ACTE CINQUIEME
de neige pour vous enterrer debout, tel que vous étos là devant moi. Si vous êtes las de la vie, traversez la montagne ce soir.
GEORGES, à Rischcnbach.
Vous l’entendez, êtes-vous convaincu ?...
RISCHENBACH.
Convaincu que deux napoléons changeraient son opinion.
JEAN-MAR IE
Deux mille ne la changeraient pas. (Passant à Georges.) Pardon, monsieur, vous n’avez pas dit que j’étais à vendre. Je vais vous expliquer, à vous.
RISCHENBACH, à part.
Grâce à l’orage, je pourrai me débarrasser de ces drôles plus aisément que je ne l’espérais. Pas do témoins à craindre.
JEAN-MARIE, près de Georges à la fenêlro.
Regardez là-haut Combien pouvez- vous compter de pointes blanches visibles à travers ce brouillard ?
GEORGES
Deux.
JEAN-MARIE
11 y a une troisième pointe.
RISCHENBACH, à Jean -Paul.
C’est vrai ?
JEAN-PAUL, scandalisé du doute de Riscbenbach.
Puisque le vieux l’affirme.
RISCHENBACH, riant.
C’est juste! '
GEORGES
Et pourquoi ne la vois-je pas ?
JEAN-MARIE
Parce que la tempête gronde déjà au-dessus d’elle. Mais la tempête est femme, elle est capricieuse, et reviendra ici, d’où elle est partie. Quand cette pointe est cachée,- alors que les autres sont visibles, méfiez-vous de la montagne, le malheur en descend. Avez-vous entendu la chute d’eau hier au soir? Tempête. Avez-vous vu les chèvres bondir ? Tempête. Votre porte vous a-t-elle résisté en l’ouvrant ce matin ? Tempête. Faites à votre gré, messieurs, je vous ai avertis.
RISCHENBACH, à Jean-Paul.
Et toi, que penses-tu ?