SAU AH
Une déclaration d’amour.
Ah I ça! mademoiselle, je ne saurais pas vous dire. Je ne crains personne pour décanter une barrique de porto, je sais comme pas un, coller le vin, le soutirer, le mettre en bouteilles; mais en amour, je manque d’expérience.
SARAH
Et vous voudriez?...
SAM
Je suis seul dans mon trou depuis que le patron a renvoyé ce paresseux de Tom, un farceur... (Faisant le geste de boire.) qui mettait le vin en cruche au lieu de le mettre en bouteilles. La place est vacante, mademoiselle, et je dis que vous feriez un crâne garçon de cave.
SARAH
Je n’aime pas les vapeurs.
SAM
Possible, mais vous aimez le patron, et... (Se rapprochant do Sarah.) c’est de lui que je veux vous parler... Oh! cela on vaut la peine, mademoiselle, et il se passe ici des choses qui ne sont pas naturelles. Causons un peu de ceja, mademoiselle, et à nous deux, examinons cette affaire.
Il la prend par la taille, SARAII, lui retirant le bras.
Je ne m’occupe pas d’affaires avec ma taille, monsieur Sam, ne me parlez donc pas avec votre bras.
SAM . piteusement, s’essuyant les mains h son tablier de cuir.
On parle comme on peût, mademoiselle.
SARAII, regardant le tablier, et étouffant un éclat de rire.
Où l’amour va-t-il se nicher!
SAM, qui a surpris son regard.
Mon tablier l’a séduite! Pour sûr, elle m’aime. Mam’zelle, écoutez-moi avec vos oreilles si vous no voulez pas que je vous parle avec mon bras. Mais écoutez-moi; c’est chose grave I... Je vous le dis, mademoiselle, si l’on ne fait pas quelque chose pour ramener la chance, cela finira mal.
SARAH
Pourquoi me regardez-vous ainsi?... Est-ce que c’est moi qui peux faire revenir la chance ?
SAM
Oui, c’est vous I
SARAH
Moi ! mais vous oubliez que c’est moi, moi seule qui suis la cause de tous les malheurs que vous déplorez. Si la mauvaise étoile de monsieur Richard ne m’avait pas amenée chez lui, à
L’ABIME
la recherche d’une place, le pauvre patron serait encore là, car il n’aurait jamais su la vérité, et tout le reste ne serait
I )as arrivé ; je suis la malheureuse créature qui a fait tomber a mauvaise chance sur cette maison.
sam .
Raison de plus, mademoiselle, pour que vous y rameniez la bonne.
Ah ! si je le pouvais !
SAM
Vous le pouvez, mademoiselle, aussi facilement que je peux faire passer du roussillon pour du jeune porto, (a part.) Je crois que c’est tapé, cela.
sarah. -
Mais comment ?
sam .
En changeant votre nom de Robson qui est bon, contre celui de Spark qui est mieux, (a part.) Ça aussi, c’est tapé.
sarah .
Quoil monsieur Sam, vous le défenseur des vieilles coutumes, vous me conseillez de changer ma raison sociale!...
sam. ' ,
Une femme n’est pas une maison de commerce, mam’zelle.
SARAH
Merci, pour cette distinction, monsieur Sam.
{ s am .
On est galant, quoique rat-de cave.
SARAH
Vous avez une manière à vous de faire la cour, monsieur Sam. L’aviez-vous jamais faite jusqu’ici ?
SAM
J’avais essayé, mademoiselle, mais je n’avais jamais été aussi loin. J!y mettrais plus de réflexion si j’avais le temps, mais les vapeurs m’attendent là-bas. Sans cela, ah! mam’zelle, je ne sais pas ce qui pourrait arriver... (La prenant par la taille.) Si j’osais parler avec mon bras, et si vous m’écoutiez avec votre taille.
SARAH, se dégageant doucement.
Monsieur Sam je ne ne vais pas si vite. Le mariage est chose sérieuse, et plus une femme y met de réflexion, plus il y a de certitude de bonheur pour elle, le mari et les enfants qui surviennent.
sam. •
. Admirable éloquence! Ça ne s’est jamais dit! (Répétant ce qu’il a entendu.) Le mariage est chose sérieuse, et plus les en- • fants y mettent de réflexion, plus le mari et la femme ont de certitude de bonheur.