LES MORTS-VIVANTS
Ils ont usé la patience Gomme ils ont épuisé l'orgueil; Toute leur âme est un cercueil Où se débat la conscience.
Leur existence n'est, au fond, Qu'une spectrale survivance Où se confesse par avance L'inanité de ce qu'ils font.
Le doute dans sa foi d'artiste, De penseur et de citoyen, Hélas! ils n'ont plus le moyen D'échapper à ce mal si triste 1
Épaves de l'humanité,
Cœurs vides, naufragés suprêmes,
Ils traînent le dégoût d'eux-mêmes
A travers la fatalité.
234 l'abîme.
Hors des mirages, des mensonges, Des espérances, des projets, Ils sentent qu'ils sont des objets Fantomatisés par des songes.
D'où leur viendrait-il un secours, Puisque leur volonté s'achève En constatant la fm du rêve A chaque degré de son cours ?
Comme un fruit doué de pensée Qui guetterait obstinément Le graduel enfoncement De la vermineuse percée.
Chacun d'eux, exact à nourrir Sa funéraire inquiétude, Espionne sa décrépitude.
Se regarde et s'entend mourir.