ALABAMA
Blé, boisseaux.
Récolte de 1840. . . . 838,052 » 1850. .. . 294,044
Diminution. . . 544,008
lUz, boisseaux.
Tabac, livres.
Tabac, livres.
Diminution. . . 1,023,869 18,543,879
Riz, boisseaux. 51,000 17,261
les yeux des spectacles plus frappants encore que des chiffres :
« Comparez, disait, en 1787, Gouverneur Morris, à la Convention nationale, comparez les régions libres des États du centre, où une culture riche et opulente indique la prospérité et le bonheur du peuple, avec la misère et le dénûment que présentent aux regards les vastes terres de la Virginie, du Maryland et des autres États à esclaves. Traversez tout le continent américain, et vous verrez l'aspect changer continuellement, selon que l'esclavage apparaît ou disparaît. Du moment où vous quittez les États de l'Est et où vous entrez dans le New-York, l'effet devient frappant. Traversez le Jersey et entrez en Pensylvanie, autant de progrès, autant de preuves du changement de régime. Descendez au Sud, et chaque pas, dans ces vastes contrées à esclaves, vous découvre un désert de plus en plus désolé à mesure que s'accroît la proportion de ces malheureuses créatures. »
Soixante ans après, le contraste est plus frappant encore. On connaît celte belle page de M. de Tocqueville, qu'on ne se lasse pas de citer 1 :
« Le voyageur qui, placé au milieu deTOhio, se laisse entraîner par le courant jusqu'à l'embouchure du fleuve dans le Mississipi, navigue, pour ainsi dire, entre la liberté et la servitude, et il n'a qu'à jeter autour de lui
1 II, p. 298. Sur les deux rives, l'air est également sain, le climat tempéré, le sol inépuisable; chacune d'elles forme l'extrême frontière d'un vaste État, à gauche le Kentucky, lequel a admis des esclaves, à droite l'Ohio, qui les a tous rejetés de son sein.
Le Kentucky a été fondé en 1775, l'Ohio en 1787 seulement; le second a déjà 250,000 habitants de plus que le premier.
ses regards pour juger en un instant laquelle est la plus favorable à l'humanité.
« Sur la rive gauche du fleuve, la population est clairsemée; de temps en temps, on aperçoit une troupe d'esclaves parcourant d'un air insouciant des champs à moitié déserts ; la forêt primitive reparaît sans cesse; on dirait que la société est endormie, l'homme semble inactif, la nature seule offre l'image de l'activité et de la vie.
« De la rive droite s'élève, au contraire, une rumeur confuse qui proclame au loin la présence de l'industrie; de riches moissons couvrent les champs, d'élégantes demeures annoncent le goût et les soins du laboureur, de toutes parts l'aisance se révèle, l'homme paraît riche et content; il travaille. »
Quittant la propriété, l'agriculture, la grande industrie, le commerce, si nous demandons aux hommes du Sud quelle part prend le Nord dans les moindres habitudes de leur vie, voici leur réponse :
« C'est un fait bien connu, écrit un homme du Sud , que nous sommes forcés de demander au Nord presque tous les objets utiles ou superflus, depuis les allumettes jusqu'aux navires à vapeur ; que nous n'avons pas de grands capitalistes ni de grands artistes; que le Nord est la Mecque de nos marchands, qui y font deux pèlerinages par an; que nos Bibles et nos balais, nos livres et nos baquets, viennent du Nord; l'encre, le papier, les plumes, la cire et les enveloppes, du Nord ; les souliers, les chapeaux, les mouchoirs, les parapluies et les couteaux, du Nord ; les glaces et les pianos, les jouets et les drogues, du Nord... Au berceau, on nous emmaillotte
dans la mousseline du Nord ; enfants, on nous amuse avec des joujoux du Nord; écoliers, on nous éduque avec des livres du Nord; jeunes, nous allons nous former sur le sol du Nord ; hommes faits, nous relevons nos yeux avec des lunettes du Nord ; vieux, on nous drogue avec des médicaments du Nord; enûn, morts, nos cadavres sont entourés de batiste du Nord, conduits à Ja terre dans des voitures du Nord, mis à la fosse avec une bêche du Nord, couverts d'une pierre du Nord »
Ainsi, de toutes façons, au point de vue économique, le Nord est le plus fort, le Sud est le plus faible.
Mais, si nous envisageons l'influence politique, par un incroyable contraste, le Sud domine, le Nord a le dessous.
En soixante-douze ans (1789-1861), sur 18 élections ou réélections, 1 2 ont porté à la présidence des États-Unis des hommes du Sud, propriétaires d'esclaves; 6 des hommes du Nord*.
À l'élection de 1850, sur 4,049/204 suffrages exprimés, le Nord comptait 2,958,958 suffrages; le Sud seulement 1,090,246. Le Nord avait donné la majorité
1 Helpcr, p. 12.
â 1789. Washington (Virginie).
1797. John Adains (Massachusetts).
1801. Jeflerson (réélu) (Virginie).
1809. Madison îd. id.
1817. Monroe id. id.
1825. J.Q. Adams (Massachussetts).
1829. Jackson (réélu) Tennessee).
1837. Van Buren (New- York).
1841. Ilarrison (Ohio).