qu'avec de pareils procédés littéraires et viticoles, Lamartine ait dissipé les deux ou trois millions de ses héritages, la dot considérable de sa femme et les cinq à six millions que lui rapportèrent ses œuvres. C'est en vain qu'il essaye de mettre ses terres en loterie, en vain qu'une souscription nationale le secourt, en vain que les Chambres lui votent quatre cent mille francs, en vain que la Ville de Paris le loge au bois de Boulogne, en vain que le gouvernement lui accorde une rente de vingt-cinq mille francs, et qu'il épuise toutes les bonnes volontés privées, il s'enfonce toujours plus avant dans ses malheureuses combinaisons et pour-

suit une folle martingale, au bout de laquelle ne se sont jamais trouvés que la ruine et le désespoir.

Comment expliquer cette fureur de spéculation ? Le malheureux grand homme était-il pris dans un engrenage dont il ne pouvait se délivrer ? Il y a là vingt années qui firent le scandale de ses contemporains; la tristesse de ses amis, et qui demeuraient enveloppées d'ombre. Nous y voyons clair aujourd'hui. Et voici une note de M. Dubois à Lamartine qui constitue, à mon sens, le témoignage décisif :

« Vous comprenez très bien les affaires, lui écrivait ce sage et fidèle ami, les petites affaires comme les grandes, et vous avez un tel besoin d'activité et d'action quelconque que vous voulez et aimez faire tout par vous-même. Mais vous n'êtes pas et ne pouvez être au courant des détails, prix, conditions, accessoires. On dirait que votre nature prodigieuse ne compte pas avec les soucis et les difficultés et qu'elle a besoin a"y vivre en

se jouant. Cependant Vâge arrive et je crois quil serait nécessaire d'assurer V avenir, tant pour les vôtres que pour vous-même. Il vous faut à peu près cent mille francs, ou au moins quatre-vingt mille par an. Il faut donc les assurer et les constituer viagèrement. Vous garderez Saint-Point, bien entendu, pour y vieillir et mourir près du tombeau des vôtres. Si Monceaux et Milly sont un sacrifice pénible à faire, il sera compensé par bien des embarras et charges de moins. Vous respecterez votre viager comme une arche sainte dans son emploi, et quant aux trésors que vous pourrez tirer de votre écritoire ou autrement, je les abandonne à votre fantaisie, je veux dire à votre libéralité et à votre charité inépuisable. »

Après cette lettre, quand M. Dubois se présenta à Saint-Point, le premier mot de son illustre ami fut :

— Vous m'avez blessé et humilié, laissezmoi...

Le bon M. Dubois, atterré, se retira silencieusement et monta cbez l'un des hôtes du château pour lui faire ses adieux. Aussitôt il y était rejoint par le poète qui, lui tendant la main :

— Mon cher Dubois, j'apprends que vous partez. Si vous avez à faire je ne puis m'y opposer, mais pas avant de déjeuner, je vous en prie.

Le fidèle ami saisit avec émotion la main qui se tendait tout heureux d'avoir été pardonné.

Le génie ne voulait pas être sauvé, mais le bon sens venait de parler. Cet excellent M. Dubois n'était pas seulement un homme d'affaires très avisé, mais encore un parfait psychologue. Il indique là très finement comment le poète s'était mis dans cette mauvaise situation : par désœuvrement, par besoin d'activité, par goût du jeu.

Le jeu 1 voilà le grand mot qui nous mène au centre du problème. Les embarras de La-

martine s'expliquent par une cause psychologique constante. Il est un joueur.

Dans sa jeunesse, il aimait les cartes, et bien souvent sa mère, avec son inépuisable indulgence, dut s'ingénier pour le tirer d'embarras. Plus tard il a couru les risques de la politique avec une impatience que Victor Cousin discernait dès le début, quand il disait dans une formule pittoresque : « Il brûle de se compromettre. » De tout temps il a prodigué son argent, sa parole, ses écrits, son génie, ses heures, avec une magnifique énergie d'espérance. Il prenait les réalités du présent, leur joignait les promesses de l'avenir, les escomptait et poussait l'optimisme jusqu'à la présomption. Il avait foi dans la plus folle destinée. « Il aime à tenter l'inconnu, disait avec admiration Alexandre. Il sent sa force et il croit à Dieu dans ce jeu de révolution. » Lisez : il croit à sa veine. Il adorait le risque et achetait fort cher des pages d'annonces dans les journaux pour lancer ses œuvres.

Ses amis gémissaient autour de lui et disaient qu'il jouait sa fortune sur le tapis vert de l'annonce. Même plainte au sujet de ses spéculations sur les vignes, et même expression ; autour de lui on définissait les vignes « un tapis vert où l'on perd toujours ». Sa femme fait cette remarque saisissante : « Pour lui, la réalité disparaît toujours sous les perspectives idéales, et lorsque la vraie situation se révèle, c'est un éclair qui précède à peine la foudre. » N'est-ce pas l'exacte définition des catastrophes qui arrivent aux personnes qui mettent leur confiance dans le baccara ?

Nul ne prend sa retraite, sinon au cimetière. Lamartine a toujours besoin d'être ému. Il accepterait de mourir, il le souhaite peut-être ; mais tant qu'il respire, il obéit au rythme de son cœur, jamais plus à l'aise que dans l'émotion. Quand un homme a connu l'attente au pied de la tribune, le rayonnement de son âme sur une assemblée, l'applaudissement de ses adversaires ; quand il a éprouvé l'excitation

d'affronter la mort sous les yeux de tous pour une noble cause et qu'il s'est enivré des amertumes mêmes de l'impopularité, eh bien ! chaque fois que la vie reforme son flot dans ses veines, il veut retourner au combat, au péril, à l'effort, aux difficultés. Lamartine aimait sa détresse ; il la préférait à une vie médiocre qui l'eût soustrait à tout souci ; il y trouvait les émotions du risque. Le risque, la lutte avec le hasard, l'appel à la chance (je crois qu'il aurait dit la sollicitation de Dieu), bref l'obéissance à son inspiration, voilà le secret profond de son être, voilà son démon intérieur que nul traitement ne peut dompter. Le retour à la terre n'a pas guéri Lamartine. Vingt fois la plaie s'est cicatrisée. Nul n'a mieux parlé du foyer, des vies simples, des humbles vertus ; il a écrit, sous l'influence de Milly, de Saint-Point et de Monceaux, des livres bienfaisants, telle son admirable Histoire d'une servante, pour louer la modération des désirs et la fraternité des âmes ; à la cam-

pagne, son cœur trop dispersé, trop infatué peut-être, s'est ramassé, concentré, incliné devant le genius loci, mais il n'a pas pris un sentiment réaliste du monde. Qui de nous oserait trop s'en plaindre ? 0 sainte victime ! Le don par lequel il enchante l'univers est l'instrument de sa perte et des peines qu'il multiplie autour de lui. Dans toute situation, le génie de Lamartine dégage la grande ligne poétique et la suit sans s'arrêter aux détails, en refusant de les voir, en les effaçant ou les redressant, de crainte qu'ils ne rompent l'harmonie. Qu'il s'agisse de lyrisme ou bien de viticulture, sa méthode est toujours la même : celle d'un esprit idéaliste. Il est, dans sa vie comme dans son œuvre, l'habitant d'un monde aérien, où l'on atteint par le désir et le rêve. Ne le jugeons pas à la commune mesure, nous serions des ingrats 1 II ne nous a si largement donné les bienfaits de l'Illusion que parce que cette fille du ciel le conduisait par la main. Le public ricane autour de ce vieux Béli-

saire. Les meilleurs eux-mêmes se détournent. Je me rappelle avoir entendu Renan raconter qu'il avait eu l'occasion de consulter, à la Bibliothèque nationale, un ouvrage dont Lamartine avait fait faire des copies, pour son Histoire de la Turquie, je crois. L'exemplaire de la Bibliothèque étant incomplet, le copiste ne s'en était pas autrement préoccupé et l'on retrouve la lacune dans le travail de Lamartine. M. Renan en éprouvait une indignation qui me permet de comprendre le discrédit total où le pauvre poète était tombé aux yeux de ses contemporains.

A travers ces faits pitoyables,, l'âme de Lamartine reste charmante, rapide, difficile à saisir, comme un cerf à travers les arbres de la forêt dénudée par l'hiver. Tout le monde se lasse, l'abandonne, le tournerait en dérision ; mais il y a près de lui quelqu'un aux yeux de qui il est toujours le génie de la séduction. Pour l'honneur de l'humanité, l'amour et la jeunesse ont gardé jusqu'au

bout une voix auprès du poète des Méditations. Valentine de Cessiat ! Figure noble et un peu mystérieuse, inséparable du poète vieillissant. Alexandre, le jeune secrétaire enthousiaste, au temps qu'il venait pour la première fois à Saint-Point, a tracé d'elle un portrait qui oriente notre imagination. « A l'écart, dans le salon, une grande et belle jeune fille, la figure pâle, ses yeux noirs recueillis, ses cheveux châtains en bandeaux, la tête baissée, indifférente à la causerie, semblait écouter une voix intérieure. Parfois elle fixait sur Lamartine des regards où couvait la tendresse ; puis elle inclinait encore sa tête et rentrait dans sa rêverie... » Les hôtes de Saint-Point quittent le salon, ils montent le grand escalier, sur le seuil des chambres se souhaitent bonne nuit ; et la belle jeune fille s'en va par le corridor plein d'ombre, recueillie dans sa tristesse... Ainsi parle Alexandre ; on s'attend à un roman, mais le livre est écrit pour plaire à l'héroïne devenue vieille, et laisse le silence

et l'ombre de cette soirée se prolonger. Cette rêverie, Mlle Valentine de Cessiat l'avait commencée tout enfant. Ses deux aînées, encore petites, avaient été prêtées par leurs parents à Mme de Lamartine après la mort de sa fille, pour réchauffer la maison vide. Valentine, restée au fond de la province, rêvait de cette gloire éblouissante de son oncle, dont elle était écartée. Dès sa dixième année, elle avait trouvé le dieu de sa jeunesse et de sa vie. « Nos fils ressemblent à nos plus secrètes pensées », a dit le philosophe catholique dans un mot inoubliable. Quelles délices pour Lamartine de retrouver dans l'enfant de sa sœur, dans une fille de sa race, ses manières de sentir, ses puissances et ses nuances d'enthousiasme, et de la voir se venir placer dans sa vie comme une strophe, la plus vraie, la plus ardente et la plus pure. Aussitôt, il enrichit de cette jeunesse son œuvre ; il n'est pas douteux que plusieurs des imaginations romanesques, si étrangement

Ou' l'abdication du poète

surgies dans l'esprit de ce poète qui touchait à la soixantième année, n'aient été un effet de la présence de Valentine de Cessiat. Elle ranimait en lui la mémoire des amours passées, et avec les sentiments qu'il recevait d'elle, il a ravivé les souvenirs enchanteurs de sa jeunesse. Valentine était du voyage d'Ischia, et comment ne pas la reconnaître dans la figure de Graziella ? Est-ce elle encore qu'il faut deviner sous certains aspects de la Julie de Raphaël ? Dans l'un et l'autre livre, il s'agissait pour le poète, non pas de peindre la fille du pêcheur, ou Mme Charles, mais de donner la poésie de l'amour, et il la retrouvait sous l'influence de cette jeune fille en adoration devant lui.

C'est au cours des événements grandioses de 48 que les sentiments de Lamartine et de Mademoiselle de Cessiat prirent leur beauté, et les lettres qu'ils échangèrent dans cette période peuvent prendre place, maintenant que la dure réalité s'enveloppe des nuages du loin-

tain, dans l'histoire des passions les plus vraies et les plus nobles. Dans ces heures où il jouait sa vie et sa gloire, sous l'ébranlement que lui communiquent les foules, il tourne vers la jeune fille la partie de son exaltation qu'il n'a pas épuisée en discours. Il lui apporte en hommage chevaleresque les menaces de mort dont il fut l'objet, les attendrissements, les pleurs sur ses mains, l'adoration universelle, un enthousiasme, écrit-il, au delà de ce qui fut jamais pour un homme. C'est à ses trois nièces qu'il adresse sa lettre, mais comment la préférée ne saisirait-elle pas que c'est à elle tout droit qu'il parle ? « Adieu, ma chère Valentine, et vous toutes, il n'y a pas de plus beau jour dans la vie d'aucun mortel ; il y en a de meilleurs, ceux où je vous reverrai ». Et quelques mois plus tard, dans les sombres journées d'émeute, enveloppés de pressentiments, ils lient leurs amours dans le ciel. « ...C'est pour toi le moment, lui dit-il, de fondre ta belle et tendre âme en prière pour le triomphe des

idées de Dieu (c'est ainsi qu'il nomme la Révolution) et pour le salut de celui que tu aimes plus qu'aucune fille n'aima jamais son père. Quand je suis tenté de désespérer des difficultés de la République, je pense à toi ; je te vois les mains jointes devant ton Christ et tes beaux yeux animés d'un rayon céleste d'espérance et d'amour. »

Ainsi l'enfant et la jeune fille s'éblouissaient des temps heureux et de la saison splendide, mais viennent les jours d'angoisse et bientôt toute lutte cessant entre l'éclat du midi et la brume du soir, Valentine de Cessiat se consacre avec ivresse au génie malheureux. Elle lui offre son petit patrimoine pour qu'il acquitte quelques-unes de ses dettes. « Je ne veux pas, lui répond-il, que tu vendes pour moi ton pré, ta vigne, ton figuier. Garde ta chaumière et ton petit champ. «Tout de môme, il finit par accepter le tout, en se promettant de le lui rendre multiplié par les opérations fructueuses qu'il poursuivait sans cesse.

De loin elle lui écrivait : « Je vous embrasse, je ne sais si c'est comme une fille, une amie, une nièce, mais quel que soit le sentiment, il sera long comme ma vie et plus fort que la mort. » Au début de l'année 1854, elle ne résiste plus à l'élan de son cœur, elle vient se fixer auprès de M. et de Mme de Lamartine, et celle-ci n'en semble pas autrement ravie. Valentine accompagnait le poète, déjà bien assombri, dans ses courses à travers la campagne, le suivait dans son cabinet de travail, infatigablement promeneuse et copiste, et le soir lui faisait la lecture. Il aimait les récits de voyage, surtout dans les grandes solitudes monotones et désespérées, les voyages vers Tombouctou où l'on n'arrivait jamais, les expéditions toujours déçues au Pôle Nord. Durant des heures entières, il écoutait ces longs récits glacés et ne se lassait pas de glisser dans ces solitudes antarctiques. Il se réjouissait sans doute de n'y pas trouver un être vivant. Mais tous autour de lui mouraient de froideur et

d'ennui. A la fin, dit Alexandre, quand un ours blanc arrivait, on poussait un cri d'intérêt. C'était le héros, le seul attrait du livre.

En 1863, à la mort de Madame de Lamartine, ce fut Mademoiselle de Cessiat qui dirigea la maison et prit en mains les intérêts du vieux poète qu'elle n'allait plus quitter un seul jour. Il s'est abandonné lui-même, il gît dans une solitude qui semble au premier regard un désert de prosaïsme, il a depuis longtemps abdiqué. Pour elle, c'est toujours le Roi.

Mais vous, Lamartine, pourquoi donc vous accepter comme un vaincu ? pourquoi dans votre esprit accueillir cette idée stérile ? Quel manque d'orgueil ou plutôt de connaissance de vous-même ! Pourquoi,, dans votre écrasement, ne déclarez-vous pas, ô poète, que vous êtes un victorieux ? Qui pourrait vous empêcher, du fond où vous êtes précipité et du milieu des vipères, d'entonner le chant de votre délivrance et de dépouiller le vieil homme pour devenir plus parfait ? Chaque

LE DÉMON DE LAMARTINE 7i

année possède un printemps. A peine avril nous touche de son aile, un chant d'oiseau fait fleurir les branches ; le soleil et la pluie se mêlant, rassurent, appellent, épanouissent toutes les forces souterraines. Et quand la terre t'échapperait, Lamartine, n'as-tu pas le ciel ? Enlève-toi dans le monde imaginaire, grand homme, construis ton univers et crée à ta mesure un amour, une métaphysique, une religion ; dépouille avec allégresse les fausses amitiés, les gloires vaines, tout ce manteau plus qu'à demi glissé de tes épaules, et ta ruine serait une transfiguration. C'est le programme d'une grande âme. Voici l'heure du soir, favorable à tes rayonnements les plus beaux. Quel obstacle insurmontable s'est donc élevé en toi-même ?

Lamartine, pourquoi renier ton âme ?

Pourquoi ne pas continuer ta méditation immortelle ? On ne s'explique pas ton mutisme douloureux. Tu t'abandonnes corps et âme aux besognes sans gloire, ô poète. Et pourtant l'inspiration est toujours là 1 Du milieu de ta prose d'esclave, que d'échappées sublimes ! La Muse t'appelle et, par deux fois, en des minutes émouvantes, t'oblige à reprendre avec elle ton dialogue interrompu.

Un soir, Charles Alexandre, au château de

Saint-Point, — c'était vers la fin d'un jour de septembre 1856, — entra dans la pièce voûtée qui servait de cabinet de travail à Lamartine. Sous la table, les lévriers étaient couchés aux pieds de leur maître; un feu de sarments mourait dans le foyer, et déjà commençait le crépuscule. Par la fenêtre on apercevait la grande ombre de l'église et de la chapelle funéraire, où le poète avait rassemblé les tombes de sa mère et de sa fille. En voyant entrer son ami, il se leva et, s'étant adossé à la fenêtre pour profiter des dernières lueurs du jour, il lut de sa voix grave, aux cadences harmonieuses, une méditation qu'il venait d'écrire. C'était le Désert ou V Immatérialité de Dieu :

....Dans son silence et dans sa solitude. Le désert me parait mieux que la multitude. 0 désert ! A grand vide où l'écho vient du ciel !

Cette pièce est faite de tous les événements de sa vie, des affaires publiques et de ses angoisses privées. Et cette masse énorme de

sensations et de sentiments, il la pétrit, la soulève, la spiritualise ; il en tire une métaphysique. Il avait été un chrétien soumis, puis il avait nié la révélation et demandé à la raison de définir Dieu ; aujourd'hui, il se récuse, s'incline ; l'homme ne peut comprendre, le nom de l'Etre suprême est mystère. De strophe en strophe, l'interprétation du monde et la justification du poète se poursuivent. A la fin tout se dissout, s'évanouit pour laisser seul devant nous Lamartine. Quelle ivresse de solitude ! Comme il est offensé par la servilité des esprits ! Quel désir d'indépendance I Comme il s'élève au-dessus des choses, des hommes et des événements ! Comme il tressaille avec fierté d'avoir dénoué tous ses liens ! C'est un ascète tout prêt à ne plus aimer que Ylmitation.

Tandis qu'il récitait ainsi son âme, la cloche du village sonnait l'angélus et Alexandre croyait entendre annoncer par elle la résurrection du génie.

Le même automne, Lamartine éprouva une seconde sollicitation sublime. A Milly, une après-midi de vendanges, couché sur l'herbe, loin de tous, à l'ombre de la maison de sa mère, il écrivit La Vigne et la Maison. Ce jour-là, il a parlé sous la dictée du genius loci, de la divinité du foyer. De chaque repli du sol, de chaque fenêtre, des pelouses, des allées désertes, de chaque arbre, il voyait surgir une mémoire, un bonheur, un regret, une figure chère, les meilleurs instants de son âme, tous les poèmes de ses livres et de sa vie. Ce jourlà, il fit rendre au ciel, à la terre, aux bois, à sa maison d'enfance, aux visages de ses sœurs, au cœur de sa mère, des harmonies impérissables.

Ces deux poèmes, ce sont les instants sacrés, les prières du soir, les « préparations à la mort » d'un poète qui fut toujours obsédé du divin. En vers ou en prose, Lamartine n'a fait que raisonner sur l'Eternel, et, dans une sorte d'ivresse amoureuse, il a déroulé toutes les

interrogations, tous les vœux que l'humanité a conçus devant le mystère.

Même dans la vie publique, cette obsession ne le lâche pas. Il aspire à être l'apôtre de la régénération religieuse de son époque. Il prétend réintroduire Dieu dans la politique, faire une harmonie avec les dissonances de tous les partis. Il attendit longtemps que la foule lui remit ce rôle, et, pour la disposer à cette confiance, il l'a flattée, caressée, suggestionnée. Cette caresse, ce sont les Girondins. Les Girondins, si ardents et si bâclés, si peu respectueux de la vérité des faits et dont il dit lui-même à ceux qu'il respecte : « Ne lisez pas cela, c'est écrit pour le peuple », sont privés de ce qui fait la plus haute dignité de l'homme, dénués de virilité, tout féminins, tout désir de plaire. Chez lui, rien de bas, certes. Il croit se servir de l'histoire pour la formation des âmes. Il s'en sert plus encore pour donner de luimême une idée généreuse sous les traits de Mirabeau, de Vergniaud, de Robespierre, oui,

de Robespierre lui-même, en qui il peint le réformateur religieux qu'il aspire à devenir. Ce sont eux qu'il faut aimer, dit-il au peuple, et les portraits qu'il trace des grands protagonistes de la Révolution traduisent son aspiration profonde d'être l'apôtre d'une régénération religieuse.

Pourquoi s'arrête-t-il dans cette haute mission ? Sacré par la douleur, il se trouve dans les circonstances les plus favorables pour perfectionner sa méditation du divin. Pourquoi ne s'occupe-t-il plus de fixer le point où il atteint dans la courbe de son âge ? La Muse l'invite toujours. Pourquoi, dans l'espace de vingt ans, n'obéit-il que deux fois à cet appel immortel ? Que ne persiste-t-il dans son ascension d'amour ? Que ne s'élève-t-il vers le ciel avec sa douleur, comme le chêne continue de croître avec la hache qui lui est restée dans le cœur ?

C'est un arbre planté sur le bord des eaux vives de l'Espérance et dont le feuillage se

dessèche et tombe, dès l'instant qu'elles lui manquent. L'Espérance a tari dans cette grande âme qui avait trop abusé d'elle. Lamartine avait été impatient, jusqu'à la présomption. « Je me suis trop pressé, dit-il un jour à Mlle de Cessiat. Dieu m'a puni. » Il voulait dire : « J'ai trop vécu pour jouir du moment présent ; j'ai refusé de prévoir l'avenir et les hasards du lendemain ; je n'ai pris conseil que de mon désir et de ma force. » Cette force démoniaque, son génie, il l'a suivie hardiment dans toutes les voies où elle l'entraînait. Il n'a pas voulu accepter la tutelle des circonstances, ni entendre leurs leçons, qui, en le dirigeant, l'eussent, croyait-il, paralysé. Ce trop fier dédain était fils de la puissante liberté de son aspiration. Comment eût-il assujetti à des puissances extérieures le Dieu qu'il entendait dans son âme ! Mais un jour, il a dû reconnaître comme des maîtres les événements, ces dieux du dehors. Aujourd'hui, cette grande âme, toute tendresse et désir de

répandre du bonheur, se déchire à la pensée des ruines qu'elle accumule autour d'elle. En revenant à Saint-Point, il avait espéré- se débarrasser de tout son fardeau. A l'entrée de son pays d'enfance et sur le seuil de la maison de sa mère, il avait cru que ses vallées natales seraient ses vallées de paix : elles étaient devenues des vallées de larmes pour lui et par lui. Il y avait porté le malheur. Alors, quand il songeait qu'il était détesté dans un pays, sous un ciel, parmi de chères images où ses souvenirs et tout son cœur se réfugiaient, il souffrait comme il ne nous est pas donné de souffrir, parce que nous n'avons pas ce don de bonheur et de malheur, cette âme qui se laisse submerger de mémoire, de délices et de tristesses. Ce remords le poursuivait tout le jour, et plus encore au soir. On distingue chez lui les phobies de la tendresse au crépuscule. Quand vient la nuit, la braise du foyer rougeoie sous la cendre. Il disait à M. Emile Ollivier : « Voulez-vous voir l'homme le plus malheu-

reux qui existe ? Regardez-moi ! Le jour, c'est supportable, mais les nuits, les nuits ! Je me serais tué si je n'avais pas cru en Dieu. »

N'entendez-vous pas les accents des grands neurasthéniques ? Lamartine a toujours eu le goût de la plainte, du gémissement,, du meâ culpâ en public. La confession a été le point de départ habituel de ses chefs-d'œuvre. Mais de tels accents, toutes les raisons que sa biographie nous révèle sont impuissantes à les expliquer ; nous touchons à un mystère physiologique ; la vibration du génie, à la longue, a usé un être démoralisé par le malheur : nous sommes en présence d'une véritable maladie de l'esprit, la maladie du désespoir.

Ecoutez ses tragiques confidences en cantilènes inoubliables : « Je voudrais n'avoir jamais su écrire... Pourquoi ai-je réveillé l'écho qui dormait si bien dans les bois paternels ? Il me poursuit maintenant que je voudrais dormir à mon tour... »

Ecoutez encore : « Sous de trompeuses apparences, ma vie n'est pas faite pour inspirer l'envie ; je dirai plus, elle est finie ; je ne vis pas, je survis. De tous ces hommes multiples qui vécurent en moi à un certain degré, homme de sentiment, homme de poésie, homme de tribune, homme d'action, rien n'existe plus de moi que l'homme littéraire. L'homme littéraire lui-même n'est pas heureux. Les années ne me pèsent pas encore, mais elles me comptent ; je porte plus péniblement le poids de mon cœur que celui des années. Ces années, comme les fantômes de Macbeth, passant leurs mains par-dessus mon épaule, me montrent du doigt non des couronnes, mais un sépulcre ; et plût à Dieu que j'y fusse déjà couché 1 Je n'ai en moi de quoi sourire ni au passé, ni à l'avenir ; je vieillis sans postérité dans ma maison vide et tout entourée des tombeaux de ceux que j'ai aimés ; je ne fais plus un pas hors de ma demeure sans me heurter le pied à une de ces pierres d'achoppement de nos

tendresses ou de nos espérances... Tout ce qui me reste de vie est concentré dans quelques cœurs et dans un modeste héritage. Et encore ces cœurs souffrent par moi, et cet héritage, je ne suis pas sûr de n'en être pas dépossédé demain. »

Nous sommes atterrés d'entendre ces noires paroles ! Que Lamartine ait désespéré de la démocratie, cela n'avait pour conséquence que de le faire sortir de la politique, où d'autres pouvaient le remplacer. Il aurait été indéfiniment député de Mâcon-campagne, il n'a pas voulu, ayant été roi. Soit ! Nous en prenons notre parti. Mais que n'est-il allé dans les hauts refuges de son âme, dans ses châteaux d'Orient, dans ses hautes plaintes ! Il nous eût donné les grands poèmes du renoncement. La chose terrible, c'est qu'il renonce à son génie. Nous murmurons ce que Michelet disait à ce grand homme malheureux après avoir lu La Vigne et la Maison : « Lord of my heart, maître de mon cœur pourquoi

86 i. 'abdication du poète

écrivez-vous ces choses, vous le bien-aimé de Dieu, tant aimé des hommes ?... »

Lamartine est un génie primitif dans lequel notre civilisation, les affaires, la politique viennent de verser leurs détritus. Il ne veut plus, ne peut plus chanter. Il se tait parce que ses images, dans un milieu qui violente son âme, s'enfuient. Nul poète plus que celui-là n'a aimé à aimer. Sa tendresse d'imagination est divine. Ce monde, disait-il, est un océan de sympathies dont nous ne buvons qu'une goutte, quand nous pourrions en absorber des torrents. Depuis le cheval et le chien jusqu'à l'oiseau, et depuis l'oiseau jusqu'à l'insecte, et de l'insecte aux nuages, il se sentait des milliers d'amis. Il avait des relations et des sentiments par toute la nature. Il ne savait qu'envoyer une pensée, un remerciement, une adoration à tout ce qu'effleurait son regard, et il était habitué à en recevoir une joyeuse amitié. Quand ces rapports furent rompus et qu'il n'eut plus devant les yeux nu

accueil de joie et d'admiration, son cœur fléchit, cessa de vouloir porter sa destinée.

C'est là qu'il faut trouver la raison la plus profonde et la plus vraie de son abdication. Le spectacle des ingratitudes met en lui des sentiments douloureux, amers, qu'il refuse d'accueillir et d'exprimer, mais qui ne laissent plus son âme former naturellement les effusions de son génie. Il est incapable d'exprimer des sensations, des pensées mal accordées avec la nature de son âme, et la vie ne lui apporte plus que ces impressions. Lui, l'homme de toutes les harmonies, dont toute l'œuvre est un accord, une exaltation de l'unité heureuse en nous et dans l'univers, que pourrait-il faire quand la cadence se fausse ? Il a la générosité, la vertu de se taire. Il était né pour faire à la nature un perpétuel commentaire d'admiration. Quand la vie lui a révélé le mal, lui a suggéré ce qui décourage, il s'est tu. Il avait adoré le Dieu de l'amour universel, il s'est refusé aux œuvres de colère. Le mal-

88 L'ABDICATION DU PQÈTE

heur éveille en lui des sentiment douloureux, il ne s'en servira pas pour chanter. Un Lamartine n'écrit pas avec sa souffrance et sa fièvre, par soubresauts maladifs. C'est un voyant, un adorant ; il composait, comme ses chevaux et ses lévriers couraient, comme la cascade de Thuisy bondissait, comme ses vignes mûrissaient, comme sa mère priait. Quand sa source est empoisonnée, il ne la laisse plus se verser sur le monde. C'est une âme trop pure et trop haute pour haïr. « Six mille vers d'injures ! » s'écria-t-il en lisant les Châtiments. Dans chaque être il y a des parties dignes d'être aimées, et pour celui qui les voit, qui les sent, un pamphlet devient insupportable. « Ce n'est pas là, disait-il, le métier des immortels. » Il replie ses ailes sur son visage, il se tait.

Lamartine n'est pas un désespéré à la manière de Byron, de Musset, de Baudelaire. Toute sa vie avait été un psaume au divin, où la strophe qu'il avait reçue de sa mère et qui louange un Dieu personnel et distinct de la

création alternait avec le verset panthéiste où il identifie Dieu et la nature. Au terme du poème de ses jours, dont le dénouement n'est pas heureux, où finalement la justice et la bonté se voilent, il est disposé à croire que Dieu a cessé de prévaloir dans le monde. Il disait à M. Dubois : « Je suis devenu athée en politique. » Il disait encore : « J'ai été déçu par l'humanité. » Est-il revenu aux idées qui le hantaient quand il écrivait la Chute d'un Ange ? s'est-il représenté l'univers comme dominé par des volontés méchantes ? Lui qui avait passé sa vie à remuer toutes les conceptions du divin, s'est-il arrêté pour finir au cauchemar d'un monde livré aux forces mauvaises ? Ce bel ange finit-il ses jours en société avec le démon du désespoir ? Non pas. Quand tout lui versait l'amertume, son âme gardait un arrière-goût invincible de douceur. Il n'a jamais blasphémé. Il s'est tu quand ses paroles n'étaient plus dispensatrices de bonheur. Couché dans son fauteuil, au coin du feu, il

écoutait ses visiteurs causer entre eux, mais plus un mot ne sortait de sa bouche. « J'ai bien gagné le droit de me taire », disait-il. Il a bu la ciguë, il est étendu le visage couvert, il attend la mort. Il a entendu ce que la Pythie disait à Socrate mourant : « Et maintenant ne t'occupe plus que de musique. »

Quelle fut cette musique mystérieuse et qui s'en va déclinant ? Elle le détachait du monde et de sa gloire même. Un de ses amis ayant lu devant lui à haute voix la mort de Laurence dans Jocelyn, il fondit en larmes. « De qui sont ces beaux vers ? » demanda-t-il. Il ne pouvait pas oublier ses torts et ne savait plus ses mérites.

Dans les derniers temps, dit M. Dubois, la vieille Imitation de sa mère ne quittait plus son chevet. Ulmitation, le livre du renoncement total ! Qu'il est bien dans la lignée des grands idéalistes de notre race, ce jeune vainqueur de jadis, cet étincelant cavalier, qui se prépare à la mort avec une ferveur d'humilité,

de repentir et d'expiation ! Il se soumet à des lois enveloppées de mystères. Quelle fut la nuance religieuse de ces dernières méditations qu'il menait en marge de ce livre et sur des pages où s'étendait l'ombre de la nuit ? C'est le secret que n'a pas révélé M. Deguerry, le curé de la Madeleine, qui l'assista à son lit de mort, M. Deguerry, celui-là même qui, vingt années auparavant, avait recueilli la dernière confession de Chateaubriand.

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