‹ L'abîme (poésie)Chapitre 57 sur 70 · L'HIVER DU MAL · texte numérisé non relu

L'HIVER DU MAL

Le Mal a ses hivers ainsi que la nature. Ses longs hivers de jeûne et de croupissement. Où les vices, moisis par leur désœuvrement, Habitent le dégoût comme une sépulture.

Privés d'illusion, non moins que de pâture, Inféconds du péché, mauvais stérilement, Ils sont là, condamnés à ce hideux tourment De ruminer en eux leur propre pourriture.

l'hiver du mal. 231

Tels, au fond de nos cœurs, ils ont L'aspect rouillé des feuilles mortes Qui gisent au creux d'un buisson.

Ou bien on dirait des cloportes Roulés en boule dans la nuit Aussi noire que leur ennui.

Encor quelques étés, quelques printemps infâmes, Et le Mal écrasé d'un hiver éternel N'aura plus qu'à ronger son misérable fiel Dans Timpénitence des âmes.

232 l'abîme.

LES MORTS-YIVANTS

Heureux qui vit sans se connaître Indéfiniment établi Dans la paix de son propre oubli, A la surface de son être!

Car les clairvoyants du destin Vivent la mort lente et soufferte, Sentant partout la tombe ouverte Au bord de leur pas incertain.

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