‹ L'abime drame en cinq actes, en onze tableauxChapitre 44 sur 106 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LE .NOTAIRE

Cotte dernière clause à copier, et je suis à vous, monsieur.

RICHARD

Et tout sera en règle, et je pourrai mourir tranquille?

SARAH

Ahl mourir!

R I CH ARD, lui souriant et la repoussant doucement.

Chut! n’interrompez pas monsieur le notaire!

n cause bas avec le notaire qui copie la dernière clause.

SAM, s’approchant de Sarab.

Essuyez vos yeux, mamzelle; de vous voir pleurer, ça me fait éclater le cœur, comme une bouteille trop pleine.

SARAH

N’est-ce pas une pitié, monsieur Sam, do voir un garçon de son âge, ainsi changé dans l’espace de quelquesjours?

SAM, se recueillant et cherchant ses phrases.

Puisqu’on change tout ici, mademoiselle, que moi-même, je ne me reconnais plus. Je me sens comme au printemps quand la vigne est on fleur, que le vin fermente dans les cuves, et bien des choses arrivent qu’on n'aurait jamais soupçonnées.

SARAH

Quelles choses, monsieur Sam?

SAM, cherchant ses idées.

Avez-vous jamais vu une barrique de porto arrivant dans les docks?

SARAH

Non, monsieur Sam, jamais.

SAM, parlant d’abondance avec enthousiasme.

Rien n’est plus beau* Il est là le vieux porto, ses vapeurs sont enfermées dans une double chemise de bois cerclee de fer. La doloiro du tonnelier a fait leur toilette aux cercles qui so sont recourbés comme par enchantement. Elle montre sos douves joyeusement rebondies, la jeune barrique contenant le vieux vin, elle défie l’œil du connaisseur de lui trouver rien qui clochent je vous le dis, mademoiselle, moi, qui vous parle, jamais pendant trente-cinq années, je n’avais rion trouvé d’aussi réussi qu’une barrique de chêne sans défauts.

SARAH.’

Eh bien?’ monsieur Sam.*

Eh bien! aujourd’hui, je suis comme le jeune patron Richard, d’autres idées ont germé dans ma tête; Sam Spark sent fermenter en lui dos vapeurs qui ne sont pas celles du porto, et à cette heure, qu’elles me montent, qu’elles me poussent, je vais vous dire...

L’ABIME

LE NOTAIRE

Nous attendons vos signatures.

RICHARD

A toi, Sarah.

Sarah quitte Sam et se dirige vers le bureau.

SAM, découragé.

J’étais si bien parti. Jamais je ne retrouverai ça. Voyons, qu’est-Ce que j'allais dire? (Parlant arec enthousiasme a une Sarah imaginaire devant lui.) Depuis que je vous ai vue, mademoiselle, je ne suis plus maître de moi-même, et je no peux pas gerber une pièce de vin sans voir vos petits pieds danser entre les cercles. — Faut que je répète ça pour m’en souvenir... a Mademoiselle, les cercles de vos petits pieds, en entrant dans mon cœur... n

SARAH, lui touchant l’épaule.

A vous, monsieur Sam.

SAM

Hein?...

Ta signature?

Je l’ai perdue.

Quoi?

RICHARD

SARAH

Rien, mademoiselle, mais je tâcherai de la retrouver.

SARAII.

Ce no sera pas difficile.

R I CH ARD

Viens-tu ?

SAM

Voilà, patron, (a part.) Ah! si c’était notre contrat, je ne me le serais pas fait dire deux fois.

Il signe.

LE NOTAIRE

Merci, vous pouvez vous retirer maintenant.

SAM, tournant autour de Sarah pour gagner la porte.

Kst-elle réussi! est-elle d’aplomb 1 Je crois que j’oserai...

. Il sort.

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