PRÉFACE
De nombreux indices favorables, observés en ces dernières années, ne permettent plus de douter des progrès de l’apiculture au Canada. Mais, s’il est vrai que cette industrie reçoit plus d'attention que par le passé, le nombre de fermiers et d’arboriculteurs qui ignorent l’utilité des abeilles ou qui méconnaissent la valeur de leurs produits, est encore beaucoup trop élevé. D'autres, sans être au fait des services que rendent ces insectes dans une exploitation Ï j ger—, voudraient néanmoins avoir un rucher, mais ils ne savent comment s’y prendre. Ceci ressort clairement du grand nombre de lettres reçues par ce bureau et dont la plupart peuvent se résumer ainsi: (Je voudrais avoir des abeilles. Comment dois-je m'y prendre, et par où commencer ?» Ce bulletin a pour but principal de répondre à ces questions. Nous ne nous sommes pas proposé d'écrire un traité complet de l’apiculture et des abeilles, mais simplement un ouvrage qui puisse servir de guide à ceux dont les connaissances en cette matière sont limitées ou qui n’ont fait aueune étude de cette branche avantageuse de l’agriculture. Nous l’avons écrit, non seulement pour venir en aide aux débutants, mais aussi dans le désir d'attirer à l'apiculture un plus grand nombre de personnes dans les différentes parties du Canada, et c’est pourquoi nous nous sommes attachés à faire ressortir les avantages de cette industrie, Voici, en peu de mots, en quoi consistent ces avantages: le miel que les ibeilles produisent est un aliment précieux pour le cultivateur et sa famille et roduit commercial important. Il a une haute valeur alimentaire et se vd toujours bien. Les champs de trèfle et les vergers où les abeilles ramassent leur nectar donnent une récolte plus abondante que les autres, non visités par ces insectes. On peut donc dire que les abeilles augmentent le rendement des cultures, Nous parierons plus loin du rôle qu'elles jouent dans la fécondation des fleurs, mais disons ici qu’elles sont indispensables à la formation de la graine dans le trèfle d’alsike. Dans bien des localités, où les abeilles n'existent pas, le trèfle d’alsike cultivé pour la production de la graine est un échec total et ne vaut guère la peine d’être coupé. Seules en effet, les abeilles peuvent féconder les fleurs de ce trèfle. Tous les arboriculteurs savent que certaines variétés de pornmes, de prunes et d’autres fruits ne rapportent que lorsque les fleurs d’un arbre sont fécondées par d’autres fleurs. Les abeilles jouent un rôle des plus importants dans cette fécondation croisée. Ainsi, leur présence dans un verger augmente naturellement la quantité de fruits produite; ce fait a été démontré par des expériences. On voit done qu’un petit nombre de ruches forment un accessoire important—et nous pourrions dire presque indispensable—dans un verger. Peu de gens se rendent compte de la perte énorme de nectar qui se produit ou de la quantité de graine de trèfle et de fruits qui se perd faute d'abcilles pour féconder les fleurs. Et cependant ce gaspillage et ces pertes sé répètent tous les ans. Le Canada possède une richesse incomparable dans sa flore sauvage mellifère qui donne un tel charme au paysage, mais c'est en vain que ces fleurs répandent leur parfum et qu’elles sollicitent les visites des Mais ce n’est pas seulement dans la fécondation des fleurs que les abeilles sont utiles: les résultats de leur travail sont également très avantageux pour le propriétaire du rucher. Il peut consommer le miel chez lui ou le vendre. Le twunbre d' apieulteurs qui consacrent tout leur temps à la production du miel ente sans cesse. On évalue la production moyenne d'une seule ruche à 25 ou 30 livres de miel en rayons ou 40 à 50 livres de miel extrait. Vendu aux
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prix de détail le miel en rayons rapporte de 15 à 25 cents la livre et le miel coulé de 10 à 20 cents la livre. Les prix varient suivant les débouchés et la catégorie de miel. Les prix de gros ne sont pas aussi élevés; on paie de 6 à 10 cents pour le miel coulé et de 10 à 15 cents la livre pour le miel en rayons. Il faut encore défalquer les frais d'exploitation, achat de cire gaufrée, de sections, ete. Beaucoup de cultivateurs ignorent qu'un boeuf qui x été engraissé et so4gné tout l'hiver coûte à peu près cinq fois plus cher qu’une ruche d’abeilles et ne rapporte pas beaucoup plus que le produit d’une ruche dans une seule maison; ils ignorent également que l'apiculture bien conduite peut être aussi avantageuse que l’engraissement des bestiaux. Ilne faudrait pas s'imaginer que les abeilles n'exigent que peu d'attention. Ilest vrai que quand on ne tient que quelques ruches pour l'approvisionnement de Ja maison ou pour féconder les arbres du verger, il ne faut relativement que peu de soins, mais ce serait une erreur de croire que l'on obtiendra des bénéfices importants tout en ne donnant que peu d'attention au rucher. Les apiculteurs qui réussissent sont ceux qui donnent beaucoup de leur temps, de leurs peines et de leur intelligence à leur industrie. Cette attention est absolument nécessaire quand le rucher est nombreux: il y a de bonnes années pour la production du miel mais il y en a d’autres où, par suite de la sécheresse où d’autres causes, la miellée fait défaut et ce n'est que le bon apiculteur qui peut retirer de ces mauvaises années tout ce qu'elles peuvent donner.
Au Canada les problèmes les plus importants qui confrontent l’apiculteur sont le traitement des maladies des abeilles, l'essaimage et l'hivernage. Cependant toutes ces difficultés peuvent être surmontées. M. Morley Pettit, apiculteur provincial du collège de l'agriculture de l'Ontario, m'informe que le nombre de fermiers ou de fermières de l'Ontario qui tirent un bon revenu de P'apiculture seule va sans cesse en augmentant. Ces revenus varient de $500 à $3,500 par année.
Point n'est besoin de grands capitaux pour se lancer dans l'apiculture. Ce serait une erreur de commencer sur une large ét helle avec un grand nombre de ruches. Commencez avec une ou deux ruches et augmentez le nombre graduellement, tous les ans, à mesure que vous acquérez de l'expérience, sinon vous pourriez subir des pertes qui vous décourageraient sûrement.
Celui qui se propose d'établir un rucher devrait chercher à s’aboucher avec un apiculteur expérimenté. Nous n’entendons pas par là un apiculteur qui emploie des méthodes surannées, par exemple qui tient des abeilles dans des ruches à rayons fixes ou sans cadres, mais celui qui suit les méthodes les plus propres à provoquer la production du miel et à assurer le bien-être des abeilles. L'expérience pratique est le meilleur guide, et s’il est vrai que l’on apprend beaucoup par la lecture, ce n’est qu'en expérimentant les choses soi-même que l'on acquiert des connaissances réelles,