‹ L'abîme (poésie)Chapitre 66 sur 70 · CHANSON D'ERMITE · texte numérisé non relu

CHANSON D'ERMITE

Ainsi va le destin de l'homme :

Rongeur de son végètement,

Il s'y tortille obscurément,

Non moins que le ver dans la pomme,

Philosophe ou bête de somme, 11 additionne ardemment Du vouloir et du sentiment Dont les ténèbres sont la somme.

272 l'abîme.

Sa révolte ou rien, c'est tout comme.

Au fond, a-t-il bien même, en somme, A travers son tâtonnement, La liberté de son tourment?

Et moitié veille, moitié somme, Traîne son aboutissement Entre la voûte qui lui ment Et la terre qui le consomme.

Ainsi va le destin de l'homme.

Visqueusement sortir d'un être Qui vous inocule à foison Ses héritages de poison, C'est naître.

Cet angélisme sans défense Et sans haine contre le mal, Dont il a le germe fatal, C'est l'enfance.

274 t/arime.

Cette chair en effervescence Où déjà le vice en éveil Chuchote un infâme conseil, C'est l'adolescence.

L'expansive animalité, Folle et chaude comme une lave Que bientôt la raison déprave, C'est la puberté.

Cette ambition ivrognesse Dont le verre est toujours béant, Et qui bat les murs du néant, C'est la jeunesse.

Ce sentiment retors et dur Qui se pelotonne si triste Au fond de sa peur égoïste, C'est Vîige mûr.

Cette usure tout d'une pièce Qui se raccroche au souvenir Pour tacher de se soutenir, C'est la vieillesse.

Enfin, regarder s'ôntr'ouvrir Dans une vision livide Le Grand Secret, — peut-être vide? — C'est mourir.

276 l'abîme.

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