COLONIES DE LA HOLLANDE
1° Indes néerlnndalweti.
Les Hollandais, pelils par le territoire, grands par l'histoire et par le caractère, sont un des peuples de l'Europe qui font le plus d'honneur à l'espèce humaine. Ils ont arraché leur sol aux flots de l'Océan , ils l'ont affranchi de la domination étrangère. Habiles dans la navigation, longtemps nommés les routiers de la mer, audacieux, prêts à aller dans tous les temps s'enrichir ou se battre au bout du monde, ils ont su, peu à peu, sans verser autant de sang que les Espagnols en Amérique, ou que les Anglais dans l'Inde, étendre et asseoir leur empire sur les îles vastes, fertiles et peuplées de la Malaisie'.
1 Histoire des établissements hollandais en Asie, par le. capitaine Pubouzet, Rev.col., Î843, p. 137. Le dernier traité qui a garanti aux Hollandais leurs possessions a été conclu avec l'Angleterre le 17 mars 1824.
Là, sous l'autorité du gouverneur général, véritable roi, appuyé sur une petite armée en partie composée d'indigènes et à peine entouré de quelques milliers d'Européens, vingt millions d'habitants 1 forment un empire plus vaste et plus peuplé que le Brésil , et obéissent en paix à l'ascendant d'un petit peuple qui compte à peine trois millions d'hommes. Comme l'a dit M. le baron Dupin, le système colonisateur des Hollandais se résume en deux mots: tolérance religieuse, intolérance commerciale. Ils n'excluent aucun travail, ils ne laissent à d'autres aucun profit. Un système ingénieux , perfectionné par les gouverneurs célèbres Van der Capellen (1816), de Bus (1826), Van den Bosch (1830) surtout, auquel la Hol-
1 Jav;i et Madura 9,584,130
Sumatra 3,430,000
Banca 50,000
Riouw 70,000
Bornéo 1,200,000
Célèbes. . " . 3,000,000
Moluqucs 718,500
Timor. 800,000
BalietLombak 1,205,000
Sur ce nombre, il y a 2 ou 300,000 Chinois. Ce sont les chiffres de 184U (Itev. col, 1852, p. 55.)
D'après le dénombrement de 1855, présenté par M. le baron Dupin', la population serait seulement de 15,506,312 habitants, dont 10,916,158 pour J:iva et Madura. Cette différence lient à ce que le savant rapporteur ne compte pas les vastes régions de Sumatra et de Bornéo, demeurées ou redevenues indépendantes. Célèbes est plus grand que Java, Sumatra est plus étendue que les iles Britanniques. Bornéo égale en surface l'empire d'Autriche. On sait qu'un Anglais, qui a pris le nom de Rajah Brooke, a fondé à Bornéo un État indépendant que l'Angleterre u'a pas encore accepté.
* Rapport à la commission de f Exposition KHhersflle, 1850, p. 280.
lande doit d'avoir vu le commerce de Java et sa population doubler en trente ans, frappe tous les habilants d'un impôt de travail au profit du gouvernement, qui a succédé en 1795 à l'ancienne Compagnie des Indes. Les chefs et princes indigènes en sont, dans chaque dessa, les percepteurs, et le travail, au lieu d'être regardé comme le fait des Hollandais, semble à la population être celui des anciens souverains, propriétaires du sol, aux termes du Coran. Toutes les denrées sont achetées par le gouvernement à un tarif convenu, puis il les vend aux agents d'une société de commerce (Handel-Maatschappy), fondée en 1819, renouvelée en 1849, qui, à son tour, les transporte dans les ports hollandais par des bâtiments construits en Hollande et montés par les Hollandais, les vend sur les marchés hollandais et reporte aux Indes des produits hollandais.
Assurément, cette série de privilèges et de monopoles rencontre des objections et engendre des inconvénients ; fort attaqué, le système paraît toucher à sa fin'. Mais, après tout, il a produit d'immenses effets. Des terres qui seraient restées sans culture ont été cultivées. La production a suivi un progrès incroyable; du principal produit, le café, on exportait 8,000,000 kilog. en 1790, et en 1840, 70,240,000 kilog. Le bénéfice de tousa augmenté. La civilisation européenne a fondé des villes magnifiques .
1 Ê at de la question coloniale en Hollande, par le professeur Ackersdyck, Ulrecht, 1861.
Par une loi du 8 août 1850, le monopole de navigation a été diminué. Une ordonnance du 51 mai 1 858 a ouvert seize ports au commerce général. (Hev. col., 1850, p. 313, art. de M. Jonquières.)
La Hollande donne le spectacle de colonies qui enrichissent la métropole1. Enfin elle a trouvé le secret, rencontrant des hommes indolents sur un sol fécond, de les soumettre au travail sans les soumettre à l'esclavage. Les indigènes sont les débiteurs du gouvernement, ils ne sont les serviteurs de personne.
Il s'en faut que le sort de ces hommes soit enviable : le Hollandais regarde l'indigène comme d'une race inférieure ; il le laisse dans les liens d'un mahométisme grossier, ii ne lui donne pas, comme l'Espagnol à l'Indien dos Philippines, sa foi, ses mœurs, des franchises municipales. Le Javanais est accablé d'impôts, travail extraordinaire, travail ordinaire, corvée (adat ou hcerendienst), culture des champs, impôt foncier, patentes, «droit de consommation, de pesage, d'exportation du café •et du poivre, droit de transbordement, droit d'ancrage, droit d'entrepôt, droit d'enregistrement, droit sur le bois, sur l'or, sur les successions, sur les chevaux et voitures, sur les ventes, sur les procédures, etc. Le gouvernement a le monopole du sel, le monopole des ventes publiques, le monopole de Fétain de Banca, le monopole des nids d'oiseau mangeables, le monopole du commerce du Japon, le monopole des terrains, le monopole de la poudre. Contribuable, taillable, corvéable, le Javanais ou
1 M. Dubouzet évalue le bénéfice net, en 1838, <le Tile de Java, à 23 millions de florins, (/fcv. col., 1843, p. 163.) V. aussi la même Revue, 1859, p. 56, et 1859, p. 309. En 1839, Java, par l'envoi de 22 millions de florins, a sauvé la mère patrie de la banqueroute. En 1840, Java produisait trois fois autant de sucre que les Indes. En 1856, le mouvement des importations et exportations louchait 300 millions, et le tonnage 400,000 tonnes dont 500,000 sous pavillon hollandais.
l'habitant des Célèbes n'est pas un être heureux; il se révolte souvent; pourtant il n'est pas un esclave, son labeur n'est pas sans salaire, et le soir, après son travail, il ne se dit jamais : je serai vendu demain.
Il peut même, s'il est trop opprimé, quitter son village, et la dureté du chef est ainsi tempérée par la crainte du déplacement, droit que n'avait pas le serf russe1.
Cependant, si les Hollandais n'ont pas réduit en esclavage les indigènes de leurs possessions des Indes, elles ont, jusqu'aux dernières années, renfermé d'autres esclaves.
L'esclavage était dans les mœurs de la population de l'archipel indien8 avant l'établissement des Européens; sa conversion violente au mahométisme n'y avait rien changé; cette population possédait soit des esclaves domestiques, lesquels n'étaient pas vendus, soit des étrangers} prisonniers de guerre ou pris sur nier, et qui étaient un objet de commerce, soit enfin des débiteurs ou pandelingen, qui se mettaient eux-mêmes en gage pour l'acquittement de leurs dettes. Toutefois, peu à peu le travail libre avait pris le dessus, les habitants étant assez nombreux pour que la contrainte fût inutile, et l'on croit qu'il n'y avait plus d'esclaves à Java quand les Européens s'y établirent. Ceux-ci eurent des esclaves par luxe et par habitude plutôt que par nécessité. A l'exception de quel-
1 Ihipin, loc. cit., p. 556.
1 Les détails <|iii vont suivre sont en partie empruntés à tics articles extrêmement curieux du Moniteur des Indes Orientales de la Ilaye, reproduits dans la Revue coloniale, 1847, XI, p. 178, et XIII, p. 9*.
1 Lorsque l'Anglais William Marsdcn visita Sumatra [Voyage, t. H, ch. xm, p. 54, 1792). il \ trouva cependant l'esclavage, tuais assez doux, elle roi dWchem gardé par def femmes esclaves années.
ques noirs de la Nouvelle-Guinée, ces esclaves étaient de la même race que l'immense majorité de la population indigène ; affranchis, ils se mêlaient sans peine avec elle; esclaves, ils n'étaient guère moins dépendants qu'elle; ils n'avaient pas à souffrir de cette inégalité marquée sur la peau qui pèse sur le noir, même après son émancipation.
En outre, les fondateurs des colonies néerlandaises paraissent avoir été animés de sentiments religieux et humains ; car des documents anciens qui portent le reflet évident de règles de l'Église catholique plus anciennes encore, interdisent à des chrétiens de vendre des esclaves chrétiens à des païens, à des musulmans ou à des juifs; la foi agit ainsi là où le sentiment d'une commune origine est effacé; les maîtres chrétiens sont invités en outre à traiter les esclaves non haptisés comme leurs propres enfants pour les convertir au christianiwie\ et les maîtres non chrétiens sont obligés à laisser instruire dans la foi leurs esclaves, et même, s'ils se convertissent, à les céder à des maîtres chrétiens au taux fixé par les autorités, sorte d'expropriation pour cause de religion prononcée à une époque où l'expropriation pour utilité publique n'était pas encore inscrite dans la loi. De nombreuses mesures (1754, 1777, 1780) protègent les esclaves chrétiens, ordonnent de les instruire, de les bien traiter, défendent de les vendre; ainsi, considérés comme membres de la famille, les esclaves chrétiens se sont peu à peu élevés jusqu'à la liberté sous la garde de la religion, et depuis longues années on ne connaît plus un seul esclave
* 4 mai 1622.
chrétien dans les Indes hollandaises, ce qui prouve à la fois que tous les chrétiens sont devenus libres et qu'on s'est gardé de convertir les autres, de peur que la conversion ne les émancipât.
Depuis une époque également fort éloignée (1688) la traite avait été interdite; un recensement des esclavesavait été prescrit, les ventes ne devaient plus être opérées (1669) que par-devant les officiers publics; les prisonniers faits dans les guerres ne devaient pas être réduits en servitude (1784).
Mais, de même que les bonnes intentions des premiers colons en faveur des esclaves chrétiens avaient abouti à tenir les esclaves en dehors de l;i foi, par celte loi fatale qui condamne la servitude à empirer, tant qu'elle dure, bien loin de s'améliorer, la traite des esclaves, soit noirs, soit surtout orientaux, punie de mort en 1710, n'était plus frappée que d'une amende en 1722, et il fallait, en 1 782, prendre des mesures contre l'excessive importation (Vesclavex. La race nègre, conformément à une autre loi qui frappe la servitude de stérilité, s'est bientôt éteinte ou fondue dans la race indigène; on ne la retrouve plus. Les esclaves orientaux ont diminué de nombre. Le gouvernement ne s'en servait plus que pour recruter l'armée en 1808 ; pas un seul n'est mentionné dans 1 inventaire des établissements, lors de leur remise aux Anglais en 1811; ceux-ci y aboi issent la traite et y favorisent la formation d'une société, Java bencvolcnt institution, d'abord uniquement vouée à la répression de ce trafic, mais ensuite à l'adoucissement du sort des esclaves, et enfin, sous un nouveau nom , Jacaansch menschlievend ge-
nootschap, à l'abolition totale de l'esclavage. C'est sur l'initiative de cette société que fut rendu le règlement de décembre 1818 qui déclara libres les esclaves qui n'auraient pas été enregistrés dans un délai déterminé, et que fut préparé un projet do loi, en date du 24 décembre 1825, qui affranchissait les enfants à naître des esclaves et plaçait ces derniers sous la protection de la justice. Par malheur, la difficulté de régler Ja question d'indemnité ajourna l'approbation royale. On paraît avoir préféré s'en remettre au temps, qui diminue rapidement le nombre des esclaves, et aux bonnes dispositions des maîtres, qui, en effet, regardent leurs esclaves comme des domestiques : ils en font ordinairement des cochers, des cuisiniers, des nourrices, des femmes de chambre, et ils leur accordent souvent le bienfait de l'émancipation auxquels ceux-ci tiennent tant, malgré la douceur relative de leur sort, qu'on les voit demander à leurs maîtres au moins la grâce d'être enterrés comme des hommes libres.
En treize années, de 1850 à 1843, le nombre des esclaves au-dessus de huit ans, d'après le revenu de l'impôt {lluofycld derSlaven)a diminuédepn s de moitié, savoir :
En 1 830 20,680
En 1843 9,907
A Patavia seulement, il y avait' :
En 1780 17,000 esclaves
En 1824 12,419
En 1841 5,040
Ajoulonsque l'usage de se mettre en gage, pandelingen,
« M. Dupin, p. 300.
a été supprimé par un règlement de 1818 à Java, de 1858 à Sumatra.
On supposait qu'il n'y avait plus en 184G qu'environ 8,000 esclaves, et le gouverneur, M. Rochussen, défendit à cette époque d'en employer aux travaux de l'État. Depuis, le nombre a sans doute encore diminué.
En résumé, l'esclavage, dans les Indes néerlandaises, est une domesticité abusive, mais décroissante, une affaire de luxe ; il n'a rien de commun avec le travail des champs, rien d'utile à la production. Son histoire est néanmoins la preuve que, même inutile, la servitude est sans fin; même mitigée, elle est sans progrès; elle est semblable à ces herbes opiniâtres qu'on coupe inutilement, et qu'il faut arracher jusque dans la dernière racine si l'on ne veut pas qu'elles repoussent.
Par une loi du 2 septembre 1854 (art. 115), le gouvernement a pris ce parti généreux. L'esclavage est aboli à partir du 1" janvier 1800, dans les Indes néerlandaises.
Si la Hollande n'a pas d'esclaves dans ses grandes colonies, elle en a dans ses petites, elle en a dans ses possessions d'Amérique et d'Afrique, dans la colonie de Surinam ou la Guyane, dans les petites îles de Curaçao, Saba, Saint-Eustache , Aruba, Saint-Martin, qui font partie des Antilles, enfin dans ses comptoirs de la côte orientale d'Afrique, Saint-Georges-d'Elmina, Axim-Boutry, etc.
2* Guyane.
Plact'e entre la Guyane française et la Guyane anglaise, plus vaste que chacune d'elles, colonisée peut-être parles Français (1654), puis par les Anglais (1650), ensuite par les juifs chassés d'Espagne et de Portugal, enfin par les Hollandais ( 1 667), qui l'ont perdue et recouvrée trois fois 1801, 1804)', la Guyane hollandaise ren-
fermait, sur un espace de 2,800 milles, au commencement de 1859, 52,922 habitants, savoir : 15,959 habitants libres; 56,965 — esclaves;
256 — émancipés, sans parler des Indiens, dont la maladie, l'ivrognerie, la misère, diminuent peu à peu le nombre, et d'environ 8,000 nègres marrons ou Bosch, qui paraissent aussi en décroissance.
En 1854, le nombre des esclaves était de 58,545, dont 528 au gouvernement*;
En 1845, le nombre des esclaves était de 43,285*, et celui des libres de 9,71 2 ;
1 M. de Jonquièrcs, liev. coi., 1859, p. 323. * M. Vidal de Lingeudes, Rev. col., 1846, p. 3.
3 Sucre 18,438
Café 5,405
Cacao 837
Coton 4,742
ltomcsliques cl artisans. . . 5,531, etc.
(Staats commissiez lr* partie, p. 95.)
En 1835, il (Hait de 51,629l, et celui des libres de 8,462.
Ainsi, en vingt-cinq ans, pendant que la population libre doublait, la population esclave diminuait de plus d'un quart. Or cette diminution nVst pas due aux «f ranchissements, car la statistique de 1859 nous indique un nombre humiliant pour l'humanité , 256 émancipés'. Elle n'est pas due à l'extinction de la traite, car cette extinction est antérieure aux dates que nous avons choisies depuis le traité du 4 mai 1818, la Hollande a renoncé à ce trafic, et, au moins depuis 1 827, elle a été fidèle à ses engagements. D'après le témoignage des documents officiels, aucun fait de traite sous pavillon hollandais n'a été signalé depuis lors, el les commissions mixtes, formées à Paramariboetà Sierra-Leone, pour en connaître, ont cessé de fonctionner. La diminution de la population esclave, enfin, n'est pas due au climat, car les blancs en souffrent plus que les noirs, et cependant ils augmentent.
Elle est due toute entière à l'esclavage; c'est une loi que, dans tous les pays à esclaves, les décès l'emportent sur les naissances. A Surinam, de 1859 à 1845, il est né 5,947 esclaves, il en est mort 10,406'. Un fait spécial établit encore que ce phénomène affligeant n'est pas dû au climat. Dans les deux districts florissants de Nickerie, où les esclaves paraissent être mieux traités qu'ailleurs, parce que les maîtres habitent leur plantage au lieu de la confier à un administrateur, les naissances surparsent
1 M. Vidal de Lingemles, article cite.
* De 1845 H 853, 2,158, s'il faut en croire le Rapport de 1855, p. 97, 8\ s M. Vidal de Lingcr.dcs, p. 25, annexe n° 5.
les décès, « fait remarquable dans une seule et même colonie où le climat ne présente aucune différence'. »
Ce fait de la diminution de la population uoire par l'excès constant des décès sur les naissances n'est pas contesté. Il est établi aussi bien en 1 824- 2 qu'en 18455, qu'en 1848, qu'en 1860, aussi bien par les documents officiels que par le» documents étrangers.
Est-ce donc que les esclaves sont mallrailés?
On répond, comme partout, que les lois ont pris toutes 'es précautions exigées par l'humanité. Mais ces lois ne sont pas douces, et, de plus, elles ne sont pas exécutées.
Elles ne sont pas douces.
Le Code noir de Surinam est une ordonnance du gouverneur messire Wolphert Jacob Beeldsnyder Matraas, en date du 31 août 1 784 '. Elle énumère et punit tous les délits commis par les régisseurs et économes de manière à donner la plus triste idée de ces déplorables mandataires des Hollandais ou des Anglais, maîtres lointains qui. boivent et mangent tranquillement à distance le revenu du travail imposé à des esclaves qui ne savent pas même leur
1 De geboorte overtnlt ilaar de slerfte. Hit is merkwaardig in eene en dexelfde kolouie, waar liet kliinaat geene virscheidenbeid aanbiedl. Qpmerkinyen omirent de Stnven in de Knlonie Suriname te emanciperen. La Haye, 1848.
i .Notes de M. Ze4ji, ingénieur de la marine, sur les colonies de Surinam, el de Itémérurv, mars 1824.
* bydragen tôt de kennù der colonie Suriname, par M. Lans, 1842. cité dans le Contemporain, journal hollandiis, 16 février 1845, el à la suite d'une yole sur la fondation d une nouvelle colonie dans la Guyane française, Didol, 1844, p. 189.
* Le texte a é:ê publié par M. Vi la! de Linge hIps. \ la suite de <on remanucilile rapport, f\e vue coloniale, 1840, p. 28.
nom. Elle tempère la rigueur des châtiments infligés aux esclaves par les prescriptions suivantes :
Art. 13. — Aucun régisseur, économe ou intendant, prépost's ;mx provisions, aucun blanc, quel qu'il soit, ne | oiirra se permettre des menaces ou des repioches accompagnés de paroles décourageantes.
Bonne disposition-, mais où est la sanction? Le texte continue ainsi : [ls infligeront... quoi? ils? c'est-à-dire tout régisseur, économe, intendant, tout blanc, (fitcl qu'il soit, aura le droit d'infliger des punitions? lesquelles?
.... Us infligeront, en cas de besoin, des punitions sans danger aux esclaves, sans qu'il leur soit permis de laire usage du bâton dans les châtiments, ni de leur faire subir le supplice appelé spanch-booky ou la punition des baguettes. Il leur sera permis seulement de se servir d'un fouet, conformément à la coutume du gouvernement; mais il est bien entendu que les punitions infligées par un régisseur ou autre . agent salarié blanc à un nègre ou à une négresse seront appliquées par uii commandeur nègre et ne pourront dépasser le nombre de vingtcinq à cinquante coups.
Puis l'article continue :
. ..Selon que les circonstances Vexigeront, les coups pourront être portés jusqu'à quatre-vingts coups ordinaires, applicables sur le bas du corps, et sans que l'individu soit lié, si ce n'est contre un poteau ou un pieu, debout, et suis qu'il soit permis de trousser les vêlements de l'esclave *, ou de le hisser au-dessus du sol.
Nous voulons que toutes les autres punitions plus sévères soien t
* L'esclave a-t-il des vêtements? L'art. 17, al. 2, se borne à ces mots : ... Il est recommandé de donner aux esclaves îles vêtements convenables, pour couvrir leurs parties sexuelles, et de leur fournir des draps de lit...
infligées par les administrateurs ou les propriétaires eux-mêmes, ou sur un ordre écrit d'eux. Il est défendu également à tout blanc de meuaierun esclave avec une arme à l'eu, uncépéeou un sabre, et plus enccic dVn faiie usage, sinon dans le cas absolu de légitime défense, sous peine de 500 florins, au profit de qui de droit...
Est-ce au profit de l'esclave? Nullement. Aux termes de l'art. 1er, moitié de l'amende revient au fiscal, ou magistral, moitié aux pauvres.
... Si les maîtres sont coupables de mauvais traitements habituels et excessifs envers un esclave, à quoi sont-ils condamnés? A le vendre, voilà tout.
Si l'esclave a été mutilé ou estropié, le fiscal entamera la procédure , dételle manière qu'il le jugera convenable.
A ht. 15 —En ce qui touche les nègres voisins qui viendraient sur les plantations.... ceux que Ton surprendrait volant des comestibles ou autres objets, on devra les interpeller, el s'ils ne veident pas s'arrêter, il sera permis, quand on ne pourra les rejoindre ou les saisir, de tirer sur eux avec du gros plomb, mais seulement sur le bas du corps.... Si l'esclave est tué par malheur, ceux qui auront tiré ou donné l'ordre de tirer, seront obligés de justifier leur conduite. le tont, sous peine, en cas de contravention prouvée, d'être actionné par le fiscal, suivant que les faits delà cause l'exigeront, sans préjudice de hxtion de la partie civile.
Sans doute, l'ordonnance recommande de prendre soin des esclaves malades (art. 1 7, al. 1"), de regarder comme un objet principal la nourriture des esclaves, que l'on doit considérer comme l'âme de la plantation (art. 17, al. 2e), et, dans ce but, de leur fournir du sel, des pipes, du tabac, et au moins une fois l'an un peu de poisson ou
. quelque chose de la sorteî et une fois par quinzaine au moins un panier de fruits ou bien quatre régimes de bananes, eu rendant responsables les esclaves si les champs destinés à leur nourriture ne sont pas cultivés; ou les maîtres, si les esclaves établissent que ceux-ci ne leur accordent pas le dimanche pour les cultiver... On aura soin d'ailleurs de mieux nourrir les blancs employés (art. 18), afin d'inspirer aux esclaves un respect salutaire pour les serviteurs de moindre rang.
Au moins celte ordonnance a-t-elle été exécutée?
Elle avait été faite, le préambule l'indique, pour renouveler des dispositions antérieures, toujours inobservées, une proclamation de 1759 du môme gouverneur, un acte de i 749, un autre acte de mai 1 725, un premier acte du 9 mai 1686;.... des plaintes retentissent comme par le passé, dit l'ordonnance de 1784, et même ces plaintes augmentent tous les jours.
En 1799, le gouverneur Fridérici est déjà obligé de rappeler, par une proclamation du 14 janvier, et de renforcer l'ordonnance, la conduite des régisseurs étant absolument contraire à ses prescriptions.
En 1817, le gouverneur Cornelys Rynhard Vaillant publie une nouvelle ordonnance, considérant que les preseri plions des anciennes sont négligées de plus en plus, qu'o n les comidère même comme non existantes, . . . notamment quant à l'obligation de fournir aux esclaves des terrains;! vivre, « afin de prévenir (art. 12, 3°), avec la bienveillance de Dieu, tout besoin de nourriture pour l'avenir, besoin qui s'est fait grandement sentir par l'oubli de précautions salutaires durant cette année. »
Nouvelle ordonnance, le 1er janvier 18*26, pour près- • crire l'enregistrement des esclaves, suivie d'une loi du 25 mars 185:2 sur les affranchissements et d'ordonnances locales très-nombreuses1.
En 1842, le gouvernement hollandais prépare un règlement qui déclare l'esclave une personne, apteà posséder des meubles, à se marier, à se racheter, à s'instruire.
En 1851, le 6 mai, un nouveau règlement est publié; un aulre en 1856*.
En 1 860, on en est encore au même point .
Comment, en effet, toutes ces lois seraient-elles exécutées? Où est la surveillance? où est la sanction? où est surtout la pitié? dans quels cœurs vit-elle encore? Quoi! voici un brave gouverneur, l'au,teur de l'ordonnance de 17 .M) et de colle de 1784, plein d'expérience, puisqu'il est en fonctions depuis vingt-cinq ans, plein d'intelligence et d'équité, car il écrit en tête de la seconde ordonnance : « Le devoir nous prescrit de mettre l'état d'esclavage en harmonie avec les principes de l'humanité et de rendre cet état aussi supportable que possible, et on a le droit d'attendre de pareils sentiments des maîtres d'esclaves, d'autant que leur propre intérêt le leur commande... » Or, animé de si bonnes intentions, ce messire Beeldsnyder Matraas permet de fouetter vingt-cinq coups, même quatre-vingts, même davantage, et de tirer à gros plomb l'esclave qui a volé une banane! S'occupe-t-il du jardin
1 Rapport sur la colonie de Surinam, par le comte de Castelnau, cap^ taine de vaisseau, 1847, Rev. col., 12, p. 389-391.
* La colonie de Surinam, par M. Favart, Rev. col., novembre I8ÔÎJ, p 154.
«t de la case de l'esclave? non ; de son rachat? non ; du mariage? non; de l instruction? non; de la religion? «on.
Et vous espérez que la voix de l'humanité parlera plus haut, à la conscience de ces régisseurs, de ces intendants, .que l'ordonnance de 1817 nous représente (art. 10) comme souvent renvoyés pour incapacité notoire, ou pour ï indécence, la négligence ou l'immoralité de leur conduite?
Attendez-vous davantage de la pitié ou de l'intérêt des maîtres? Vous avez raison, et le fait que nous avons cité, 4a diminution de la mortalité dans les districts de Nickerie, tient à ce que les propriétaires habitent leurs plantages plus habituellement que dans les districts de Commewyne, de Maltapica, de Para, Cottica, ou dans les forêts •deThorarica et de Saramaca. Le proverbe : rien ne vaut l'reil da maître existe en hollandais eomme dans les autres langues : « het oog van den meexler maakt het paard /Vf1. »
Mais où sont la plupart des maîtres? À Londres ou à Amsterdam.
Lisez dans l'admirable étude de M. Vitet sur l'école de peinture hollandaise*, étude qui est elle-même une des meilleures pages de l'école de littérature française, lisez ■dans cette appréciation d'un noût si juste, si fin, et si
« A la suite de la Note de MM. Zéni, clc, on trouve le compte de deux habitations, p. 108. L'une rapporte 400 florins par tète d'esclave, l'autre 580 fl.; la première est dirigée par les propriétaires, la seconde par des gérants.
4 Revue des Deux-Mondes, 15 avril 1801. p. 790.
2»».4 LKSCLAVAGt:.
pur, la «losci iption ou plutôt la gravure écrite de deux des grandes toiles du musée d'Amsterdam. Dans 1 un, le tia)njuchle Van der llclst (1648), « voilà ces hardis commerçants qui tiendront tête à Louis XIV; vous les voyez ces loups de mer, vous leur parlez; ils sont là, en habit de gala, rudes et simples comme dans leurs comptoirs, comme sur leurs navires. Que de bon sens, que d'énergie, quelle gravité, et au fond quel orgueil sous cette gaieté rubiconde! » Dans l'aulre, \essyiulicsde Rembrandt (1661), cinq marchands d'Amsterdam en séance autour d'un lapis rouge, chapeau de feutre à larges bords sur la tèle, vêlements de drap noir, grand collet de chemise uni el rabattu. Ces loups de mer, ces marchands qui boivent ou discutent dans le coin d'un cabaret ou dans une salle du Slaalkof en Hollande, voilà les fondateurs de la Guyane, voilà les maîtres de ces esclaves qu'on hisse de terre pour les fouetter, de ces femmes qu'on trousse pour les faire passer par les baguettes pendant la durée d'un siècle (1667-1 784), puisqu'une ordonnance est nécessaire pour réprimer explicitement ces abus.
Franchissez soixante-dix années. A La Haye, que de progrès! q ue de prodi ges accom pl is pa r ces bou rgeois toujours énergiques, sensés, rudes et simples, habiles administrateurs de leurs cités el de leurs fortunes! A Surinam, au contraire, même régime des esclaves en 1 854 qu'en 1 784, qu'en 1 759, qu'en 1686, et l'affreuse gravure d'un livre extrêmement curieux, sorte d'Oncle Tonis calrin de l'Amérique hollandaise, nous montre une femme entièrement nue, pendue par les bras à deux poteaux, les pieds fixés par un lien qui part de terre, et recevant sur son
LA IIOU\N[)i;. -2.:5
corps tendu les coups d'un martinet à neuf branches tenu par un vigoureux nègre, sous les yeux d'une créole éléganle et sourianle1.
Je crois et je me haie de dire que les v iolences excessives sont rares, mais la situation est plus forte que la législation. On voudrait gtrder les enfants à leurs mères, mais la gêne force à les séparer*. On voudrait bien nourrir et bien vêtir les esclaves, mais l'avarice, la négligence ou la pauvreté mènent à les laisser souffrir, et l'ordonnance de 1817 l'atteste8. On voudrait bien ne pas imiter les grossiers procédés des Américains, mais, quand les esclaves prennent la fuite, il faut bien aller à la chasse et employer des patrouilles d'autres nègres , de nègres bosch, que l'on paye pour dépister et appréhender les fugitifs*. On voudrait bien évangéliser ces esclaves, et les Frères moraves s'en occupent. Mais ces Moraves euxmêmes ont des esclaves; leur parole sans culte agit peu, el leur exemple agit davantage, aussi bien que celui des maîtres, peu dévots en général, dans celle vie qui est une continuelle tentation de dureté ou de mollesse. Aussi des observateurs peu suspects de sensibilité ou d'exagération s'expriment ainsi5 : « A Surinam, on laissa les noirs entièrement libres sur l'article de la religion, plusieurs même exercent la religion de leur pays6. » On voudrait
1 Slavcn m Yrijen onder de JSedtrlandsche Wet, nitj.<even door W W R. Van lloëvell, 1854, 1er volume, |>. 97.
2 lbid.t ch. n, Moeder en Kind.
* Ibid., ch. vi, ix.
4 2* vol., ch. vu, Wegloopers en Bosckpatrouilies.
5 yoles de MM. Zéni (1824), Solcau, Lagrange (1854), \: 47».
6 Van Hœvell, 11, ch. vi, p. 1)6, de Godsdimsl.
266 l/ESCLAVAGK.
«nfin ne pas battre les esclaves, et la loi, la pitié, l'intérêt le défendent ; mais, écrivent les mêmes témoins, « il y a des lois établies pour les punitions infligées suivant les fautes, mais on n'y tient guère la main; chacun agit à peu près comme il veut. »
Il en est ainsi jusqu'au moment où le gouvernement, voulant enfin agir d'une manière efficace, intervient, lîxe les heures de travail, ou bien interdit le transport et par conséquent la vente d'une habitation à l'autre1. Dans ce cas, la tutelle du gouvernement finit par paraître intolérable aux propriétaires, en sorte que le régime d'une colonie à esclaves aboutit toujours à l'arbitraire des maîtres sur les esclaves, ou bien à l'arbitraire du pouvoir sur les maîtres.
Sous ce régime, la prospérité matérielle de la colonie est-elle1 en décadence?
Les fondateurs de Surinam ont été dignes de leurs compatriotes; ils ont, par détonnants travaux, conquis cette terre sur la marée et sur la pluie, ils ont fait sortir des eaux une vaste étendue de terrain qui s'étend du Maroni à la rivière de Demerari, et formée d'une vase bleue, recouverte d'une couche épaisse de fumier végétal, porte avec abondance la canne et le coton, le café et le cacao, et à peu près tous les produits que la main de l'homme lui confie. On prétend qu'à la fin du dernier
! M. de Castelnau cîfe les résistances contre cette règle, imposée en 1X46 par le gouverneur Van Radcrs, loc. cit., p. 375.
Comme dans tons les pays à esclaves les lois sont aussi nombreuses «me stériles. Le rapport de la Commission de 1853, 1" partie, p. 15, rite onze lois ou règlements de 1818 h 1853.
siècle, 80,000 esclaves, distribues sur 600 établissements, produisaient annuellement une valeur de 40,000,000 fr. <le denrées l. On n'y comptait plus, en 1845, que 102 sucreries, 1 16 caféicries, 41 cotonneries, 2 plantations de -cacao, 4 d'indigo, 40 exploitations de bois, produisant au total 3,502/218 fr.1 Depuis que la Guyane française et la Guyane anglaise ont traversé la crise de l'émancipation, la Guyane hollandaise en a peu profilé. L'exportation du sucre, qui était en 1815 de 20,787,966 livres, et en 1849 de 31,421,202, n'est en 1857 que de 31,806,993 livres, presque la même3. En 1824 comme en 1834, en 1845 comme en 1849, tous les observa leurs déclarent que l 'agriculture est arriérée, les procédés imparfaits, les machines nouvelles presque inconnues, et les comptes présentés par plusieurs d'entre eux montrent le revenu netsansgrand progrès. Enfin, aujourd'hui comme alors, Jes colons se plaignent, et leurs doléances se résument dans cette phrase d'un écrit déjà cité : la situation de Surinam est mortellement malade, Suriname1 h tœJsland is <londehjk krank*.
L'histoire de tous les peuples qui ont des esclaves est <lonc falaîement toujours la même; en fait, misère morale et matérielle; en droit, l'arbitraire; en résultat, la routine ou la décadence : mêmes conséquences, mêmes efforts, mêmes procédés, on peut ajouter : mêmes arguments.
• M. Favart, p. 158.
1 M. Vidal de Lingendes.
3 Rapport do M. Dicudonnc, Rev. col., 1850, p. 206. — M. Favart, Ibid., - 1850, p. 166.
4 Opmerkinyen, p. 82.
M. Van Hœvell 1 a pris la peine de relever lous les ai gu mon Is allégués par les partisans de l'esclavage en Hollande. Ils se réduisent toujours à ceci :
Les noirs sont une race inférieure. — Ce n'est pas une raison pour les ré luire à un état qui les dégrade encore plus et s'oppose à jamais a leur élévation.
Ils seraient tués ou opprimés en Afrique, s'ils n'étaient pas esclaves en Amérique. — Au lieu d'un crime chez les païens, un autre crime chez les chrétiens.
Ils sont brutaux. — Et les maîtres? Et les intendants? El les surveillants?
Ils sont paresseux. — Quel intérêt ont-ils à travailler? La paresse est leur seul bénéfice. Tout homme est paresseux, et l'espoir de posséder et de transmettre le fruit de notre travail, est le seul aiguillon qui triomphe de notre paresse native
Ils sont plus heureux qu'ils ne seraient en Afrique, ou que ne sont beaucoup d'ouvriers libres en Hollande. — Améliorez le sort des Hollandais. Mais consultez les esclaves sur \our bonheur! Et pourquoi parler de bonheur? l a liberté est une question de justice.
Pas d'esclavage, pasde colonie. — En d'autres termes : si 40,000 hommes esclaves ne reçoivent pas de coups de fouet, 200 planteurs ne recevront pas de revenus. Y at-il égalité entre les deux maux, s'il fallait choisir?
On allègue, comme un argument spécial à la Guyane hollandaise, l'exemple des nègres libres, marrons ou bas h, au nombre de plusieurs milliers, qui vivent dans
« T II, ch. vin, p. 210. Verdedigers der Slavemij.
l'oisiveté, résistent à l'évangélisation , ne se civilisent pas, et préfèrent la vie sauvage à la vie régulière. Mais qu'ont-ils dans le souvenir? l'esclavage; qu'ont-ils devant les yeux? l'esclavage. Sous quelle forme le travail se préscnte-t-il à eux? sous l'image d'un noir bal lu par un blanc. Sous quelle forme la liberté s'offre-t-elle à leur vue? sous l'image d'un blanc qui ne fait rien. <> qu'ils voudraient, ce n'est pas être libres, c'est être maîtres, avoir des esclaves à leur tour et ressembler aux blancs, qui font travailler et ne travaillent pas. Quoi ! vous vous étonnez que les b 'sch fuient les villes et demeurent oisifs? Ils craignent votre compagnie et ils suivent votre
exemple.
A ces noirs libres au sein de l'esclavage, fuyant comme les Indiens et redoutant les blancs, sous l'empire d'une rancune secrète et d'une défiance instinclive,il faut opposer les populations affranchies de la Guyane anglaise et de la Guyane française. Nous l'avons montré1, dans ces deux colonies, un nombre considérable de travailleurs a déserté la grande culture, mais si l'on compare le travail de ceux qui s'y consacrent encore avec le travail des esclaves de Surinam, on trouve que si 100 esclaves fournissent 37 journées de travail, 100 individus libres en fournissent 54; le nombre des ouvriers a diminué, le produit du travail d'un ouvrier libre l'emporte d'environ dix-sept pour cent sur le produit du travail d'un esclave*.
«T. I, II etliv. II
* Cotte comparaison a été faite, et appuyée sur des tableaux stati^tiqu» s, par M. le lieutenant de vaisseau Dîeudonnc, août 1850. {Bev. col.. 1850, p. 299, 300.)
Les faits el les raisons commencent à approcher de ce point, où la théorie et la pratique étant de plus en plus d'accord, une réforme peut être opérée sans danger. En effet, l'abolition de l'esclavage a été, depuis plusieurs années, mise à l'ordre du jour par le gouvernement hollandais.
Mais, avant d'indiquer où en est la question, disons quelques mots des autres colonies à esclaves moins importantes.
5» Antilles hollandaises.
La Hollande possède dans la mer des Antilles : 1° Dans les Iles sous le Ven t :
Curaçao, île de 762 milles carrés de superficie, avec la ville de Willemstadt pour capitale et les petiles îles de Bonaire (450 milles) et d'Aruba (363 milles) pour dépendances. Ces îles sont catholiques.
T Dans les petiles Antilles :
Saint-Eustache, qui a 3,712 milles carrés, Sabaet une parlie de Saint- Martin, l'autre partie élant possédée par la France qui a, sur ce point du monde, comme autrefois en Europe, la Hollande pour voisine, et lui a rendu ce territoire, après l'avoir repris en 1794 aux Anglais, par la main de Victor Hugues.
Curaçao renferme environ 16,830 habitants, dont 7,189 étaient esclaves1, le 1er janvier 1854, savoir:
1 Tweede liapport derStaats commissie, 1856, 2' partie, p. 6.
Hommes. . . . 3,428 Femmes. . . . 5,761
(>0 appartiennent au gouvernement. Il y a eu, de 1 844 à 1854, 870 affranchissements.
Bonaire a 2,539 habitants, dont 769 esclaves (5(M hommes, 408 femmes), 05b* appartenant au gouvernement.
Aruba, plus petite et plus stérile, contient 3,201 âmes> dont 532 esclaves (151 hommes, et 181 femmes).
Saint-Eustache a 1,856 habitants, dont 1,071 esclaves (528 hommes, 545 femmes).
Saba, la plus petite des îles hollandaises, qui est plutôt un pic qu'une île, renferme 1,709 habitants, dont 649 esclaves (505 hommes, 546 femmes).
A Saint-Martin, les esclaves, au nombre de 1,000 à 1,200, sur 2,790 habitants, ont dû être affranchis à la suite de l'émancipation française par les codons, avec l'approbation du commandant, le 6 juin 1848, mais les colons ne sont pas encore indemnisés.
Ces petites îles1, Saint-Eustache surtout, que la Hollande possède depuis 1635, ont un commerce et une production encore assez actifs.
Les esclaves y sont mieux traités qu'à la Guyane. Il en est ainsi en général dans les îles, où l'esclave ne désire pas et où le maître ne craint pas la fuite autant que dans les vastes territoires. Les maîtres habitent davantage leurs propriétés, et s'il faut en croire un auteur déjà cité!, la manière dont ils traitent leurs esclaves est cor-
1 h s possessions coloniales de la Hollande en i859, par M. de Jonquière» llev. col., décembre 185'J, p. 5*20.
Cot auteur donne à Saint-Kustache 10,000 habitants. Les chiffres qu'il indique pour la surface sont aussi en désaccord avec les chiffres officiels
* Opiner kingen, etc., p. 72.
diale et paternelle, aartsvaderhjk. Aussi la moralité parmi eux est moins grande qu'à Surinam, et même, s'il faut en croire M. Van Hœvel1, les naissances excèdent les décès.
naissances. décè>
Surinam 2,82 % 3,49 °/0
Curaçao 3,86 2.77
lionaire 3,22 1,21
Aruba i,85 1,25
Cependant, ces petites colonies ne sont pas ce qu'elles étaient autrefois, et elles ne vivent qu'à l'aide de subsides de la métropole. On assure que Curaçao, il y a vingt ans, possédait plus de 10,000 esclaves au lieu de 5,000. La grande culture n'y peutévidemmentlutler avec le sucre de l'Europe ou le coton de l'Amérique. Les petites cultures, le nopal ou la cochenille, sont leur avenir. Le territoire étant peu étendu, la fuite des esclaves n'est pas à craindre, et si les maîtres se sont fait aimer, ils re seront pas abandonnés. L'émancipation ne présente donc pas là de sérieuses difficultés.
i* Fort* hollandais de la cote d'Afrique.
La Hollande, qui a fondé la colonie du cap de Bonne- Espérance, ne possède plus en Afrique, sur cette cote occidentale, qui s'étend du cap des Trois-Pointes au cap Saint-Paul, sous le nom de Côle-d'Or, et sur un espace d'environ 90 lieues, que quelques forts comme Axim,
Digitizèd by
Boutry, Saccoudéc,Chama, maintenus au milieu (Tautres forts en ruine, comme Akra, Baracoé, et une petite ville, Saint-Georges d'El-Mina, bâtie sous la volée d'un fort, au bord d'une petite rivière et divisée en un ramas de cases à nègres et un quartier européen, avec un jardin et une promenade1. La Hollande entretient là une pelile garnison, et y a longtemps recruté des soldats pour ses colonies îles Indes; elle en tire en petite quantité, du maïs, du colon, des épiées, et attend des ressources du lavage de For et de l'exploitation de vastes richesses minéralogiques. Mais elle n'a ni un territoire, ni une population qui dépendent d'elle d'une manière définie.
Cependant, \eRapport de la commission de 1853', élève à 136,000 le nombre des habitants, sur lesquels la Hollande prétend dominer, savoir :
Libres 34,000
Esclaves domestiques. . . 82,000 Autres esclaves 20,000
Il n'y a pas d'enregistrement, mais des règles pour améliorer le traitement des esclaves ont été faites, et les marchés d'esclaves sont interdits.
La commission estime que la Hollande a sur ces hommes et sur leur territoire une vraie souveraineté, et non un simple contrat avec les habitants, néanmoins elle regarde comme fort difficile d'imposer la liber lé au milieu de l'universel esclavage qui règne en Afrique.
1 Description des côtes de l'Afrique occidentale, par M. Bouëi Willaumcz 1849, p. 207.