SA BAH
' Ne vous fâchez pas, madame. (La dame porte son mouchoir à sos yeux.) Ne pleurez pas surtout. Voyons, que puis-je faire pour vous?
^ LA DAME
Je vous le dis, Sarah; il faut rappeler vos souvenirs d’il y a douze ans... Vous ne sauriez avoir oublié le 5 novembre 1840?
SARAH
Oh! non, madame, je ne l’ai pas oublié ; c’est la date de mon entrée à l’hospice.
LA DAME
C’est bien cela.
J’arrivais de notre institution de province. où l’on nous forme au service de l’hospice central. Bien des événements se sont passés, bien des malheurs me sont arrivés depuis, qui sont déjà oubliés, mais les moindres détails de cette journée mémorable pour moi, sont gravés dans mon souvenir.
LA DAME
C’est à ces souvenirs que j’en appelle, Sarah! Comme vous entriez à l’hospice, on y amenait un enfant. Vous prîtes dans . vos bras le pauvre petit abandonné, vous l’embrassâtes maternellement : j’étais là, cachée, je vous voyais et je vous ai bénie bien souvent, et j’ai bien souvent prié pour vous dans l’exil. Est-ce que ces détails...
SARAH
Je m’en souviens! je in’on souviens! Parlez, madame.
LA DAME
Je ne peux pas, je n'ose plus.
SARAH
Pourquoi?
6 L'A UIME
LÀ DAME
Vous n’étes pas mère, Sarah ; vous ne pouvez me comprendre.
SA R AH, la regardant.
Si fait, je vous comprends, pauvre femme. Allons, rassurezvous, il vit, madame, il se porte bien. (La dame lui saute au cou et l'embrasse en pleurant. ) Voyons, madame, du calme, remettezvous, dites vite ce que vous attendez do moi. Si l’on nous trouvait ensemble... vous ne connaissez pas les règles de la maisQn...
LA DAME
Si fait, Sarah; je connais bien, je connais trop les règles de cetto maison. Écoutez.moi. L’enfant a été baptisé dans la chapelle de l’hospice central, ici, à Londres.
SARAH
J’y étais.
LA DAME
Ensuite, on l’envoya en province, à l’institution dont vous sortiez, et dont vous me parliez tout à l’heure.
SARAH
Oui, madame, tout cola est vrai-,
LA DAME
Outre son nom de baptême, on lui donna un surnom 1
SARAH
Cela est exact, madame, et c’est toujours ainsi que les choses se passent.
LA DAME
Eh bien, Sarah, ce sont ces deux noms que je vous demande,
SARAH
Madame!
* LA DAME
Écoutez, Sarah, no me répondez pas encore, ne me quittez^ pas. Oh! ne me refusez pas surtout. Vous aussi, Sarah, vous' serez épouse et mère un jour. Eh bien, Sarah, par l’espoir que vous avez d’étre épouse aimée et mère heureuse, par votre honnêteté de jeune fille, dites-moi son nom, dites-moile nom de mon pauvre enfant ?
sarah i
Je vous en prie... je vous en supplie à mon tour... madame, 11e m’v poussez pas, vous m’entraîneriez à mal faire.,..
• LA DAME
Son nom, Sarah, seulement son nom ?