P. C., IT
[En annexe : Réflexions du baron d’Avril sur les conditions turques et réponse de Moustier; parallèle entre le projet ture et le contre-projet roumain, avec les expli-
cations de Golesco].
(Les f. 115-116 ont été publiés en partie dans les Archives diplomatiques, 1867, I, p. 264.)
27 juillet. — Drouyn à Mousrier. N° 47.
Je présume que le gérant du Consulat général de Sa Majesté à Bucharest vous aura rendu compte en même tems qu'à moi-même de l'accueil qu’a rencontré de la part du gouvernement moldo-valaque le projet d’arrangement apporté de Constantinople par M. Ion Ghika. D'après ce que m'écrit M. d'Avril, dont le rapport abonde un peu
442 L'ABDIOATION DU PRINCE OUZA
trop peut-être dans le sens des objections soulevées à Bucharest, la plupart des dispositions du projet seraient jugées inadmissibles, et le Capou-kiaia des Principautés Unies à Constantinople recevrait des instructions en conséquence. |
Je ne saurais admettre comme étant également fondées toutes les observations présentées par le gouvernement moldo-valaque et je vais mettre M. d'Avril en mesure de faire connaître notre manière de voir sur divers points à l'égard desquels les appréciations de ce gouvernement me semblent inspirées par un excès de méfiance et de susceptibilité. Vous ne manquerez pas d'agir de votre côté, Monsieur le Ministre, pour ramener la Porte à des dispositions plus conciliantes, en vous attachant à bien faire comprendre combien il serait regrettable qu'elle attribut à des dispositions de détail une importance qui ne serait point justifiée et retardât ainsi un arrangement dont la prompte conclusion est réclamée par tant d'intérêts.
(P, C., IL, f. 126.)
28 juillet. — La Tour D'AUVERGNE à Drouvx. No 157.
[La Tour d'Auvergne est d'accord avec Stanley au sujet des négociations directes] [191] Il s’est félicité avec moi de voir la Porte entrer définitivement dans la voie de la conciliation, en ajoutant que dans les entretiens qu'il avait eus récemment avec M. l'Ambassadeur de Turquie il n'avait pas cessé de lui représenter l'entente avec le Prince de Hohenzollern comme la politique la plus conforme aux véritables intérêts du Sultan.
(P. L., IN, f. 190-191.)
31 juillet. — Télégramme. MoUSTIER à AVRIL.
Je crois que toutes les difficultés actuelles sont à Bucharest.
La France et l'Angleterre travaillent à resserrer les liens politiques entre la Turquie et les Principautés et non à pro-
curer à celles-ci une indépendance absolue qui rouvrirait la question d'Orient. Qu'on le comprenne bien et qu’on s’explique. La Constitution, qu’on s’est hâté de promulguer, a créé une situation presque insoluble. Il faut au moins, eb avant tout, que le Prince, en la notifiant à la Porte, se hâte de déclarer qu'aucun des droits que la Nation lui a conférés ne saurait être exercé par lui que dans la limite des traités et de ses obligations envers la Porte. Dans cette déclaration est la pierre de touche de la sincérité des hommes d’État de Bucharest, et à son défaut nous ne saurions continuer à rendre au Prince des services qui ont été et seraient encore efficaces. Dans le cas contraire, nous n’aurions plus qu’à dégager notre responsabilité. Lord Lyons partage ma manière de voir. Je continue du reste à penser que le Prince a tort de ne pas venir ici sans retard, et surtout de ne pas imposer aux partis des idées plus pratiques et plus raisonnables.
(P. C, Il, f. 134)
1er août. — MousTrer à DrRoUYN. N° 84.
[Renseignements sur la marche des pourparlers, qui semblent en bonne voie]. Malheureusement on me semble se lancer graduellement dans la voie de l’indépendance absolue et oublier que l’indépendance absolue vis-à-vis de la Porte conduit tout droit à la dépendance vis-à-vis de la Russie. En desserrant entièrement les liens que la France et l’Angleterre s'efforcent par leurs conseils de rendre plus durables en les adoucissant dans une juste mesure, on va diamétralement [131] contre le but que ces deux Puissances se proposent et il est bon que le gouvernement roumain s'exprime franchement.
Il s’est en effet pendant le cours des négociations passé un fait grave : les Chambres ont voté une constitution que l’on s’est hâté de promulguer et à laquelle le Prince a prêté serment. Cette constitution, qui passe sous silence la suzeraineté du Sultan, donne au Prince tous les droits qui sont aujourd’hui l’objet d’une négociation avec la Porte, le droit de faire des traités, de battre monnaie, de
donner des décorations et le droit d’hérédité en ligne droite et collatérale. La Porte, qui n’en a eu connaissance que par les journaux, demande ce que cela signifie, ce que j'en pense, et sur quelles bases il est désormais possible de négocier.
Je crois qu'il est Hi disponsdble que le Prince s’explique au plus tôt et en communiquant au Sultan la nouvelle constitution déclare qu’il n’usera des droits qu’elle lui confère que dans les limites prévues par les actes internationaux et compatibles avec ses obligations envers la. Puissance suzeraine.
[132] Ceci fait, je crois que l’on pourrait réserver la question des monnaies et celle des décorations pour une négociation séparée et ultérieure.
[Ces idées sont approuvées par l’Angleterre et la Prusse : Ignatiev ne se prononce pas, tout en avouant « que tout ce qui pourra affaiblir ou modifier les clauses du traité de Paris lui sera toujours infiniment agréable ».]
: (P. C., IL, f. 128-133).
3 août. — Drouyx à MousTIER. N° 48.
[Approuve la conduite de Moustier. Recommande la conciliation aux deux gouvernements].
(P. C., IL f. 141-142.)
4 août. — DROUYN à AVRIL.
[Discussion du contre-projet roumain.] (P. B., I, f. 293-296.)
4 août. — Télégramme. AVRIL à DROUYN.
En ce qui concerne le voyage immédiat du Prince, j'ai des raisons de croire que Son Altesse a consulté directement
Empereur.
(P. B,, IL, f. 292.)
8 août. — MousTrer à Drouyx. N° 85.
[Le prince Charles trouve justes les observations de Moustier et fera une déclaration sur la constitution. Mais il hésite à venir à Constantinople et en donne pour raisons] :
10 Qu'il ne peut quitter le pays sans en compromettre la sécurité intérieure ;
20 Il ne veut pas, lui né Prince, être obligé de venir chercher à Constantinople la reconnaissance qui a été accordée à l’élu Couza préalablement au voyage;
30 Il ne veut pas laisser les Principautés au moment où le choléra y sévit cruellement, car ses ennemis l’accuseraient d’avoir fui devant l’épidémie;
40 Les longues quarantaines imposées par la Turquie aux provenances de la Roumanie sont un obstacle matériel à son voyage immédiat.
[Le Prince doit avoir cependant des raisons qu’il ne dit pas] pour se tenir aujourd’hui sur une réserve à laquelle le langage tenu au début de la négociation et tant qu’on avait peur d’une invasion turque ne m’avait pas préparé.
[P. $S. de la main de Moustier : ] M. Golesco vient de recevoir la déclaration annoncée par le Prince. Je n’en connais pas les termes.
Le langage officiel de l’envoyé des Principautés est très correct, mais son langage confidentiel est d’une franchise naïve de nature à jeter du jour sur le sujet traité plus haut.
« Je répète exactement dans mes dépêches, dit-il, les conseils que je recueille de votre bouche, mais je n’ose prendre sur moi d'y ajouter aucune’ opinion personnelle. Au fond, comme Roumain, j'aimerais mieux qu’on se passât d’investiture et de visite au Sultan; nous voudrions faire nos affaires nous-mêmes et nous débarrasser de la Porte et des Puissances. »
Cependant, quand on représente à M. Golesco les considérations politiques qui s’opposent à la réalisation de son utopie, sa raison en reconnaît la justesse, mais on voit que son sentiment intime reste le même.
Je pense que tel est aussi l'esprit qui règne dans les
conseils du Prince.
(P. C., IE, f. 143-146.)
(Les passages que nous publions ne se trouvent pas dans la reproduction de cette lettre aux Archives diplomatiques, 1867, 1, pp. 265-266.
10 août. — Drouvx à Mousrrer. No 49.
[Nécessité du voyage du Prince.] (P. C., IL £ 151). Cf. Archives diplomatiques, 1867, I, p. 266.
14 août. — Mousrrier à DrouUYN. N° 86.
M. Golesco a communiqué à Aali Pacha la déclaration dont je vous ai parlé dans ma dernière dépêche. Il lui & donné en même temps une copie figurée de la lettre que le Prince de Hohenzollern avait écrite au Sultan en partant de Düsseldorf. Quoique cette lettre dût en principe être remise directement à Sa Majesté, l’agent des Principautés était néanmoins autorisé à la déposer entre les mains d’Aali Pacha et il m’a toujours été impossible de comprendre pourquoi M. Golesco ne s'était jamais décidé à le faire. Quoi qu’il en soit, l’apparition tardive de cette pièce et sa rédaction, dont je ne connaïs pas les termes, n’ont pas fait une très bonne impression sur le Ministre des Affaires Étrangères, qui a répondu simplement qu’il la montrerait au [154] conseil des ministres.
Aali Pacha l’a trouvée raide, écrite dans le style de souverain à souverain, et a particulièrement remarqué qu’il n’y est pas fait mention de la suzeraineté, mais seulement des liens séculaires qui unissent les Principautés et la Turquie. Quant à la déclaration, dont la valeur, pour dégager la mauvaise situation créée par la promulgation de la Constitution, ne peut être contestée, elle n’a pas cependant produit l’effet moral qu’on eût pu désirer. La Porte n’ignore pas l'esprit qui règne à Bukarest; les prétentions qu’on y affiche, les hésitations du Prince, tout cela commence à
être pris aigrement ici et M. Golesco ayant demandé natvement à Aali Pacha s’il pensait que le Prince Charles ferait bien de venir à Constantinople en ce moment, le Ministre a répondu assez sèchement que Son Altesse ferait mieux d'attendre encore et que le moment n’était pas très favorable.
Aali Pacha a dit, hier, à l'Ambassadeur d'Angleterre,
que quels que fussent les sentiments de la Porte, elle désirait cependant terminer cette affaire à la satisfaction des Puissances, si cela était [155] possible. Elle trouvait désormais hors de propos de discuter plus longtemps avec le gouvernement roumain. Elle allait donc, en tenant compte des différentes observations qui lui avaient été faites, et . en se montrant conciliante, rédiger un contre-projet qu’elle soumettrait aux Puissances en les prenant à témoin de sa modération et en les priant de se faire juges de la question.
Lord Lyons ayant présenté quelques observations sur les lenteurs regrettables qu'entraînerait un tel mode de procéder, Aali Pacha a répliqué qu'il n’en trouvait pas d'autre qui fût praticable.
M. Green écrit à Lord Lyons qu’outre l'esprit étroit et exclusif qui règne dans son conseil, le Prince se montre personnellement d’un formalisme allemand regrettable. Mon collègue partage toutes mes impressions et pense que nous avons fait pour le moment à Bukarest, comme ici, tout ce que nous pouvions raisonnablement faire pour amener la question sur le terrain d’une entente cordiale. Il croit que dans le contre-projet d’Aali Pacha tout ce que désirent les Roumains [156] sera plus ou moins explicitement accordé, à l’exception du droit de conférer des décorations et de la succession en ligne collatérale.
J'avais toujours pensé que ces deux points n'avaient de chance d’être résolus dans le sens que désire le Prince, si ce n’est à la suite d’une conversation intime avec le Sultan.
J'ai vu hier matin le chargé d’affaires de Prusse qui envisage la question comme moi eb m'assure qu'il écrit dans le même sens à Bukarest et à Berlin. Il a ajouté que, dans aucun cas, son gouvernement ne voudrait s’écarter
sur ce point de la politique que le Cabinet des Tuileries considérerait comme la plus convenable.
(P. C., IL, f. 153-156.)
: 382 17 août. — Drouyx à Moustrer. N° 50.
[IL est à espérer que Golesco à rassuré le Divan. Celui-ci ne pourrait-il pas, dès lors, promettre au prince Charles qu’il sera reçu comme un hospodar ?]
(P.:0.: TEE 157164) Lettre publiée dans les Archives diplomatiques, 1867, I, pp. 266 sa.
17 août. Télégramme. DROUYN à AVRIL.
Le Prince n’a pas consulté particulièrement l'Empereur sur le voyage à Constantinople. Le conseil qu’il recevrait directement de Sa Majesté serait le même que ceux dont vous avez été chargé par moi d’être l'interprète auprès de Son Altesse.
22 août. [Moustier communique à Drouyn (n° 87) copie de la lettre du Prince Charles].
(P. C., IL. f. 165-166.)
29 août. — MousrTier à Drouyx. N° 88.
Je travaille de mon mieux à maintenir Aali Pacha dans des sentiments de conciliation et je me plais à espérer que le gouvernement roumain fera quelques efforts pour rendre ma tâche plus facile.
Aali Pacha se demande toujours quelle concession réelle, quel pas en avant ont été faits du côté des Moldo- Valaques. La Porte quant à elle a renoncé à envahir les Principautés. Elle [170] s’est résignée à dévorer l’affront que la prise de possession du Prince de Hohenzollern lui a
infligé. Elle a ensuite reconnu l’union définitive des Principautés, le principe du Prince étranger, puis l’hérédité dans la descendance du Prince, elle a renoncé à parler des couvents dédiés, elle à admis le chiffre actuel de l’armée, elle est disposée à s'entendre pour la monnaie, ete. Qu’eût-il fallu pour la contenter ? Bien peu de chose après tout. Il eût fallu ne pas montrer une invincible répugnance à se servir de trois expressions qu’elle considère comme sacramentelles et dont l’absence fait douter de la sincérité de toutes les assurances qui lui sont données sous une autre forme et dont je m’efforce de faire ressortir l'importance. Ces trois expressions sont :
10 La suzeraineté du Sultan;
20 La Roumanie partie intégrante de l’Empire;
30 Le firman d’investiture.
Je suis intimement convaincu que si, dans un acte quelconque, on voulait s’en servir tout s’arrangerait [171] . comme par enchantement et que le Prince serait reçu ici à bras ouverts.
Au surplus Aali Pacha prépare un contre-projet qui est,
dit-il, son dernier mot. Il me le montrera à la fin de la semaine et l’enverra aux Puissances pour les faire juges de la modération de la Sublime Porte. Il est un point sur lequel il insiste parce que son adoption lui paraît de la plus stricte équité et qu’il à été repoussé dans des termes qui semblent mettre en jeu la dignité du gouvernement ottoman. Il s’agit du droit qu’aurait celui-ci d’entretenir un ‘agent dans les Principautés. Il n’en fait pas une question de principe et renoncerait volontiers à user de ce droit dans toute son étendue si on mettait la plus légère bonne grâce à le lui reconnaître.
Le Ministre des Affaires Étrangères croit enfin que tout cela doit être réglé avant que le voyage du Prince à Constantinople, qui a cessé d’être opportun, puisse le redevenir de nouveau. Les quarantaines au surplus y mettraient [172] encore obstacle pour quelque temps.
En résumé, si l’on était une fois d’accord sur les points principaux et si l’on voulait à Bukarest être un peu moins raide et donner à la Porte en échange de tant d'avantages matériels quelques satisfactions de pure forme, le Sultan
ne ferait aucune difficulté de recevoir le Prince en qualité d'Hospodar dès son arrivée à Constantinople, et avant qu’il eût reçu le firman d’investiture qu’on ne lui ferait pas
attendre.
(P. C., IL, f. 169-172.)
Lettre reproduite, avec des coupures, dans les Archives diplomatiques, I, pp. 267 sq.
7 septembre. — Drouyx à MousrTrer. N° 53.
[Le prince Charles se décide à suivre les avis de la
France.] À (P. C., IL f. 184.)
Lettre reproduite dans les Archives diplomatiques, 1867, I, p. 268.
8 septembre. — AvriL à DROUYN.
[Communication d’une note que Gradowiez a élaborée, au retour d’un séjour en Hongrie, sur les divers partis politiques de ce pays. Nous en extrayons ce passage intéressant : Les Roumains de Transylvanie désirent l’annexion des Principautés par l’Autriche (18), afin de former une nation plus nombreuse que les Hongrois et parce que les Principautés progresseraient (19). C’est l’avis de Babes et de Mocsoni, qui ajoutent :] « Il est vrai que nous préférerions être unis à la Roumanie sous le Prince Charles, mais cette éventualité est très dangereuse, car en pareil cas l'Autriche et la Hongrie dépenseraient plutôt leur dernier homme que d'abandonner la Transylvanie, et la lutte serait par trop inégale. »
(P. B, IL, f. 15-19.) II septembre. — Apponxyt à Mexsporr. N° 58 A.
Ayant eul’honneur de voir Lord Stanley hier, je n’ai pas manqué de l’entretenir des affaires des Principautés danubiennes, sur lesquelles le rapport du Baron Eder que Votre Excellence a bien voulu me transmettre par Sa dépêche du 28 août contient des informations très inté-
ressantes. J’ai surtout appelé l’attention de Sa Seigneurie sur l'influence croissante de la Prusse dans ces pays depuis l’avènement du Prince Charles de Hohenzollern et sur le rôle qui pourrait être réservé à l'Hospodar prussien en cas de complication.
Le Ministre me dit que ses informations s’accorderaient en somme avec ce que je venais de lui dire. En plaçant un Hohenzollern à Bucharest, le Comte de Bismarck avait sans doute eu en vue de se créer un avant-poste en Orient [95] dont il trouvera moyen de tirer tout le parti possible, selon les circonstances. « Si la guerre récente en Allemagne avait tourné au désavantage de la Prusse, continua Lord Stanley, il est plus que probable que M. de Bismarck aurait essayé de provoquer un mouvement révolutionnaire de ce côté pour créer une diversion et pour augmenter la confusion en Europe qui ne pouvait que lui être utile. Tel que l’état des choses se présente actuellement, je serais disposé à croire que la Prusse ne se soucie pas à susciter des embarras dans des pays éloignés. Pour le moment, elle à trop à faire chez elle et tous ses efforts doivent être trop absorbés par les difficultés immenses qui lui restent encore à surmonter en Allemagne, pour qu’elle puisse désirer des complications ailleurs. Avec cela, ajouta-t-il, je ne veux pas dire que M. de Bismarck perd de vue ou néglige de se réserver les avantages importants que dans certaines [96] éventualités, la Prusse pourrait tirer de l’établissement du Prince Charles dans les Principautés, mais c’est à l'Occident qu’il lui faudra penser avant tout. »
Lord Stanley me répéta ensuite que tout coïncidait à accréditer l'opinion que l’Allemagne sera le théâtre d’une autre grande guerre en très peu de temps, « l'été prochain probablement ». Il considère le programme actuel de M. de Bismarck pour la constitution de l’Allemagne comme impossible à la longue. La position des États faisant partie de la Confédération du Nord auxquels on a laissé une indépendance et des souverains nominels est, selon lui, intenable et doit aboutir à une absorption complète par la Prusse. Quant au Sud de l'Allemagne, où personne ne se soucie sincèrement de former une confédération à part, le mouvement unitaire poussera également à la réunion
de tous les Etats allemands en une grande puissance germanique. « La question [97] des indemnités territoriales, qui positivement n'est qu'ajournée, sera posée sérieusement alors, car il est impossible que la France permette, sans rien dire, la constitution d’un voisin aussi formidable, et je ne vois pas trop comment dans ce cas une guerre pourrait être évitée. »
Dans sa manière d'envisager ces questions politiques, le Principal Secrétaire d'État fait preuve d’une froide impartialité ou plutôt d’une bienveillante indifférence envers tout le monde, et il serait bien difficile à découvrir où il place ses sympathies. IL n'aime pas précisément la France et la politique impériale, il n’a pas de penchant pour la Prusse dont il est loin d'approuver toutes les actions, il n’a pas un mot sympathique pour le Hanovre ou la Saxe ni pour aucun des petits Etats allemands, mais en revanche il se prononce sans la moindre amertume sur le compte de qui que ce soit.
Agréez.… (V. L., Ber., I, f. 94-97.)
11 septembre. — BonxIÈRES à DRoUyN. N° 90.
[Suggestion de Moustier afin de hâter le dénouement : échange de lettres entre le Grand Vizir et le Prince Charles.]
(P. C., IL, f. 186-187.)
17 septembre. Télégramme. BonNiÈRES à LAVALLETTE. [Eforts de Moustier pour arriver à un compromis.] (P. C. IL f. 191.)
26 septembre. BONNIÈRES à MousTIER, devenu ministre des Affaires Étrangères. N° 93.
[Aali Pacha a renoncé à l'agent ture mais maintient la . « partie intégrante. » On espère convaincre le ‘prince Charles.]
30 septembre. — BonnièRes à MOoUSTIER.
[Le Prince ira à Constantinople si on lui garantit qu’on
le recevra sans condition préalable.] (P. C, II, f. 211,
17 octobre. Télégramme. BONNIÈRES à MOUSTIER.
[Hésitations du Prince. Paris devrait le conseiller catégoriquement |.
(P. C, IL, f. 212.)
2 octobre. — BonxrÈères à MousTiEer. N° 94.
[Développement de la précédente. La Russie inisinue aux Principautés que de grands événements se préparent et qu’elles n’ont pas intérêt à se presser.]
(P. C., IL, f. 215-218.)
3 octobre. — Télégramme. MoUSTIER à BONNIÈRES.
[Que le Prince se hâte sans plus ergoter.] (P. C., II, f. 219.)
5 octobre. — Télégramme. MoUSTIER à BONNIÈRES.
Ce que je conseille au Prince, c’est d’accepter la rédaction que j'ai écrite au crayon au moment de mon départ (1). Elle concilie toutes les prétentions légitimes des deux côtés. Télégraphiez dans ce sens à Bucharest.
(P. CO. IL, f. 226.)
(1) Au projet de réponse remis par Moustier à Stirbei et contenant ces mots : « Je reconnais hautement les avantages qui leur sont assurés par le principe européen de l'intégrité de l’Empire Ottoman », Moustier à ajouté au crayon, le jour de son départ, « qu’il est de mon intérêt aussi bien que de mon devoir de respecter », cf. lettre du 7 octobre de Bonnières à Moustier
5 octobre. — Mousrrer à BonNNiÈREs. N° 56.
[Ne comprend pas les hésitations du Prince] On ne prend pas assez garde à Bukarest qu’en déclarant que les Principautés sont comprises dans l’Empire, ottoman, les derniers traités ont entendu surtout assurer à ce pays le bénéfice du principe européen sous la sauvegarde duquel est aujourd’hui placée l’intégrité du même Empire. Les Principautés ne sont donc pas moins intéressées que la Turquie elle-même à ne pas sortir des limites dans lesquelles s’étend l’exercice de cette garantie collective et
protectrice.
(P. C., II, f. 227-228.)
5 octobre. — Télégramme. MousTIER à AVRIL.
L'Empereur m'écrit de vous prescrire par le télégraphe de conseiller en son nom au Prince de Hohenzollern d’accepter immédiatement le mode d’arrangement que j'ai
formulé. - (P. B. LIL, f. 58.)
7 octobre. — BoNNIÈRES à MOUSTIER.
[Aali Pacha accepte la rédaction Moustier, pourvu qu’on lise au paragraphe suivant : « On peut être assuré que je respecterai fidèlement ses droits de suzeraineté sur les Principautés qui font partie intégrante de l’Empire ottoman ».]
(P. C., IX, f. 229-230.)
9 octobre. — Télégramme. Avriz à MousTrer.
Voici la réponse du Prince aux conseils de l'Empereur : Pour répondre aux désirs de Sa Majesté l'Empereur et ayant à cœur de terminer, j’accepterai la dure expression de partie intégrante, mais en ajoutant les mots : dans les
limites fixées par les capitulations et le traité de Paris. $ la Porte ne consent pas à cétte dernière concession je Sétai obligé de consulter les représentants de la nation; car en acceptant sur ma seule responsabilité l'expression de parie intégrante, ma position deviendrait à l'intérieur pire qu'avant la reconnaissance. Lord Lyons a dit à M. Stourdza que si la France ét l’Angletérre insistent, la Porte cédera.
Je prie encore une fois respectueusement l'Empereur de me donner son puissant appui. Signé : Charles.
(PRB ALP er007)
9 octobre. Télégramme. MousTIER à BONNIÈRES.
Le Prince de Hohenzollern accepte l'expression de partie intégrante à la condition d’y ajouter les mots dans les limites fixées par les capitulations et les traités de Paris. Je crois que la Porte peut lui accorder cette satisfaction. Entendez-vous avec Lord Lyons pour le conseiller et pour
terminer enfin cette affaire.
(P. C, IL f. 232)
11 octobre. — Télégramme. Bonnières à MousTis. [Aali Pacha accepte. IL n’y à plus qu’à procéder à un échange de lettres entre Charles et Je Grand Vigir et le Prince partira. ] (P. C, II, £. 254) 12 octobre. — Télégramme. BoNNIÈRES à AVRIL.
[Mêmes renseignements que dans la dépêche du 11.] (P. C., IL, f. 255.) 12 octobre. 12 h. — Télégramme. MoOUSTIER à AVRIL.
Aali Pacha consent à ajouter les mots : « Dans les limites fixées par les capitulations et le traité de Paris. » Tout le
monde est donc d’accord et je ne comprendrais plus de nouvelles hésitations. J'espère donc que le Prince ne perdra pas un instant pour faire connaître officiellement à la Porte son adhésion. La lettre vizirielle sera alors immédiatement expédiée à Bucarest : le Prince enverra sur-lechamp la réponse convenue, qu’il suivra de sa personne pour aller chercher son firman d’investiture. Tâchez qu’il
n’y ait pas le moindre temps perdu.
(P. B., IIL, f. 72.)
| 405 13 octobre. — Télégramme. Avriz à MousTtEr. 2 h. 20 soir.
Stirbey à emporté la réponse du Prince déjà signée par Son Altesse; l'échange des lettres pourra donc avoir lieu à Constantinople dès l’arrivée de Stirbey. Le Prince a fait ses préparatifs pour partir par le chemin de fer de Varna au premier avis.
(P.=-B., NL É474)
16 octobre. — APPoNyI à MENSsDoORr. N° 62 A.
Quant aux Principautés, Lord Stanley m'a dit qu’un arrangement avec la Porte était au moment d’intervenir, lorsque le retour de M. Bratiano, qui avait, sans doute sciemment, mal interprété et rapporté des paroles et des conseils de l'Empereur Napoléon, avait tout remis en question. Cependant les Cabinets de Londres et de Paris venaient de transmettre au Prince Charles le conseil d’accepter les conditions mises par la Porte à sa reconnaissance, [140] et qui, après tout, étaient acceptables.
(V. L, Ber., IL, f. 139-140.)
17 octobre. — BonNNIÈRES à MousTier. N° 101.
[Confirme la dépêche du 11. Charles sera à Constantinople le 25.] (P. C., IL f. 284)
22 octobre. 4 h. 3/4 matin. — Télégramme.
BoNNIÈRES à MoOusTIER.
L’échange de lettres a eu lieu aujourd’hui. L'affaire des Principautés est heureusement terminée. Une corvette, avec un aide-de-camp du Sultan, retenue par le mauvais temps depuis deux jours, pourra peut-être partir cette nuit pour
prendre le Prince à Varna.
(P. C., IL f. 291.)
25 octobre. 10 h. matin. — Télégramme. BoNNIÈRES à MouUSTIER.
Le prince Charles, arrivé hier, a été reçu immédiatement par le Sultan qui lui a remis le firman d’investiture.
(P. C, IL, f. 303.)
Vu et lu, ° Le Doyen de la Faculté des Lettres de l'Université de Paris,