‹ L'abolition de l'esclavage (volume 3)Chapitre 28 sur 78 · MOYENNE ANNUELLE · texte numérisé non relu

MOYENNE ANNUELLE

mPORTATlONS. EXPORTATIONS. REVENUS.

De 1828 à lh52. . . 17,000,000 piastres. 11,850,000 piastres. 8,785,000 piastres.

Dans les deux années suivantes, il y a eu baisse, savoir :

L'exportation du sucre avait passé de 6,508,1^8 arrobas (quatre au quintal) en 1826. à 10,166,555 arrobas en 1840, celle du café de 1,718,865 arr. à 1,877,646. L'exportation du tabac est montée de 5,940,000 livres en 1842, h 9,509,000 livres en 1847. Les états de \U% et 1849 portent :

Tabac eu ftuilks 6,275,630 4,019,153

Cigares (milliers) 161,480 123,720

Enfin, voici les chiflres comparés de 1857 et 1858, extraits de la Balama gênerai del comercio de la isla de Cuba en 1858, publiée à la Havane en 1860.

Importations 34,853,338 piastres. 39,063,538 pia>tres.

ExporUtions 32,668,188 53,831,859

Droits de douane 10,5*7,903 11,154,110

Navires entrés | espagnols. 2,106 2,157

et sortis. j étrangers. 6,206 6,582*

' Dont 4,770 américains.

^ Revue coty 1845, p. 195.

i92 L'ESCLAVAGE.

Cuba lîgure dans la production totale du café pour dix millions de kilogrammes, et, aussi riche par ses forêts que par ses cultures, par ses mines que par ses pâturages, elle fournit le sixième de la production totale du cuivre, une grande parlie de la production du tabac, et son commerce extérieur égale le cinquième de celui des États-Unis tout entiers,

Porto-Rico yi'est pas moins en progros; cette île suffit à ses dépenses, envoie des ressources à la métropole ; elle est, au dire de M. Merivale, de toutes les colonies de l'Amérique, la mieux peuplée et la mieux cultivée.

Ces deux Antilles remportent sur toutes les autres; or elles ont seules conservé Tesclavage.

Cette prospérité relative est incontestable; mais le mal esl à coté du bien. Le bien est dû à deux ordres de causes, les unes accidentelles, les autres permanentes; le mal est dû à peu près uniquement à une seule cause , qui est l'esclavage : nous allons le démontrer rapidement.

I. — Une admirable situation, nu croisement de plu- .sieurs des grandes routes du commerce des peuples, situation plus merveilleuse encore dans l'avenir, par le percement de ristlime de Panama, l'étendue d'un sol égal en surface à celui do l'Angleterre, la fertilité incomparable de la terre, la beauté du climat, font de Cuba une région favorisée du ciel. Ces biens ne peuvent lui être ravis: avantou après, avec ou sans l'esclavage, elle les possédera toujours.

La ruine de Saint-Domingue a enrichi Cuba. Lorsque les colonies anglaises, françaises, danoises, suédoises,

ont cessé de recevoir des esclaves par la traite, Cuba continuait, continue encore à recruter largement sa population par ce moyen coupable. L'abolition de Tesclavage par TAngleterre et par la France a fait peser, pendant quelques années, sur leurs colonies une crise difficile; nulle part elle n'a été aussi grave, aussi longue, qu'à la Jamaïque, voisine de Cuba, jusqu'à présent exempte des mêmes épreuves. Pendant que les possessions anglaises et françaises étaient fermées au commerce étranger, Cuba a joui depuis 1809 de tous les avantages de la libre vente de ses produits, du libre achat de ses consommations, du libre accès de tous les pavillons ^ Au moment où la diminution des droits sur les denrées coloniales a facilité la concurrence du sucre étranger sur les marchés de l'Angleterre, puis sur les marchés de la France, Cuba, qui avait pu, n'ayant à traverser aucune secousse, renouveler son matériel, développer ses entreprises, proflter de toutes les expériences d'autrui, a été la première en mesure d'apporter ses produits aux consommateurs de l'Europe.

La situation de Cuba est donc doublement exceptionnelle ; de tout temps elle le fut par les dons de la nature, en notre temps, elle l'est encore par tous les avantages que nous venons de rappeler.

Mais il est toujours inexact de comparer deux terres, parce que Dieu n'a pas fait deux terres semblables. Il ne l'est pas moins de mettre un pays qui a profité dans la paix

* EnTiron 2,000 navires espagnols, 4,000 navires étrangers. Le corumerce avec les États-Unis dépasse Timportance du commerce avec la métropole.

iU LTSCLÀYA(iE.

et dans la richesse de toutes les transformations laborieuses des pays, ses voisins, en parallèle avec ces pays, précisément au lendemain de ces transformations. C'est en lui-même qu'il convient de Tétudier.

Or s'il est vrai que l'abolition de l'esclavage tout autour de Cuba a fait du bien à cette île, le maintien de l'esclavage à Cuba n'y produit-il pas tous les maux qu'ailleurs il entraîne à sa suite?

Si la réponse est affirmative, cet argument contre l'esclavage sera supérieur à tout autre. Car s'il est un point du monde où l'esclavage eût pu réussir, c'est en ce lieu. I^e nombre des blancs est considérable, et par conséquent rélément civilisateur est à côté de Téléntent travailleur. Le nombre des libres de couleur est fort élevé, l'habitude du mélange et l'exemple de la liberté facilitent la transition. L'esclavage est doux, il l'a toujours été dans les colonies espagnoles. Des lois humaines assurent protection à l'Africain, comme autrefois à l'Indien ^ Elles lui confèrent quatre droits, celui de changer un maître contre un autre, si l'esclave en trouve un disposé à l'acheter (droit de buscar amo)^ celui de se marier, celui de se racheter peu à peu par le produit de son travail^

Ml est banal de présenter la Législation des Indes {Recopilacion de leyes de Indias) comme un modèle de philosophie chrétienne et pratique. Rien de plus exagéré que cet éloge d'une compilation en neuf livres de lois, ordres, dépêches, cédules, émises pendant le cours de deux siècles ; à côté de dispositions humaines envers les Indiens, on y trouve le monopole commercial, rintolérance religieuse, des pénalités tyranniques. Mais surtout, Cuba n'a pas été le point de T Amérique auquel se rapportait ce recueil, et son nom y est à peine prononcé (don J. A. Saco, p. 57 à 60). Ce n'est donc pas h CCS lois qun nous faisons allusion.

COLOiNIES ESPAGNOLES. 495

C5elui de racheter sa femme et ses enfants. L'exercice de ces droits est assurément fort difficile, cependant ils sont importants, et don Francisco de Arango s'en félicitait légitimement, dans un Mémoire de 1796, à l'époque où les lois d'autres Antilles (Saint-Christophe, 1784) ne punissaient que d'une amende le fait d'avoir arraché à un esclave un œil ou une oreille. U. de Humboldt, qui cite ce célèbre Havanais, loue après lui les lois de Cuba, et il écrit (1823), peu d'années après un arrêt, rendu dans les Antilles françaises (1815) qui condamne six jeunes noirs fugitifs à avoir \esjarrels coupés^

Les mœurs sont douces comme les lois. C'est le témoignage de M. de Humboldt, et de tous ceux qui ont visité Cuba, Porto-Rico, ou l'ancienne partie espagnole deSaint-Domingue, Une même religion éclaire la conscience des maîtres et celle des esclaves, la religion catholique, si tendre envers les malheureux et les petits. L'autorité d'un gouvernement européen, libre, éclairé, chrétien, est présente par des fonctionnaires élevés, investis d'un pouvoir sans limites. L'intérêt rend précieux les esclaves dont le prix est de plus en plus cher, le travail de plus en plus productif . Une force militaire, plus considérable que dans aucune autre colonie*, maintient la paix. La force, l'intérêt, le pouvoir, la religion, les mœurs, les lois, semblent donc concourir au même but, l'adoucissement des maux et des dangers de l'esclavage, la tranquillité, la prospérité des possessions espagnoles,

* VoyageSf ID, p. 454, en note.

s Ln 1841, à la Jamaïque» 1 soldat sur 84 noirs, 9 blancs; b Cuba, 1 soldat sur 45 noirs, 32 blancs.

le développement normal et simultané de la population, de la liberté, de la richesse, de la morale. En est-il ainsi? Où en est la population? où en sont les mœurs ?

II. — D'après Queipo\ la population de Cuba s'élevait en 1827, à 704,487 âmes, savoir:

Blancs 311,051

Libres de couleur 106,494

Esclaves 286,942

Et en 1842, à 1,007,624, savoir:

Blancs. ... : 418,291

Libres de couleur 152,838

Esclaves 436,495

Voici, d après un ouvrage publié à New- York sous le titre de Cuba en 1851, les chiffres de 1850 {Revue col. 1851, 7,^

Créoles 520,000

Espagnols 35,000,

Militaires et marins 23,000) 605,160 blancs

Étrangers 10,160[

Population flottante 17,000

Mulâtres libres 118,200i «aj *nAi-u j i

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