LA SITUATION DE FÉVRIER A AVRIL
24 février. — La ToUR D'AUVERGNE à DRroUyN. N° 32.
… Les événements qui viennent de s’accomplir à Bucharest ont exercé à Londres une surprise généraie. On semble approuver, dans les sphères officielles, la résolution prise par le Comte de Flandre de décliner la position à laquelle il vient d’être appelé par le vote du Sénat et du peuple de Bucharest. On est, au surplus, sans renseignements précis sur les circonstances qui ont amené le renversement du Prince Couza, et Lord Clarendon attend les rapports du Consul général d’Angleterre, pour apprécier, en connaissance de cause, la situation. [167] Dans l’opinion de M. l'Ambassadeur de Russie qui se montre fort ému de ces événements, il appartiendrait à la conférence qui doit se réunir prochainement à Paris pour ratifier l’acte de la Commission européenne du Danube, de s'occuper éga-
lement de cette question.
24 février. — Télégramme du BALLPLATZ à METTERNIOE.
Agir autant que possible d'accord avec Paris.
Le Comte Mensdorf m’ordonne d’Ofen de vous télégraphier que l'Empereur désire agir in der Fürstentümer Angelegenheit môglichst in Einverständnisse mit Frankreich. Sie sollen diese Bereitwilligkeit erklären und die dortige
Auffassung erforschen.
(V. P. Exp, £ 77.)
24 février. — Télégramme. MeTTERNICH à MENSDORr.
M. Drouyn de Lhuys ne s'attendait pas aux événemens de Bucharest. Il envoie une circulaire aux Puissances pour amener une entente et demander des conférences à Constantinople à ce sujet. Er glaubt nicht, dass Graf Flandern annimmt und wünscht zu wissen, welche Massregeln wir zu ergreifen gedenken.
Le ministre des Affaires Etrangères m'a communiqué la dépêche qu’il vient d’adresser à Berlin pour répondre aux dernières questions du comte Goltz; elle correspond entièrement à l’attitude logique que j'ai définie dans mon rapport d’avant-hier.
(P. V., Ber., L, f. 127.)
25 février. — Télégramme. METTERNICH à MENSDORF. N° 19.
Paris accepte de marcher d’accord avec Vienne. La correction de l’attitude du gouvernement français a arrêté la protestation turque.
L'Empereur Napoléon hat das Anerbieten in der Angelegenheit an der Donau im môglichsten Einverständnis mit uns vorzugehen angenommen, England, Preussen und Russland haben bereits angefragt. Pforte wollte f6rmlich protestiren, tut es aber nicht wegen correckten Zusicherungen aus Paris. Télégramme circulaire aux Puissances est parti d'ici hier pour amener conférence sans choix du lieu. Tillos chargé d’instruire le gouvernement provisoire de l’imgérence européenne, d’annoncer refus du comte de Flandre et du conseil le plus grand calme. Principe de suzeraineté ottomane maintenir [corrigé en : maintenu] et l’on préfère s’il y a des troubles intervention turque d’après stipulations de 1858 avec des commissaires européens ad hoc.
(P. V., Ber., L, f. 146.)
25 février. — Copie d’une lettre de ÜLARENDON à CowLey.
Clarendon rend hommage à la sagesse et à la modération de la révolution du 23 février. Il ne croit pas l’intervention nécessaire et recommande provisoirement la réserve à son ambassadeur.
My Lord. The events of which the Principalities have been the theatre have not failed to attract the attention of H.M’s Government no less than that of the other Powers equally interested with Great Britain in the maintenance of the peace of Europe and equally bound by the engagements of Treaties with the Porte and with each other.
It has been à great satisfaction to H. Ms Government to find, in the short interval that has elapsed since the receipt of the news of Prince Couza’s overthrow, that the general feeling of the different Powers is to act in the strictest concert in dealing with questions beset by so many difficulties and which, if not rightly dealt with, are likely to give rise to anxious discussion Dee the Powers of Europe.
The interests of the Porte as Suzerain, and of the Principalities as Tributaries, taken specially under the saveguard of Europe requires the utmost [172] circumspection on the part of other Powers whose duty it will be to weigh well the causes of the present convulsions, and to ascertain what remedy can be applied by which the interests of all parties may be reconciled, and the peace of Europe maintained.
On these points we are necessarily very imperfectly informed. We know that Mis-government on the part of Prince Couza has at length produced a crisis which it was easy to foresee would sooner or later occeur ; we know that in the first moment of success the persons who assumed the direction of affairs at Bucharest far from seeking to promote in anarchy their individual interests, proceeded to elect à Sovereign Prince to rule over them, unconnected with any rival parties in the Principalities, but recommended to their notice by the recollection of his father’s virtues, and on the singular ability with which that wise
Prince directed the destinies of his [173] adopted uns during many years of trial and anxiety.
H. Ms Government would fain deduce from the prudence thus shewn in the Principalities, in the first moments of revolutionary success, à good omen for a continuance of the like moderation during the time that must intervene before a settled order of things can be restablished.
It seems to H. M's Government that every encouragement should be given to the spirit by which the Principalities are animated; that they should be assured that their interests willform matter of earnest déliberation on the part of the Powers of Europe, and that in the meanwhile they should do their utmost to maintain internal tranquillity and to discountenance the aspirations of local ambitions.
HMs Government in their present imperfect state of information are unable to submit to their allies any more definite plan for immediate [174] adoption. AIl that they can as yet say is that they will be prepared to consult and concert with their allies in the present crisis, and will engage to enter upon the discussion in the most desinterested and dispassionate spirit.
You will read and give à copy of this dispeatch to M. Drouyn de Lhuys.
T am, etc. 6 (P. L, I £ 171-174.) 26 février. — Télégramme. LE BALIPLATZ à PROKESCH.
Transmis au Comte Mensdorf à Bude votre télégramme du 25. France s’est adressée aux Cabinets pour proposer conférence. D’après télégramme du prince Metternich du 25, Tillos chargé d’instruire le gouvernement provisoire de l’ingérence européenne, d’annoncer refus du comte de Flandre et de conseiller le plus grand calme; principe de suzeraineté ottomane maintenu; la France préfère s’il y a des troubles intervention turque, d’après stipulations de 1859, avec des commissaires européens. Nous invitons baron Eder à se réunir à son collègue de France pour assurer le maintien de l’ordre. Il lui est prescrit ainsi qu’à M. Haas
190 L'ABDICATION DÜ PRINCE OUZA
de se borner à des relations officieuses avec autorités moldo-valaques et de continuer à viser passeports à moins qu’ils ne soient délivrés au nom du comte de Flandre.
(V. C., Exp. L f. 44) 26 février. — Apponvti à Mexsporr. N° 16.
…Les Ministres anglais avaient si peu présent le texte des stipulations de 1858 touchant les Prinçipautés qu'ils étaient au moment de déclarer que si les autres Puissances consentaient au choix du Comte de Fländre, l'Angleterre pour sa part n’y faisait aucune objection. Le prompt refus de Son Altesse Royale prévint cette déclaration tant soit peu prématurée et compromettante. C’est le Baron de Brunnow qui rappela à Lord Clarendon le texte de l’article 13 de la [106] Convention de 1858, qui exige que tout candidat au Hospodariat soit né d’un père valaque ou moldave, qu'il ait atteint l’âge de trente-cinq ans, soit domicilié dans les Principautés depuis dix ans et ait fait partie des assemblées législatives.
L’ambassadeur de Turquie qui vint au Foreign Office le même jour, demanda au nom de la Porte que les stipulations de la Convention du 19 août 1858 fussent respectées et que les Puissances qui l’avaient signée, l’observassent scrupuleusement. M. Musurus insinuait aussi que l’entrée d’un corps de troupes turques sur le territoire moldovalaque serait la meilleure garantie du maintien de la tranquillité publique dans les Principautés; mais cette combinaison ne fut pas agréée par le Cabinet anglais. Ce dernier reconnaît toutefois, d'accord en cela avec. les Cabinets de Paris et de Pétersbourg, que les événements de Boukharest doivent éveiller toute la sollicitude de la Puissance suzeraine et des signataires du traité de Paris et de la convention [107] de 1858. Je crois qu’on ne fera ici aucune difficulté de reconnaître, selon le désir de la France, qu’il y a lieu de convoquer la conférence de Paris afin de concerter les mesures nécessaires pour maintenir, autant que possible, la légalité.
26 février. — LA Tour D'AUVERGNE à DROUYN. N°0 36.
J'ai reçu la dépêche télégraphique que Votre Excellence a bien voulu m'adresser pour me faire connaître la manière de voir du Gouvernement de l'Empereur, au sujet des événements dont les Principautés danubiennes sont en ce moment le théâtre. A la première nouvelle de la proclamation, par le Sénat de Bucharest, du Comte de Flandre, comme prince de Roumanie, une certaine hésitation paraît avoir existé dans les conseils de Sa Majesté britannique, sur l’attitude qu’il convenait de prendre en présence d’une manifestation aussi spontanée en faveur d’un Prince que des liens de parenté et d’étroite amitié unissent à la maison Royale d'Angleterre. Lord Clarendon, en effet, n’a pas caché à quelqu'un de [185] mes Collègues, que si le Comte de Flandre eût consenti à déférer au vœu des Roumains et à devenir prince de Roumanie, sous la suzeraineté de la Porte, l’Angleterre n’eût fait, à ce choix, aucune objection, dans le cas, bien entendu, où les autres Puissances garantes y auraient également donné leur approbation. Le refus formel du Comte de Flandre d’accepter l'offre qui lui était faite, refus qu’il était assez facile de prévoir et que l’on a généralement approuvé ici, a rendu au Cabinet de Londres, si je puis m’exprimer ainsi, la liberté de ses appréciations. J’ai trouvé aujourd’hui, ainsi que je me suis empressé de vous l’annoncer par le télégraphe, Lord Clareñdon disposé à considérer, avec Votre Excellence, les questions soulevées par les événements de Bucharest comme étant du ressort des Puissances signataires du Traité de Paris, et comme ne pouvant être définitivement tranchées sans leur concours ou leur assentiment. Il à bien voulu reconnaître, en même tems, que la réunion d’une conférence serait le meilleur [186] moyen d’arriver - à une entente. Il s’est montré, enfin, particulièrement désireux de concerter toutes ses démarches avec nous. Après m'avoir fait part de l'invitation qu'il avait transmise au Représentant d'Angleterre à Bucharest d’avoir à garder la plus grande réserve dans son langage, spécialement en ce qui touchait les nouvelles candidatures de Princes étran-
gers, telles que celles du duc de Cobourg, du duc de Leuchtenberg et probablement aussi d’un prince italien, que les Roumains ne manqueraient pas de mettre en avant, lorsqu’ils connaîtraient la réponse négative du Comte de Flandre, il m'a dit quelques mots d’une communication que lui avait faite M. l'Ambassadeur de Turquie. M. Musurus, en apprenant l’élection, par le Sénat et la Chambre des Députés, du Comte de Flandre, avait cru de son devoir de rappeler au Principal Secrétaire d'Etat de la Reine les droits de la Porte sur les Principautés Unies et l’obligation, pour les Puissances, de respecter les clauses de la convention de Paris qui excluait de l’Hospodarat tout Prince étranger. [187] M. l’ambassadeur de Turquie ayant, en outre, parlé de la nécessité où se trouverait, peut-être, son Gouvernement d'occuper militairement les Principautés pour y maintenir la tranquillité, lord Clarendon s'était empressé de lui faire remarquer qu’une intervention armée de la Turquie ne serait pas justifiée, puisque l’ordre matériel n’avait pas été troublé dans les Principautés, qu’elle aurait, en tous cas, besoin, pour être régulière, d’être préalablement autorisée par les Puissances signataires du traité de Paris, et que, suivant toute apparence, elle entraînerait, dans les circonstances actuelles, de déplorables conséquences. Lord Clarendon, au surplus, m’a donné à entendre qu’il n’était pas non plus sans quelques appréhensions à l’endroiït des projets de la Russie qui, en rassemblant des forces militaires assez considérables sur le Pruth, bien avant que les événements de Bucharest aient pu motiver de sa part une pareille précaution, à fait preuve d’une prévoyance qui pourrait n'être pas entièrement exempte d’arrière-pensées. Toutes ces considérations réunies [188] poussent Lord Clarendon à désirer très vivement un accord complet avec la France qui permettrait sûrement de prévenir les complications qu’il redoute.
En me disant qu’il n’avait pas encore pressenti l’opinion de ses collègues, à l’égard de la réunion d’une conférence, mais que cette réunion lui semblait tout à fait indiquée, Lord Clarendon avait évité de faire aucune allusion au lieu où la conférence devraït se réunir. Désirant me rendre compte des motifs de cette réserve, j'ai cru bon de ne pas
lui laisser ignorer que M. l'Ambassadeur de Russie m'avait lui-même parlé, la veille, de la possibilité et de la convenance de confier, à la conférence qui allait se réunir prochaïinement à Paris pour ratifier l’acte de la Commission européenne du Danube, l’examen des questions soulevées par les événements de Bucharest. Lord Clarendon se montra plutôt favorable à cette idée, mais il parut un peu surpris que la suggestion dont je l’entretenais vint de M. l'Ambassadeur de Russie et je me crus autorisé à en induire que le langage [189] tenu par M. de Brunnow à Lord Clarendon, modifié sans doute par des instructions venues de Pétersbourg, n’avait peut-être pas été absolument conforme à celui qui m'avait été tenu, à moimême, par mon collègue. En quittant Lord Clarendon, j'ai vu, de nouveau, M. l'Ambassadeur de Russie, et j’ai pu me convaincre qu’en effet sa manière de voir, ou du moins de s’exprimer, n’était plus la même. M. le Baron de Brunnow m’a bien dit que, si la conférence se fût trouvée réunie à Paris, on n'aurait pu mieux faire que de la saisir, immédiatement, de l’affaire des Principautés ; mais il m’a fait observer que cette conférence n’était malheureusement pas réunie, que la Russie, très directement intéressée dans les questions qui seraient débattues, était sans ambassadeur à Paris, par' suite de l’absence du Baron de Budberg, et que, dans ces circonstances, les Puissances pourraient préférer une conférence à Constantinople. Quant au cabinet anglais, à ajouté M. de Brunnovw, il ne saurait songer et il ne songe pas à avoir une conférence à Londres, pendant [190] la réunion du Parlement et surtout dans un moment où son existence peut se trouver, d’un instant à l’autre, sérieusement menacée. M. l'Ambassadeur de Russie à bien voulu exprimer aussi l’opinion que le terrain le plus favorable pour une entente entre les Puissances était celui de la Convention de 1858; qu’il serait raisonnable de prendre le successeur du Prince Couza dans la catégorie des personnes qui remplissaient les conditions d'éligibilité pres-. crites par les articles 12 et 13 de ladite convention; mais qu’il considérerait comme très difficile de se mettre d'accord sur le choix d’un Prince étranger. C’était là, d’ailleurs, m'a répété plusieurs fois M. le baron de Brunnow, une appré-
ciation toute personnelle de sa part, car aucune instruction de sa Cour ne lui était encore parvenue... (P. L.,, I f. 184-191.)
26 février. — Eper à Mensporr. N° 25 À.
Le principe de la dynastie étrangère, destiné à couper court aux ambitions personnelles, ne détruira pas tous les espoirs. Tout permet de prévoir que le gouvernement provisoire provoquera un fait accompli.
… Um die inmitten der fusionirten Parteien vorhandenen Gegensätze nicht hervortreten zu lassen, wurde das Prinzip des fremden Fürsten und ein bestimmter fremde Fürst, nämlich der Graf von Flandern, hier vorgeschoben.
[200] Dieses Auskunftsmittel wird jedoch nicht lange Kraft haben das Auseïnanderstehende zusammenzuhalten. Die Mitglieder der Regierung betrachten sich schon heuté mit Misstrauen, und jeder von ïhnen sieht sich nach Mitteln um, sich den Weg zur hôchsten Stellung im Lande zu bahnen.
Das Vorgehen des Fürsten Couza und die Nachsicht der Mächte, haben die hiesige Bevôlkerung gewôühnt Verträge, Protokolle, Uebereinkommen als nebensächlich zu betrachten, vollbrachte Tatsachen allein als das Ausschlaggebende aufzufassen.
Es ist zu besorgen, das hier Versuche gemacht werden, auf tatsächlichem Wege die sich ergebenden Fragen zu lôsen, wodurch Verwickelungen und Ruhestôrungen herbeigeführt werden...
[Le consul anglais et Eder sont d'accord pour considérer l’envoi d’un commissaire ture avec quelques troupes comme la solution la meilleure].
(V. B., Ber., I, f. 199-200.)
26 février. — Télégramme. Mousrrer à DRoUvy» DE LHUYS.
Dépêche identique des Représentants à leurs gouvernements :
La Porte désire l’envoi immédiat à Bucarest d’un commissaire ottoman accompagné de délégués, suivant le protocole du 6 septembre 1859. Avez-vous des observations à formuler sur cette proposition ? Qui devrais-je désigner comme délégué et quelles instructions lui donnerais-je ? La Porte insiste, quant à présent, sur la stricte, complète application du firman d’union personnelle du 6 décembre 1861.
En vous référant aux procès-verbaux qui accompagnaient cette acceptation veuillez me donner sans retard toutes les instructions que la situation vous paraît com-
porter.
26 février. — Télégramme des représentants des Puissances à Constantinople aux agents de Bucarest.
Sur l'invitation de la Porte la conférence s’est saisie de la question. Veuillez n’avoir avec les autorités du moment que les rapports officieux strictement nécessaires. Accusez-
moi réception de cette dépêche.