SCÈNE IV
GEORGES, fumant un cigare RISCHENBACH en habit de voyage MARGUERITE, MADAME DOR.
RISCHENBACH.
Allons, ma vieille Dor, dépéchons. Sers le café, Marguerite. (A madame Dor.) Vous, allez me chercher mes gants, mon paletot, moi je vais achever ma valise. Le temps marche Georges, et nous serons en retard.
Madame Dor sort par la droite.
GEORGES
Mais, je suis prêt, moi, Karl.
• RISCHENBACH.
Pardieu ! l’on a tout fait pour vous par avance. Ah ! quelle belle et bonne chose que la fortune, mon maître, et qu’elle aplanit aisément les difficultés de la vie. (Montrant le bagage de Georges apporté par Sam et Sarah.) Voyez, vous n’avez eu qu’à donner l’ordre, vous, à dire une parole, et vous êtes servi. Moi 1... je vais me servir moi -môme.
MARGUERITE, qui a fini de verser le café.
Je vais vous aider.
RISCH ENBACII.
Toi? te moques-tu? Toi, me servir I Non, Marguerite, non, ces jolies mains-là ne doivent aider qu’à ta propre toilette, ne peuvent remuer que dentelles et chiffons! Tes pieds mignons ne doivent te porter que vers le plaisir, ce beau front ne doit se courber que sous ta fantaisie, au gré de tes caprices!...
C’est ma fantaisie de vous servir; vous aider est mon caprice.
L’ABIME
RISCHENBACH.
Fais donc, alors, (Loi baisant la main qu’il tient déjà.) et merci ! Il se met à compléter ta valise. Marguerite lui apporte au far et à mesure les différents objets épars sur les meubles, et s’arrête chaque fois pour lancer des apartés à Georges.
MARGUERITE, apportant chemises, bas et mouchoirs à Rischenbach, qui a déjà entasse quelques gros effets dans le fond do la-malle.
Ne persistez pas, Georges; je vous en supplie, ne partez pas avec lui. (Elle remet les objets à Rischenbach qui les case à mesure.) Vous savez, la petite photographie de vous, qui était dans nia table à ouvrage ? Eli I bien, l’auLre jour, elle me manqua et j’en retrouvai le soir un débris dans les cendres.
Elle prend un habit qu’elle a placé lentement sur la chaise i à côté de Georges, pendant que celui-ci lui répond à mi-voix aussi.
GEORGES
Chère enfant, c’est quelque mesquine taquinerie de madame Dor. Karl ne saurait être coupable d’un pareil enfantillage. D'ailleurs, quelle raison aurait-il ? Jamais nous ne fûmes meilleurs amis.
, MARGUERITE
Amis! Ah! Georges 1 tout à l’heure, à table, tandis que vous parliez de vos projets, de notre union, de votre prochain retour, placée près de lui, je l’observais dans la glace ; ses yeux, s étaient fixés sur vous, ardents comme ceux 'd'un tigre qui guette sa proie; un sourire sardonique plissait ses lèvres. Georges, il vous en veut ; vous l’avez offensé 1 — Je le sens, il vous hait !
GEORGES
Moi 1
RISCHENBACH, se retournant au bruit.
Hein ?...
MARGUERITE, lui tendant l’habit qu’elle a fini de plier.
Votre habit.
RISCHENBACH.
Merci, Marguerite.
, Il les observe avec haine. 4
MARGUERITE, passant pour chercher la couverture de voyage, pendant que Rischenbach boucle ia valise.
Ne partez pas, Georges. (Repassant avec la couverture qu’elle passe , 4 Rischenbach.) Au nom du ciel, Georges, au nom de notre amour, ne partez pas, ne partez pas... ou parlez seul. Mais pas avec lui, Georges. Oh I pas avec lui 1
RISCHENBACH, qui la suit du regard ou dessous.
Ou est ma gibecière ?
M AR G U ER I TE, se remettant aussitôt et posant la couverture sur la va* Iisg, tout on désignant à Kischenbach sa gibecière sur l’une des chaises à droite.
Là ; elle est là, près de la fenêtre