II
menls. Désavouée par Thistoire, par la philosophie, par Téconomie politique, qu'elle avait tour à tour invoquées, dépouillée de ces vêtements d*emprunt, comme un voleur du coslume d*un honnête homme, cette théorie es! réduite à Tétat d'un fait pur et simple, fait grossier, formidable, difficile à vaincre, mais au moins privé du secours des deux plus fortes armes qui soient au monde, la conscience et la raison.
Allons à ce fait, et, après les arguments généraux et théoriques^ examinons les arguments spéciaux et pratiques.
Ils se réduisent à deux, plus particulièrement à Tusage, l'un des dames, Tautre des citoyens des États- Unis.
La plus sensible des dames de la Havane ou de la Nouvelle-Orléans console son cœur avec ces paroles : « Les escimes ne sont pas malheureux. »
Le plus philanthrope des docteurs américains s'écrie : L'esclavage est un mal, mais V émancipation est impossible ! Il n'y a pas de remède légal. »
Donnons à ces deux objections la réponse qu'elles méritent.
§ 2. — Le bonheur des Esclaves.
Rien de plus commun dans les livres américains que cette phrase :
c< L'esclave n'est pas malheureux; en Afrique, il l'eût « été bien davantage, en France ou en Angleterre; l'ou- « vrier libre est-il moins à plaindre? »
On suppose que je vais emprunter, pour répondre, des faits aux célèbres romans de madame Beecher Stowe, des raisons au livre de Channing.
Le livre de Channing est, à mes yeux, l'un des plus admirables que la religion et le patriotisme aient jamais inspirés, et les romans de madame Stowe sont Tun des plaidoyers les plus éloquents qui soient sortis de la main d'une femme; je suis résolu cependant à n'en point faire usage ^
Je suis prêta tous les aveux , à lous les tempéraments, à toutes les concessions que Ton voudra ; restons vrais; hélas! la vérité est assez lamentable.
Ainsi je veux croire que le nègre était plus malheureux en Afrique ; mais il ne s'agit pas de savoir comment il est traité sur la terre de Mahomet, il s'agit de savoir comment il doit l'être sur celle de Jésus-Christ.
Si nos villes renferment des misérables plus à plaindre que certains nègres, c'est une raison pour améliorer la condition des blancs, nullement pour maintenir la condition des noirs.
^ Je ne Teux pas mettre seuls en cause les Américains ; leurs arguments pour et contre Tesclayage, je les retrouve dans les luttes suscitées autrefois eu Europe parles mêmes débats; peut-être Tesclavage n'a-t-il jamais été justifié avec phis de verve et d'obstination qu'en France; aussi, afin d'éviter les traductions, d'épargner les Américains, et d'infliger aux auteurs français qui ont soutenu cette cause maintenant déshonorée la honte de se voir relus encore après de longues années, un grand nombre de mes citations leur est emprunté.