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27 février. — Circulaire de Drouyxn à Londres, Pétersbourg Vienne, Berlin et Florence.
[Le règne du prince Cuza a apporté à la convention du 19 août 1858 des modifications sensibles, dont la plus importante a été l’établissement de l’union des Principautés. La Porte les a admises pour la durée du règne de Cuza, alors que les Puissances se sont réservé le droit d'examiner la situation à l’issue de ce règne. Il semble logique de réunir la conférence des Puissances signataires du traité de Paris, d’où est né le nouveau statut des Principautés. En attendant le gouvernement provisoire comprendra qu’on lui demande de maintenir l’ordre et de ne s'occuper que des affaires courantes].
(P. L., I, f. 203-205.) In extenso dans les Archives diplomatiques, 1867, I, pp. 237, sq.
27 février. — Drouvy… à LA Tour d'AUVERGNE. N0 18.
[La Porte demande l'application du protocole du 6 septembre 1859] Je n'hésite pas à dire qu’à mon sens, il ne répond pas exactement aux circonstances présentes. Ses prévisions, en effet, n’embrassent pas l’ensemble des questions soulevées par le renversement du Prince Couza. Il a eu en vue des actes de gouvernement accomplis en dehors des clauses de la convention de 1858 et qui pourraient être retirés ou annulés sur une [207] injonction plus ou moins comminatoire des puissances; mais il ne s’est pas placé en présence d’une situation semblable à celle qui appelle aujourd'hui l'attention des Cabinets. Aussi ne saurais-je comprendre le rôle que les commissaires auraient à remplir en ce moment à Bucharest. Suivant le protocole, ils seraient chargés de requérir que la mesure constituant la violation des stipulations de 1859 fût rapportée. Quelle serait la conséquence pratique de cette disposition ? quelle suite pourrait y être donnée ? quelle action en un mot exercerait la présence des commissaires ? Je craindrais,
Prince, qu’elle n’eût pas même pour effet de contribuer au maintien de l’ordre. Dans l’état des esprits, elle risquerait d’avoir un résultat tout contraire et au lieu de simplifier les difficultés elle serait plutôt de nature à les compliquer. Il pourrait surgir tels incidens qui mettraient en cause la dignité des Puissances et qui feraient naître des débats passionnés que pour notre part nous désirons: vivement éviter.
[Le firman de 1861 n’a été accepté que sous certaines réserves, qu’il appartient à la conférence de faire jouer.]
27 février. — LA Tour D’AUVERGNE à DrRoUYN. N° 37. Confidentielle.
Je viens de voir Lord Clarendon qui n’avait reçu, ce matin, aucune nouvelle information de Bucharest. IL a fait allusion, dans le courant de notre entretien, au désir que Votre Excellence aurait, tout récemment, exprimé à M. l'Ambassadeur d'Angleterre d’utiliser les événements de Bucharest au profit de l'Italie qui pourrait ainsi obtenir la Vénétie, en échange des Principautés Danubiennes qui seraient données à l’Autriche. Lord Clarendon m'a rappelé que ce projet avait, depuis longtemps, l’approbation de lord Russel et la sienne; mais il à ajouté que, sans parler des résistances très sérieuses que nous ne manquerions pas de rencontrer du côté de la Russie, il craignaït beaucoup, d’après les renseignements qu’il avait lui-même recueillis à Vienne, lors de son dernier voyage en Autriche, que l'Empereur François-Joseph ne se montrât pas disposé, pour le moment du moins, à prêter l'oreille à des propos de cette nature. Il paraît même croire que l’Autriche, en raison des embarras politiques que la réalisation d’un pareil projet entraînerait nécessairement pour elle, préférerait si elle s’y voyait contrainte par les circonstances, céder à prix d'argent ses Provinces italiennes.
Veuillez, etc, (P'L'T'1212)
27 février. — Trzzos à DROUYN.
[Le Prince est parti. Une députation ira à Bruxelles et vers les Cours garantes (153). L'ordre matériel n’est pas troublé; l’ordre moral l’est davantage; l’armée, confuse de son rôle, parle de replacer le Prince sur son trône; mais celui-ci s’y est dérobé (154-155)].
La division commence à se mettre entre les vainqueurs; dans le nouveau Gouvernement figurent cinq prétendans ; d’autre part les Moldaves désirent la séparation et s’ap- puient sur le texte de la convention. Ils ne voudraient conserver l’Union qu’à condition qu’un Prince moldave fût élevé au trône. Le gouvernement effrayé de ces symptômes cherche à prouver par tous les moyens que le Prince voulait vendre le pays à la Russie; il prétend même qu’on a trouvé des papiers qui [156] le prouvent dans la caisse de M. Librecht, que l’on a ouverte malgré ma demande. Je sais qu’il n’en est rien; on n’y a trouvé que de l’argent et des correspondances privées.
[On a dû trouver dans les papiers de Cuza une lettre à Napoléon IIT, où le Prince Jui fait part de son intention d’abdiquer. Tillos a averti le gouvernement du refus du comte de Flandre et l’a engagé à se borner à maintenir l’ordre (156-157); Moustier lui a écrit de n’avoir avec la lieutenance que des rapports officieux, prescription à laquelle il s’était eonformé par avance, comme tous les consuls. ] |
27 février. — MauRrIN-Rré à Drouyx.
[Compte rendu de la fête ordonnée à l’occasion de la chute de Cuza (f, 159-160). La lettre contient ce postscriptum intéressant :]
J'apprends à l'instant qu’à Galatz l’abdication du Prince n’a pas été acceptée avec autant d'enthousiasme que chez nous. L’acte qui avait reconnu l’unité princière en la personne du Prince Couza n'était relatif qu’à Son
règne et stipulait qu’à sa mort les Principautés seraient appelées, chacune de leur côté, à élire un nouvel hospodar. Or, j'ai bien souvent signalé à V. E. mon entière conviction qu’en pareille occurrence la Moldavie n'élirait plus un Prince commun pour les deux pays, la première des deux Principautés, la Moldavie, ayant trop perdu matériellement, la ville de Iassy surtout, au système de l’union, ou pour mieux dire de la fusion des Principautés-Sœurs, qu’on ferait peut-être mieux d’anpeler rivales. J’entends déjà, des personnes exprimer l'espoir que le comte de Flandre n’acceptera pas le trône qui lui est offert.
27 février. — Télégramme. MousTier à Drouyx de LHUYs.
La Porte, tout en préférant que la Conférence se réunisse à Constantinople qui suivant moi serait un mauvais terrain, l’accepte en principe à Paris, si toutes les Puissances sont d'accord. Elle fait toutefois des réserves, qui auraient besoin d’être mieux définies, en faveur du maintien des traités, plus spécialement contre l'éventualité d’un prince
étranger.
27 février, 1 h. 17 soir. — Télégramme. TALLEYRAND à Drouyx.
L'Empereur Alexandre désirerait qu'avant une proposition de conférence, la Turquie, Puissance suzeraine,
fût préalablement consultée.
(P. Pét., I, f. 114)
28 février. — Télégramme. MerTerniIOH à MExsporr. No 20.
Lord Cowley et M. Drouyn de Lhuys m'ont dit qu’il valait mieux ne pas envoyer de commissaires dans les
Principautés à moins qu’il n'y ait de troubles qui ren-
draient indispensables les mesures prévues dans les derniers protocoles. La conférence se réunira probablement ici et l’on se placera sur la base des traités.
Wenn man in London die Ansicht Lord Cowley’s teilt, so wird vorläufig man der Türkei die Absendung eines Commissärs abraten. Standpunkt in Betreff der suzeraineté et de l’intervention légale ist hier sehr correct.
(V. P., Ber. I, f. 148.)
28 février, 3 h. 1/2 soir. — Télégramme.
La Tour D’AUVERGNE à DROUYN.
Lord Clarendon pense avec vous que la réunion de la Conférence à Paris est nécessaire et urgente. Lord Cowley en est déjà prévenu. Quant au désir que témoigne la Porte Naltese à Bucharest, conformément au protocole du
6 septembre 1859, un commissaire ottoman accompagné des délégués des Puissances garantes, Lord Clarendon eût été disposé à le considérer comme bien fondé, si telle eût été d’ailleurs l’opinion des autres Puissances. Je lui ai fait observer que la Porte donnaït au protocole qu’elle invoquait une portée qu’il n’avait évidemment pas, que la démarche qu’elle voulait faire à Bucharest serait plus compromettante qu'utile et qu’enfin il serait préférable de laisser à la conférence le soin de décider s’il y avait lieu ou non d’appliquer à la situation actuelle le protocole du 6 septembre 1859. Lord Clarendon m'a demandé de lui donner le temps de causer avec Lord Russel avant de se prononcer définitivement sur ce point. Je vous ferai part
de sa réponse aussitôt que je la connaîtra.
28 février, 8 h. 12 soir. — LA TOUR D’AUVERGNE à DROUYN.
Lord Russel et Lord Clarendon sont d’avis que la conférence doit se réunir immédiatement à Paris et que c’est à elle qu’il appartiendra de décider la réponse qu’il convient
de faire à la proposition de la Porte.