SCÈNE XII
Les Mêmes, MARGUERITE, MADAME DUR.
RISC HE N BACH, h Richard et an Docteur, en leur présentant Marguerite.
Ma pupille, mademoiselle Marguerite.
L’ABIME
Richard et le docteur saluent Marguerite. — Celle-ci remarqne Georges et laisse voir le plaisir qu'elle éprouve à le rencontrer — Elle jette un coup d’œil h Rischenbach et soudain se retient. Elle et Georges se parlent bas pendant que Rischenbach fait d’une manière plaisante l’introduction de madame Dor.
RISCHENBACH, présentant madame Dor.
Madame Dor, l’ange gardien, messieurs, de mes gants et de mes bas.
Madame Dor fait une petite révérenco do côté, à Richard et au docteur, puis elle retombe assise sur le banc, le dos tourné h tout le monde; elle nettoie toujours son gant. Rischenbach continue.
Vousadorez tout détail domestique en Angleterre, M. Richard, vous les affichez au théâtre, vous en emplissez vos romans, vous en fabriquez des tableaux. (Montrant madame Dor.) Admirez dans madame Dor les qualités domestiques faites femmes... Aujourd’hui, elle nettoie mes gants, demain elle ravaudra mes bas, le jour d’après, jusqu’au coude dans ia farine, elle fabriquera mes puddings, mes bons, lourds, indigestes puddings anglais... Vous voyez ses larges épaules, eh bienl c'est à peine si dans cette immensité il y a place pour son grand cœur.
MARGUERITE, à Georges h l’avant-scèno.
Ainsi, vous vous souvenez de nos lacs et de nos montagnes ?
’ GEORGES
Vous êtes-vous jamais souvenue des jours heureux passés ensemble?
MARGUERITE
Je ne me souviens que de cela...
RISCHENBACH, descendant entre eux h Marguerite.
Tu es émue... Te sens-tu fatiguée du voyage? J’ai eu tort do t’emmener... ( Mouvement négatif do Marguerite.) Non? oh! tu es trop bonne pour me le reprocher... Tune veux rien avouer qui me fasse de la peine.
Marguerite va à madame Dor, Richard et le docteur vont leur parler.
Rischenbach se tourne soudainement vers Georges.
RISCHENBACH.
Ah ! monsieur Leslie, je veux faire à Londres, à cette charmante enfant, un intérieur qui soit' digne d’elle... D’où viendra l’argent? Je ne sais, mais cela se fera... Votre esprit commercial peut-il admettre qu’un homme sacrifie tout à une seule idée? Non, n’cst-ce pas? vous êtes si bien élevés, en Angleterre, vous êtes si chanceux, si riches! moi, j’ai été élevé dans l’étable avec les bestiaux, ma richesse était sur la route où je mendiais pieds-nus par les chemins... Quant à ma chance, pendant que vos parents vous disaient: Petit ange, un baiser pour un gâteau, mes parents, s’ils étaient mes parents, me disaient à moi; Tu as faim, va mendier... Tu asfroid, voilà le bâton. Ah ! l’on était, bien traité là ou j’ai passé ma jeunesse... Oh! la Suisse ! la Suisse !