‹ L'ablation des tumeurs de l'orbite: Avec conservation de l'œilChapitre 6 sur 46 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Jamais peut-être chirurgie ne fut plus conservatrice que la chirurgie oculaire, et si en chirurgie générale, avec les progrès de la technique opératoire, de l’antisepsie, puis surtout de l’asepsie qui permit toutes les audaces, il y eut une période où pour supprimer une lésion, on n'hésitait pas à sacrifier un organe, en oculistique, au contraire, régna le souci constant de ménager le globe oculaire, au point de vue de sa fonction, toutes les fois qu’il était possible de le faire, même au prix de grandes difficultés, ou du moins, car malheureusement cet optimum n'est pas toujours réalisable, au point de vue esthétique.

Les progrès immenses accomplis dans la prothèse oculaire, la facilité de se procurer des yeux artificiels d’un prix d'achat modique, d’un entretien aisé, d'une tolérance dans un grand nombre de cas parfaite, n’ont pas empêché ies chirurgiens de rechercher sans cesse de nouvelles méthodes, de modifier en les perfectionnant les méthodes anciennes qui peuvent permettre à un malade de conserver son œil avec une nutrition normale, assurée par des connexions vasculaires et nerveuses suffisantes, condition

évidemment nécessaire pour que l'organe, désormais perdu pour la vision, serve au moins à conserver à son

porteur une physionomie, une expression normales.

La question est tout particulièrement angoissante lorsqu'on se trouve en présence d’une tumeur bénigne développée dans la cavité orbitaire en arrière du globe. Souvent elle n'est pas douloureuse, elle peut le devenir, il est vrai à un certain degré de développement, et pour cela, it y a intérêt à en pratiquer l’ablation dès le diagnostic fermement posé, avant qu'elle n'ait pu atteindre un volume trop considérable. Son existence n'est révélée extérieurement que par une exophtalmie quelquefois peu prononcée. Si à ce moment on intervient en enlevant la tumeur, en faisant ainsi disparaître l’exophtalmie dont elle était la cause, mais cela au prix d’une mutilation importante, pourra-t-on prétendre avoir été aussi utile que possible à son patient ? À son avis, ne l’aura-t-on pas fait tomber d’un mal dans un autre. On sait quels inconvénients peuvent résulter pour certaines professions d’une esthétique faciale aussi peu brillante que la rendent certaines opérations ! Ici, comme dans toute la thérapeutique médicale ou chirurgicale, le vieil adage : « Primum non nocere », jamais perdu de vue, ne doit-il pas toujours guider le chirurgien dans la pratique de ses interventions ?

Au début de ce travail, nous passerons en revue les différentes méthodes qui furent employées pour pénétrer dans les parties les plus profondes de l'orbite sans léser le globe oculaire. Entrant ensuite dans le plein de notre sujet, nous consacrerons des chapitres successifs à l’anatomie normale de l'orbite, à la technique de l’orbitotomie marginale préconisée par M. le professeur Rollet, à ses

résultats, à ses indications.

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