‹ L'Abeille; journal d'entomologieChapitre 2 sur 335 · TROISIÈME SÉRIE. — N · texte numérisé non relu

TROISIÈME SÉRIE. — N

Le tome IX contenant la deuxième partie du Répertoire des Coléoptères décrits isolément depuis 1863, et le tome X consacré à la première partie des OtiorhynchideSj qui se distribuent alternativement en livraisons, sont maintenant terminés, et les souscripteurs qui prennent les diverses publications de VAbeille par volume, pourront s'en procurer des exemplaires brochés. Le tome XI est môme achevé : ce volume donne les derniers genres de la tribu des Otiorhynchides et les Phyllobides, et se termine par un tableau synoptique complet des espèces du genre Otiorhyn^ chus, dû au savant docteur Stierlin, et par une table alphabétique de tous les noms (genres, espèces, synonymes) employés dans la Monographie. C*est à la fin de ce volume qu'il convient de placer la Monographie des Amor roides.

Comme nous sommes en mesure de publier deux livraisons par mois, au lieu d'une, et le but principal de VAbeille étant d'arriver, par une série de Monographies, à faire un Spéciès des coléoptères du nord de l' Ancien-Monde, nous croyons faire plaisir à nos abonnés en leur offrant ce mode de publication, qui les mettra plus vîte en possession de travaux importants pour leurs études. Ceux donc qui voudront recevoir une livraison tous les quinze jours, n'ont qu'à nous faire parvenir 25 francs pour leur cotisation de 1874.

SYNONYMIES ET RECTIFICATIONS

PAR M. EDOUARD PERRIS.

(Suite.)

II. — Mon ami M. Léon Fairmaire a publié (Soc. ent. 1867, p. 414) un Stylosomus algérien qu'il a nommé ôipar-

titus et qui est caractérisé par les élytres noires et le prothorax entièrement rougeâtre, je crois devoir signaler une variété que j'ai reçue de Ténès avec le type et dont le prothorax est noirâtre avec le quart postérieur seulement rougeâtre.

III. — Le Miccotrogus monachus Ghevl. me paraît être le même que le Jlf. capucinus Bohm.

IV. — Mon Olisthopus anomalus (Soc. ent. 1866, p. 182) a usurpé, dans les annales de la science, une place qui ne lui est pas due. Il n'est qu'une espèce connue d'un genre voisin et il doit être supprimé, et mon Omias lepidotus loc. cit. p. 190, est une Foucartia voisine de Cremierei : ce sera dès lors Foucartia lepidota,

V. — J'ai publié (Soc. ent. 1864, p. 390) sous le nom de corsicus, un JYoglops que je croyais venir de Corse. M. Révelière, de qui je le tenais, m'avait déjà inspiré des doutes sur sa provenance, et n'ayant pas rencontré cet insecte en Corse, il était porté à croire qu'il se trouvait au nombre de ceux qu'il avait pris aux environs d'Alger, et qu'il en avait mal indiqué la patrie. Ayant reçu de Ténès d'autres individus de cette espèce, je vois dans ce fait la justification de l'opinion de M. Revelière, et, comme les questions d'habitat ne sont pas indifférentes pour la science et que le nom de corsicus est erroné, je déclare que la petite bête dont il s'agit est algérienne, et je la nomme algiricus»

VI. — Je lis dans V Abeille de 1869, p. 55, n^ 9 de Notes diverses consacrées principalement à des synonymies, « Oogines signicollis Muls. = Charopus dispar Pairm. Pr. Soc. ent. 1859. 277 = Char.saginatus Kiesw. id. 1851, 621. note. »

Les Charopus p^^écités sont, d'après les descriptions, entièrement d'un vert bleu,- avec un peu de rouge à l'angle suturai des mâles, tandis que YOogines a le prothorax rouge avec une tache verte, qui manque quelquefois, à la base. Le mâle a de plus l'angle suturai rouge. Il semble que ces deux insectes ne sont pas les mômes. Cependant je dois dire que, dans l'un comme dans l'autre, le mâle a l'air d'un Malachius et la femelle d'un Charopus, la tache

basilaire du prothorax, qui parfois fait défaut, est quelquefois aussi assez développée, et les antennes des mâles sont conformées de même. J'ajoute que tous sont de Corse ou de Sardaigne. Il se peut donc que VOogmes signiœîlis soit une variété du Charopus saginatus Kiesw., dispar Fairm.; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il est le même que mon Malachius bicolor, Soc. ent. i864. 288 ; de sorte que la synonymie s'établit ainsi :

Oogines bicolor Perris, signicollis Muls. Rey, si l'espèce est réellement distincte.

Oogines saginatus Kiesw. dispar Fairm. = var. bicolor Perris, sigruUicollis Muls. Rey, dans l'hypothèse contraire, qui est assez probable.

VAntMinus posticus Muls. Rey est mon aitalus apicalis loc. cit., la synonymie est donc : Aniholinus apicalis Perris, posticus Muls. Rey. éd. perris.

Lorsque par la création de V Abeille, par la publication du Catalogue des coléoptères répandu à profusion, par des appels incessants, nous nous efforcions de vulgariser les études entomologiques, nous ne pouvions espérer que si peu de temps après nos cruels désastres on verrait, sur tous les points de notre belle France, surgir de jeunes explorateurs de ses richesses. Eh bien ! dans plusieurs contrées se sont formées des sociétés d'études scientifiques exclusivement composées de jeunes gens qui viennent mettre en commun les résultats de leurs recherches, s'instruire et s'encourager mutuellement. Protégés et dirigés par les vétérans de la science, ils explorent les points les plus ignorés de leur province, et se relient avec leurs voisins par l'échange de leurs chasses et de leurs découvertes. Nous avons sous les yeux les annales de ces sociétés naissantes : La Société physiophile, de Lyon, a publié deux numéros : 1872 et 1873. Elle tient ses séances deux fois par mois. L'entomologie y compte, parmi ses représentants, MM. P. Siméan et J.-B. Renaud, chasseurs zélés, qui fournissent d'intéressants comptes-rendus de leurs excursions. — La Société des Études scientifiques, d'Angers, en est à sa deuxième année de publications. Elle tient

également ses séances tous les quinze jours ; cette année forme un volume de plus de 200 pages. Elle forme un musée départemental que chacun s'empresse d'enrichir de quelque curieux échantillon. La zoologie de l'Anjou est déjà bien connue par les travaux du patriarche des naturalistes de province, M. Millet; M. Gallois et plusieurs autres iravaillent à combler les lacunes qui ne peuvent manquer de se rencontrer encore sur certains points. — Celle de Paria, encore toute récente, a pour organe la Feuille du Jeune Naturaliste ^ fondée par Ernest Dolfus, dont les parents secondent les nobles vues en soutenant ce journal destiné aux débutants, et en fondant un prix de 300 fr. décerné chaque année à l'auteur du livre le plus utile à la propagation des études en tomologiques. Ce petit journal paraît chaque mois, par livraison de douze pages, et compte trois cents abonnés. Ces premières tentatives, nous l'espérons, seront suivies de beaucoup d'autres, et la France sera bientôt couverte de semblables associations, qui formeront un vaste réseau et ne laisseront aucun coin inexploré.

M. Steinheil est de retour d*un voyage en Colombie ; il rapporte plus de 12,000 insectes des environs de Garthaeène.

Simple quostion à MM. Kraatz, Bischof - Ehinger et Fauvel :

Est-ce que la Société entomobgique de Berlin n'a rien publié en 1873?

La Société entomologique suisse n'a-t-ell© publié que le premier numéro cette année, le seul que j'aie reçu ?

La Société linnéenne de Caen ne publie-t-elle pas de Bulletin depuis deux ans ?

Nouveaux souscripteurs à V Abeille :

MM. Pierre Siméan, à Lyon.

J.-B. Renaud, à Lyon.

NODTEllES ET FAITS DIVERS

L'Abeille parait deux fois par mob, en liTraisons de 36 pages. Les abonnements, payables d'avance , partent tons da 1« janvier et continoent pour le même laps de temps, à moins que Fabonné n*ait notifié, un mois avant la fin, son intention formelle de cesser.

Les conditions d'abonnement sont les suivantes :

24 livraisons. Prix : pour la France, 25 fr. ; pour l'étranger, 30 fir. 12 — — 13 fr. — 15 fr.

6 — — 7 tir. — 8fr.

1 livraison séparée : i fr. 50.

Sur le BnUCHUS IRRISECTUS Pabr. Sch.

Far M. Edouard FERRIS.

Au printemps dernier, mon ami M. Abeille de Perrin, me remit quelques grains d'un haricot semblable à celui qu'on appelle haricot riz, et contenant des Bruchus, 11 les tenait de M. Aubert , de Toulon , avantageusement connu des amis des sciences naturelles et particulièrement des entomologistes. Je devais étudier cette espèce de Bruchvs et la publier si elle était nouvelle. Je me mis donc à cette étude, aidé du bon travail de mon ami M. Allard sur ce groupe, et les caractères me conduisirent entre le 6raceatus et Vimbricomis; mais comme il n'était ni Tun ni l'autre, comme il était évidemment distinct aussi de tous ceux qui sont caractérisés par le pronotum plus ou moins conique, sensiblement plus étroit en avant qu'en arrière, à côtés mutiques et à cuisses postérieures non distinctement dentées en-dessous, je me trouvai entraîné à le considérer comme nouveau et j'annonçai à M. Abeille de Perrin que je le décrirais sous le nom de B, Auhertù Je

lui exprimaîç en môme temps mon étonnement et mon regret de ne trouver dans les individus que je possédais aucune différence sexuelle, et je le priais de voir s'il en serait autrement pour ceux qu'il avait lui-môme. A quelque temps de là mon ami m'écrivait qu'il avait soumis, chez M. Aubert, à sa loupe très-clairvoyante (l'épithète est de moi), plus de 300 individus et qu'il n'avait pas été plus heureux que moi.

Je m'adressai à M. Aubert et le priai de m'envoyer quelques-uns de ses doubles, ce qu'il s'empressa de faire. J'eus beau les examiner, comparer les tibias, les antennes, j'arrivai au ipôme résultat que M. Abeille de Perrin. Je me rappelai alors que MM. Mulsant et Rey avaient publié dans leurs Opuscules (c'est le 8«) une étude sur les BruehuSy en indiquant, comme caractères différentiels des sexes, d'autres organes que les antennes et les pattes et notamment les yeux et le pygidium. Je me mis aussitôt à prendre une leçon de ces messieurs, puis, en faisant l'application à mon Bruchus^ je constatai que, dans le mâle, le quatrième et le cinquième articles des antennes sont un peu plus longs; que les yeux sont ua peu plus saillants et que le pygidium, plus bombé dans sa moitié postérieure, se rabat un peu en-dessous, de manière à ôtre visible lorsqu'on regarde l'insecte verticalement du côté du ventre, et qu'il éch ancre largement le dernier arceau ventral, lequel est entier dans la femelle. Ce caractère est le plus apparent.

Cela fait, je me disposai à rédiger ma description; mais avant tout je voulus avoir le cœur net de la question de savoir si les cuisses postérieures étaient mutiques ou dentées, et comme les tibias étaient appliqués contre les cuisses et que, dans les Bruchus, les dents sont le plus souvent sur la tranche interne, je compris qu'il fallait, avant tout, séparer les tibias des cuisses. Je fis donc ramollir quelques individus, j'opérai la séparation et je demeurai tout interdit en voyant apparaître près de l'extrémité des cuisses une dent triangulaire, très-saillante et très-aiguë, et, immédiatement en arrière, deux autres dents beaucoup plus petites, contiguês, triangulaires aussi et pointues.

NOUVELLES ET FAITS DIVERS. i4

Tout était donc à recommencer; il fallait revenir à M. AUard, et cette fois je tombai, sans pouvoir en sortir, sur Vobtectus Say qui, d'après le catalogue du môme auteur, est aussi le subellipticus Woll. des Canaries. N'ayant pas leurs descriptions, je ne pouvais mieux faire que de m'adresser à M. Allard lui-môme. Il s'empressa de me répondre en me renvoyant à la page 38 de son étude où, rectifiant ses premières indications, il déclare que Vobtectus et le su^Uipticus ne sont autres que Virresectus qu'il avait pris à^ tort pour le mimosœ^ et il ajoutait que les souvenirs qu'il avait gardés du type de Virresectus lui permettaient d'affirmer que mon Bruchus appartenait bien à cette espèce. Cette fois, je pouvais consulter la description, et, en effet, Schœnherr me convainquit que M. Allard avait parfaitement raison. Il m'expliqua aussi pourquoi, en consultant son ouvrage, je ne m'étais pas arrêté à cette espèce; c'est qu'il l'indiquait de Perse et je ne supposais pas qu'un insecte de Perse vint manger des haricots à Toulon.

Me voilà donc déçu dans mes espérances de paternité; voilà M. Aubert privé d'une dédicace sur laquelle il croyait pouvoir compter. Je songeais aux moyens de me tirer de ce mauvais pas, lorsque mon obligeant correspondant m'envoya, du môme coup, des grains de haricots sensiblement plus ventrus que les précédents et peuplés, c'est le mot, de Bruchus vivants, et, en outre, des larves et des nymphes de cet insecte.

A la vue de ce nouveau butin, de ce nouveau sujet d'études, je me dis qu'il y avait quelque chose à faire; que M. Aubert ne pouvait pas avoir déployé tant de complaisance en pure perte , et voilà pourquoi j'ai pris la plume pour faire l'historique qui précède et pour dire ce qui suit.

La larve du B. irresectus est longue de 4 millim., ellipsoïdale, ventrue, très-convexe et voûtée en-dessus, beaucoup moins bombée en-dessous, très-peu arquée, blanche, entièrement glabre et apode. Sa tôte, très-petite et à moitié enchâssée dans le prothorax, est blanche ou d'un blanc à peine- teint de roussâtre^ avec le devant testacé et le bord antérieur un peu foncé. Celui-ci est largement et

12 NOUVELLES ET l'AÎTS DIVERS.

profondément échancré pour recevoir répîstome, qui est transversal et plus étroit antérieurement qu*à la base. En avant se trouve le labre qui est à peu près semi-discoïdal. Les mandibules sont courtes et d'un testacé rougeâtre avec l'extrémité noire. Vues de côté, elles sont triangulaires et leur sommet émoussé m'a paru divisé en deux petits lobes ou deux petites dents obtuses. Les mâchoires sont très-écartées à la base, très-obliquement convergentes, subcylindriques et testacées avec l'extrémité blanchâtre; leur lobe est court et arrondi et elles sont surmontées d'un palpe maxillaire très-petit qui m'a semblé composé de trois articles fort courts. Entre les mâchoires est la lèvre inférieure formée d'une pièce très-petite, un peu testacée, plate, subcordiforme avec le milieu antérieur avancé en languette. Cette pièce porte les deux palpes labiaux d'une petitesse extrême et qui m'ont présenté deux articles. Je n'ai pu voir les antennes, les larves ayant séjourné dans l'alcool, mais je ne doute pas qu'elles n'existent très-petites, rétractites, le plus souvent invisibles et de deux articles au moins, comme dans les larves de la plupart des Gurculionides, des Anthribides et des Bruchides. Je n'ai pu apercevoir le moindre vestige d'ocelles.

Le corps est formé de douze segments dont les intersections sont assez bien marquées sans être profondes et qui, vues en-dessus, sont trisinueuses. Le prothorax, trois fois environ plus large que la tête, est plus long mais moins large que chacun des deux autres segments thoraciques. A quelques rides près, ces trois segments thoraciques sont presque lisses. Sur les neuf segments de l'abdomen, les sept premiers sont marqués d'un pli transversal arqué qui manque aux deux derniers; tous présentent quelques rides et un petit bourrelet latéral très-peu saillant. Le neuvième segment est largement échancré en arrière pour emboîter le mamelon anal qui ne fait point saillie et qui est marqué d'un faible pli transversal. Sous le bourrelet latéro-dorsal dont je viens de parler, on aperçoit, en observant la larve de côté, un autre bourrelet formé d'une série de mamelons visibles mais déprimés. *

(A suivre.)

NODlflllIS ET FAITS DIVERS

Sur le BMCHUS IRRESECTUS Pabr. Sch.

Par H. EDOUARD PERRIS.

(SuUe.)

Les stigmates sont au nombre de neuf paires situées la première sur l'intersection du prothorax et du mésothorax, les autres au tiers ou au quart antérieur des huit premiers segments abdominaux.

Pas de pattes ou de pseudopodes.

MM. Ghapuis et Gandèze dans leur Catalogue et Lacordaire dans le 7® tome de son Gênera, p. 599, citent les divers auteurs qui ont fait connaître des larves de Bruchides. Depuis lors aucune autre larve de ce groupe n*a été, que je sache, publiée. M. Elditt a trouvé trois ocelles de chaque côté de la tête à la larve du B. gonagra et M. Heeger deux à celle de JB. lentis. Je n'en ai vu qu'un de chaque eôté, représenté par un très-petit tubercule noir, sur les larves des JB. varim et cinerascens. Celle du B. irresectas diffère par Tabsence de tout ocelle apparent, elle est en outre glabre, tandis que les deux dernières précitées sont parsemées de petits poils et réellement velues à la région pectorale. Les intersections de ses segments sont aussi un peu moins sensibles, les bourrelets latéraux sont moins saillants et la tête paraît un peu plus petite relativement.

La nymphe présente les diverses parties de Tinsecte parfait disposées, emmaillotées comme de coutume; comme les autres nymphes de Bruchus que je connais elle est absolument glabre, sans la moindre épine, le moindre appendice.

J'ai déjà dit que la larve vit dans les grains de haricots de deux espèces ou variétés. « Ces deux espèces, m'écrit

M. Aubert, sont récoltées dans les environs de Toulon ; elles sont vulgairement connues sous le nom de Gromendm et de Bouquetier, Elles sont grimpantes si on leur donne des roseaux auxquels elles puissent s'enrouler, sinon elles restent basses et s'entrelacent. La personne qui me fournit ce renseignement m'a dit que, depuis dix ans au moins, elle a ces haricots qu'elle a semés successivement d'année en année, et que ce n'est que depuis deux ans que l'insecte s'est montré, du moins de manière à appeler son attention. »

Lorsqu'on a sous les yeux une graine de haricot contenant des larves adultes, des nymphes ou des insectes parfaits, on voit tout de suite les points qu'occupent ses habitants, ils sont indiqués par un disque légèrement brunâtre provenant de ce que la substance de la graine a été rongée par la larve qui a respecté l'épisperme et que, dans le haricot, cet épisperme est un peu translucide. Les graines paraissent donc mouchetées et ces mouchetures sont parfois assez nombreuses, car j'en ai compté jusqu'à quatorze sur une seule graine, ce qui veut dire que j'en ai obtenu quatorze Bruchas, Ce fait mérite d'être signalé, car il est assez rare de voir naître plus d'un individu de ce genre d'une graine je ne dirai pas de Vesce, de Gesse, de Lotier, de Trèfle, de Panicaut, cela se comprend, mais même de Pois ou de Fève. M. Blanchard dit cependant, Hist. des ins. t. II, p. 114, que plusieurs larves de Fachymerus pandani habitent souvent la même graine, et dans la figure qu'il donne de cette dernière on voit deux trous de sortie, mais il faut dire que cette graine a la grosseur d'une petite noix.

Ce qui est à remarquer aussi , et cette observation s'applique aux autres Bruchus, c'est que le volume d'endosperme que consomme une larve ne dépasse guère le volume de son corps. On ne saurait nourrir un animal à moindres frais. Elle pratique ses déblais de manière à former une cellule à peu près sphérique, et lorsque la graine a plusieurs habitants, jamais une cellule ne communique avec une autre ; chaque larve respecte la situation de sa voisine et laisse subsister entre les deux domiciles une cloison qui souvent n'a guère plus de

N0UYELLB8 ET FAITS DIVBB8. 1S(

consistance qu'une pellicule. Ce respect de la vie privée ne se rencontre pas toujours chez animaux de bien autre taille et de bien plus grandes prétentions.

Il m'a paru qu'avant la métamorphose en nymphe la larve, comme celles des Bruchus en général, enduit les parois de sa cellule d'un mucilage gommeux.

Les graines de haricot que M. Aubert m'a envoyées au commencement de février, contenaient quelques nymphes paraissant avortées, les autres habitants étaient des Bruchus vivants et parfaitement mûrs. Ils ne paraissaient pas disposés à sortir, car qu'auraient-ils fait dehors à une époque si éloignée de la floraison des haricots? Dès le premier jour cependant je vis un des disques translucides nettement coupé sur les trois quarts de son pourtour, comme si le Bruchus se préparait à quitter sa cellule, et de fait, vers la fin du mois, quelques-uns l'abandonnèrent, sous l'influence, sans doute, de la température de mon cabinet. Au surplus, il y a des Bruchus et beaucoup d'autres insectes qui prennent leur liberté bien avant le moment de pondre et qui attendent ce moment ailleurs que dans leur berceau.

Mais d'où vient cette espèce de Bruchus que pour la première fois, je crois, on signale en France? Schœnherr la dit de Perse, M. Wollaston des Canaries, et d'après le catalogue de M. de Marseul elle serait du Caucase. Je me persuade que c'est là une de ces espèces qui, vivant de graines ou de plantes d'un transport fréquent d'un lieu à un autre par les navires de commerce et trouvant au lieu de débarquement des succédanées aux végétaux qui les nourrissent dans leur pays d'origine, deviennent cosmopolites, du moins dans les limites des conditions de température qui leur sont propres, comme cela est déjà arrivé pour le Bruchus pisi. Le JB. irresectus, originaire peut-être de Perse, doit y être inféodé à quelque plante du groupe des haricots dont les graines alimentaires sont transportées de çà de là poup la nourriture de l'équipage. Des Bruchus naissent durant la traversée et aux escales ils se répandent dans la campagne. S'ils rencontrent un climat favorable, la plante qui leur convient, ils fondent une colonie. Il n'a pas fallu longtemps pour le porter

dans le Caucase par la mer Noire, par la Caspienne et par la voie de terre, vu le voisinage de la Perse ; des navires ont pu le transporter aux Canaries et facilement à Toulon depuis l'ouverture du canal de Suez, et si mon hypothèse est aussi vraie qu'elle est probable , nous apprendrons sans doute bientôt qu'une portion trèsétendue du globe terrestre est sa patrie.

Finissons par le signalement succinct de cette intéressante bestiole. Voici la diagnose de Schœnherr, tome V, page 18.

Subeîlipticus, niger^ ]fmbe cinerea in etytris fmco-wnegaia vestitm, antermarum basi apiceque^ elytrorum margùie postiœ, pygidio, abdominis lateribus pedibusque rufescentibus, femoribus posterioribus subtus nigr(>-plagiatis^ thorace pygidioque evidenter punctatis, capite angmtiore.

J'ajoute, en rappelant ce que j'ai déjà dit des différences sexuelles, que le prothorax, vu en dessus, est sensiblement conique, que les quatre premiers articles des antennes, la moitié ou plus du cinquième et le dernier en entier sont d'un testacé rougeâtre, que le troisième article est un peu plus long que les autres, que les cuisses postérieures sont dentées comme je l'ai indiqué plus haut et l'indique aussi la description de Schœnherr, qu'enfin le dernier article des tarses est noirâtre à l'extrémité avec les ongles noirs.

Quelques individus ont le bord postérieur des élytres, les côtés de l'abdomen et le pygidium de couleur cendrée.

®3* Nous recommandons de rechef à nos abonnés à qui il viendrait à manquer ^ne livraison en tout ou en. partie de réclamer aussitôt qu'ils s'en aperçoivent (en recevant la suivante), et de retourner immédiatement la livraison défectueuse afin qu'elle soit com^ létée. Autrement nous ne pouvons donner suite à leur demande.

NOIiVElLES ET FAITS DIVERS

M. le D' Emile Gobert commence la publication d'un Catalogtœ raisonné des Coléoptères des Landes, dans le Bulletin de la Société d^Histoire naturelle de Totàùuse, tome vu. Élevé à Pécole de M. Ed. Perris et dirigé par ses conseils, l'auteur ne songe pas à orner son travail d'espèces plus ou moins nouvelles, mais il nous présente une statistique exacte des espèces de la riche contrée dont le département des Landes est le centre, fait connaître leur station, leur genre de vie, leur époque d'apparition, leur degré de rareté, etc.; tel est, en effet, ce qui fait tout l'intérêt de ce genre de travaux. On peut compter trouver ici des déterminations sûres, condition indispensable et sans laquelle un Catalogue local, au lieu d'être utile, deviendrait une source d'erreurs. Le nombre des espèces citées est de 280, et le travail ne dépasse pas la famille des Carabiques. C'est un prélude de bon augure pour les Phytophages dont l'histoire est bien autrement intéressante. Nous lui souhaitons courage et persévérance.

M. P. Martinez y Saez inaugure ses études entomologiques dans les Annales de la Société espagnole d'Histoire naturelle, tome ii, par un catalogue des coléoptères recueillis aux environs de Cuenca par M. A. Senen de Castro, accompagné de la description de plusieurs espèces nouvelles ou peu connues :- page 2, Chlasmus proximus, très-voisin du fulgidiœllis ; p. 4, lîg. i , Feronia Martinezi, déjà publié par M. de Vuillefroy; p. 5, lîg. 2, F, Perezi, qui vient tou terres do Vhispana; p. 8, fig. 3, Zabrm Castrot, interméçl^aire entre gravis et neglectm; p. iO, fig, 4, Bhizotrogus Zapaieri, voisin du montieola Blanch.; p. 12, A. BoHvari, semblable au rugifrons fiunn.; p. 14, 'fig. 6,

i8 NOUVELLES ET FAITS DIVERS.

Mylabris Vhayonij qui me paraît trop ressembler à Vhieracii; enfin, p. 17, lig. 5, Dorcadion Uhagmi Perez-Arcas, dont la figure ne donne nullement l'idée. Les descriptions, un peu longues, sont écrites en espagnol, mais elles sont précédées de diagnoses latines assez étendues. La planche coloriée qui accompagne ce mémoire est due au burin de notre habile graveur Debray.

M. le D' Georges Seidlitz, de Dorpat, vient de faire paraître la 3« édition de sa Fauna baltica. Cette publication, de 164 pages in-8», comprend la lin des Antsotomides, les Silphides^ Scydménides^ Psélaphides, Staphylinides, DoscUlides et une partie des Télépkorides, Toutes les espèces du nord de TEurope y sont décrites, ainsi que tous les genres européens. On n'y trouve que 3 espèces nouvelles : Anisotoma fracta d'Estonie, Oxypoda Sahlbergi de Finlande et Microcara dispar d'Espagne ; mais le sujet est traité avec cette clarté méthodique et cette concision rare qui sont le propre du savant auteur.

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