SA R A II
Je suis profondément touchée de votre situation, madame, mais qu’y puis-je?
LA DAME
Vous pouvez tout, Sarah; vous pouvez reporter votre mémoire à ce même jour, oui, à cette même date : S novembre, il y a douze années.
SARAH
C’est bien long, madame, douze années.
LA DAME
Si vous les avez trouvées longues, Sarah, pensez donc ce qu’elles ont dé être pour moi, ce que j’ai eu à souffrir pendant ce long temps. Douze années passées dans l’expiation de ma faute, douze années d’exil, reniée par mes amis, 'repoussée par ma faufile. Ce n’est que d’hier, rappelée par la perte de mon père mort en me pardonnant, qu’il m’a été permis do rentrer en Angleterre, pour recueillir son héritage, une grande fortune, Sarah, qui doit assurer à mon enfant, à mon cher fils, une position facile, un brillant avenir... et cet avenir est dans vos mains.
SARAH
Dans mes mains!
LA DAME
Tenez, Sarah, voici quelques guinées que je vous prie d’aCcepter pour l’amour de lui. — Maintenant, dites-moi...
SARAII.
Oh! vous vous trompez, madame, vous pouvez connaître mon nom, mais vous ne connaissez pas mon cœur. Pas un des employés de l’hospice, pas un des enfants chéris que je soigne, pas un de ceux qui me connaissent enfin, ne songerait