L'AUTOGRAPHE
Jules Caplain vient de m'envoyer la lettre autographe de Lamartine qu'il m'avait promise l'autre jour. Quatre grandes pages de cette belle écriture féminine, très claire, rapide, glissante, souverainement aisée, où les mots courent et se suivent comme les lames sur la grève. Quel aspect de facilité, d'harmonie ! Quelle apparence de sérénité ! C'est un cadeau royal que vous me faites là, mon cher Caplain.
Je lis et relis ces précieux feuillets que le
temps a jaunis, et dont l'âme demeure toute vive :
Paris, le 26 mars 1863.
Mon cher Dubois,
Je commençais à être inquiet de votre long silence, car vos lettres font souvent mon plaisir et plus souvent ma consolation.
1° Je vous remercie de Cluny. J'ai signé, où vous avez dit, le reçu. Le voici ci-joint. J'ordonne de servir également les abonnés. Je ferai toucher chez M. Caplain.
2° Je ne vous écrivais pas moi-même parce que je vis depuis deux mois dans les suprêmes angoisses. L'affaire de Cologne et le bruit qu'on a répandu que je n'avais pas de capital pour terminer dans l'année mes œuvres complètes auxquelles il manque encore neuf volumes, c'est-à-dire environ 160,000 francs, ont arrêté instantanément mes recettes. La source man-