‹ L'abolition de l'esclavage (volume 3)Chapitre 29 sur 78 · V . ,., o- ohaI 201,470 libres de couleur · texte numérisé non relu

V . ,., o- ohaI 201,470 libres de couleur

Noirs libres 8o,270j

Mulâtres esclaves 11,0001 ..«^aa i

T« • 1 *ûK aaa} 447,600 esclaves.

Noirs esclaves 465,000)

1,282,630 habiUnts.

Le même auteur, M. Queipo, affirme que le rapport de

« P. 12, M. de Humboldt Testime, en 1823, k 700,000 habitants, dont 256,000 esclaves. Voyages, m, liv. X, ch. xvii, p. 334.

COLONIES ESPAGNOLES. i97

population blanche à la population esclave n'a pas laucoup varié depuis un siècle:

blancs .

Esclaves . .

Il en conclut qu'aucune colonie n*a moins favorisé la Iraile. Mais ces proportions ne prouvent rien. Comme Ta justement remarqué M. Saco, il ne faut pas comparer la population noire à la population blanche; si chacune des deux a augmenté à la fois d'une quantité presque semblable, le rapport entre les deux ne change pas, mais les variations de ce rapport n'indiquent en aucune façon les variations de la population. Or, on sait qu'à la fin du siècle dernier, Cuba était une colonie de peu d'importance, occupée par de petits propriétaires, cultivant et élevant des bestiaux, presque sans le secours d'esclaves ; sur 500,000 habitants, un tiers à peine était esclaveV Il convient de comparer la population blanche, à t/Ze?même, la population noire à elle-même^ pour savoir que lie loi a suivi leur accroissement.

Or, en acceptaût les chiffres mêmes de M. Queipo*, la population blanche a augmenté, entre 1827 et 1842, d'environ un quart, la population libre de couleur d'environ un tiers, la population noire d'environ moitié, et

* Mérivale, cité par Lechevalier, Introduction^ XIV.

* Us ont été répétés par M. Villa verdo dans la discussion de la loi sur la traite devant les Corlès, 27 janv. 1845. Rev. coL, 1845, p. 170.

198 UESCLAVAGE.

si on compare cette dernière à ce qu'elle était en 1791, • elle a plus que quadruplé.

Encore ce chiffre est-il loin de dire toute la vérité. Les habitants , par crainte de Timpôt, et pour ne pas mettre sur la trace de la traite clandestine, se gardent bien de déclarer tous leurs esclaves.

A la même époque, où écrivait don Vasquez Queîpo, on lit dans une dépêche du 31 décembre 1843 de lord Aberdeen à M. Bulwer, ambassadeur à Madrid \

c( Dans ce moment, suivant le rapport des habitants les plus intelligents, le nombre des esclaves (Jans TiIq de Cuba ne s'élève pas à moins de 8 à 900,000 individus. »

Si Ton tient compte du chiffre de la production du sucre, qui a doublé entre 1827 et 1842 *, et de celle du tabac qui a suivi la même progression, il fautbien admettre que le nombre des bras qui les fabriquent a suivi le même progrès.

Or, comme Ta démontré M. Saco, cet immense accroissement n'est pas dû aux mariages et aux naissances. San3 doute le nonibre des mariages entre esclaves, le rapport: des naissances légitimes aux naissances illégitimes, sont beaucoup plus satisfaisants qu'en aucune autre colonie; mais les décès l'emportent cependant sur les naissances, et les femmes, malgré de grands efforts faits pour accroître leur nombre, sont aux hommes dans la proportion., de 15 à 28 \ D'un autre côté, il résulte des chiffres de la * douane que, de 1521 à 1790, il avait été introduit à la

* Discours cité de M. Villavcrde.

* Rev.coL, 1844, 4, p. 492.

'* Queipo, p. 64.

Havane 90,875 noirs seulement, mais que, de 1790 à 1820, ce port en a reçu plus en trente ans qu'en deux siècles et demi, savoir : 225,574. Si Ton ajoute ce qui a pu être introduit par la Trinidad et Santiago, on arrive à accepter le calcul de M. de Humboldt, qui estime à 41 3,500 le nombre des nègres apportés par la traite à Cuba de 1521 à 1825. Or, ils n'étaient représentés, en 1825, que par256,000 têtes.

Donc, la population esclave, qui semble augmentée, devrait Télre bien davantage ; la servitude a englouti des masses de créatures humaines; elles arrivent toujours, ^t toujours on en manque.

Des efforts énormes ont été tentés pour favoriser l'introduction de colons de diverses races. Dès 1794, le célèbre Havanais don Francisco de Arango avait obtenu des fonds pour encourager Timmigration des travailleurs blancs ^ Le roi Ferdinand VH, par une ordonnance du 18 octobre 1817, avait pris des mesures trèslibérales pour accroître la population blanche, et l'attirer par des dispenses d'impôt et autres facilités*. Le bisoin de ces nouveaux colons est, on le voit, bien antérieur aux mesures prises pour abolir, du moins ofliciellement, la traite. En 1844, sous l'administration du capitaine O'Dounell, la Junte royale d'encouragement de r agriculture offre, par un programme du 30 août, des primes de 6,000 à 12,000 piastres, et même 50,000 fr. pour le même objet'. En 1849, un nouveau projet est

* La Question de Cubay 1859.

* Annexes au livre de don V. Queipo.

-* Annexes au livre de don V. Queipo.

adressé à la reine par don Domingo dé Goicouria, propriétaire de la Havane, le seul qui ait répondu à Tappel de la Junte, projet intelligent et moral, qui consiste à introduire des familles et non de simples joumolierSj et à séparer la production de la canne de la fabrication du sucre, de manière à répandre la petite propriété \ Toutes ces tentatives ont pour but Timmigration de la race blanche. D'un commun accord, leurs auteurs déclarent que les blancs valent mieux que les nègres, tandis que les Indiens ou les Chinois ne valent pas les nègres, qu'ils créent un nouvel élément de débauches et de désordre, qu'ils sont moins laborieux et moins dévoués. Mais on a beau faire, larace blanche n'estpasaltirée. «C'est, dit très-bien don Domingo de Goicouria, un axiome d'arithmétique politique, sanctionné par Texpérience et parla nature des choses, que l'immigration des hommes blancs et libres dans les colonies européennes de T Amérique a été en raison inverse do l'accroissement de la population esclave. En 1 774, le rapport des blancs aux noirs était de 6 à 4, il est maintenant de 4 à 6*. »

En 1854, Texpérience et le besoin rendent moins scrupuleux. Le rapport du ministre, le comte de San Luis, à la reine' contient des aveux et des déclarations cyniques. I! attribue le besoin de bras à plusieurs motifs, d'abord à la cessation de la traite en vertu des traités : c< Quelle que soitj dit-il, la qualificalionqrie méritent ces traités, l'honneur oblige le gouvernement de les observer, bien qu'ils-

* Hev. col. y 1849, nouv. série, II, p. 3. 2 Mémoire cité, p. 5.

5 22 mars 1854. V. la Gacela do Madrid, 13 avril 1854. Rev. col , 1854, 15, 286.

soient en partie la cause du mal dont on se plaint. » Or, on sait que le besoin de bras remonte bien au delà des traités faits pour réprimer la traite; on sait aussi qu'elle est loin d'être entièrement réprimée. Le ministre signale d'autres causes d'insuflisance de la population noire : 1** la coutume d'affecter au service domestique, dans les villes, des esclaves qu'on enlève aux champs. Déjà M. de Humboldt avait remarqué cette agglomération, plus grande que partout ailleurs, des noirs esclaves ou libres dans les villes. Le luxe enlève aux champs plus de bras que la répression de la traite;

2° Le peu de soin donné par les propriétaires à la reproduction de leurs esclaves, parce qu'ils comptent, pour les recruter, sur la traite clandestine;

5° Le peu de sécurilé du droit de propriété sur les esclaves, par suite des difficultés que soulève journellement avec une nation puissante l'exécution des traités.

Il conclut à l'augmentation d'un impôt de capitation, déjà établi par un ordre royal du 29 juillet 1 844, sur les esclaves domestiques ou résidant dans les villes, et à une dispense du droit d'alcabala de 6 pour 100 sur les ventes d'esclaves, quand ils sont vendus pour servir sur les éta* blissements ruraux.

Il propose d'affecter le produit de cette capitation à la distribution de trois prix annuels, l'un en faveur des propriétaires dont les esclaves auront eu le plus grand nombre d'enfants, le second en faveur de celui qui aura le plus grand nombre d'esclaves femmes proportionnellement au nombre des hommes, le troisième en faveur de celui qui aura perdu dans Tannée le moins d'esclaves. Le

202 rESCLAVAGE.

ministre espère qu'ainsi sera favorisée la reproduction de cette race nécessaire, et même que les planteurs consor creront spécialement à cette reproduction de grands capitaux, comme cela arrive ev d^ autres pays.

Il demande que l'immigration de colons de toute race soit largement autorisée, et que les conventions entre ces colons et les planteurs soient libres, sous la surveillance d'un protectorat spécial.

Enfin il propose un enregistrement de tous les esclaves actuellement existant dans Tîle, de manière à ce qu'on, n'ait plus à craindre aucune recherche d'origine pour le passé, ni aucune inscription d'esclave introduit illicitement pour l'avenir.

Toutes ces propositions sont devenues les décrets royaux <lu 22 mars 1854^ Ils se résument à ceci : fermer les yeux sur la traite jusqu'en 1854; promettre de se corriger à partir dece jour ; encourager par des primes Y élève de la race noire comme on encourage l'élève de la race chevaline; forcer par l'impôt les maîtres à transformer l'esclavage très-doux de la domesticité en esclavage rural; appeler au service de la canne à sucre et du tabac des Indiens, des Chinois ou des Yucatèques, en famille ou sans famille, sans terme maximum fixé pour leur engagement, sous la protection plus ou moins vigilante et désintéressée du capitaine général, de ses délégués et des syndics des municipalités.

La promesse de cesser la traite a été, est toujours violée. En 1857, le nombre des nègres saisis a été de 2,704,

« Texte, Rev. coL, 1854, 13, 295, 318.

celui des nègres introduits impunénient de 10,436*. Un traité, considéré comme un bienfait immense, promet à la colonie 20,000 Chinois; il est en voie d'exécution; 5,560 ont été apportés en 1857, en tout 17,146 depuis 1847, sur lesquels on a compté 7 femmes!

Ainsi, malgré la traite, on n'a pas vu la population noire suivre un accroissement normal ; sa présence a arrêté tout développement de la population blanche. On en est réduit à mendier des Chinois, le rebut d'une race méprisable.

En 1860, un nouveau décret a ouvert plus largement encore les portes de Cuba aux Chinois, et ce décret a soulevé les plus graves critiques.

« Ou bien, » dit le journal El Horizonte du 19 juillet 1860, c< ou tien le ffouvernement veut abolir Tesclavage à'Cuba, et en ce cas le décret est efficace, car le travail servile, devenant plus cher que le travail des Chinois, sera impossible; mais, en ce cas, le décret manf|ue de franchise ; — ou bien il veut, comme le dit le préambule, amener dans Vile le nombre de bras nécessaires pour (jne èa prospérité rie décroisse pas^ et, dans ce cas, le décret agit précisément en sens contraire de ses intentions, car Timportation de Chinois avides, faux, violenls, corrompus, pressés de revenir dans leur patrie, produira le désordre, Tappauvrissement, etdiminuera la prospérité. • . La base de la richesse de Tîle est la servitude; elle vit par elle et avec elle, conella y por ella vive.

« Si les possesseurs d'esclaves ne peuvent lutter avec

* 20* rapport doYArity Slavery Society, p. 3.

204 LESCLAVAGE les rivaux qui emploieront des Chinois, s'ils voient leur fortune disparaître dans cette lutte, il est logique qu'ils désirent Tindépendance ou l'annexion aux États-Unis, et dans les deux cas, notre domination est perdue »

Mais comment faire ? On craint les Chinois ; comment s'en passer?

L'envie d'ajouter de nouveaux esclaves africains (bozales) à ceux qui vivent dans l'île (ladifios) est d'ailleurs combattue par la crainte qu'ils inspirent.

Ces esclaves, si doux, si- heureux, si bien traités, dit-on, se sont révollés plusieurs fois. La seule insurrectix)n * de Matanzas (1845-1844), coûta la vie à 4 ou 500 hommes, fut étouffée par d'affreuses rigueurs, et fit répandre plus de sang qu'il n'en fut versé à la suite d'aucune émancipalion. Peu de temps après, don Y. Queipo écrit que ïîle est sur un cratère, et qu'il faut s'opposera tout prix à une plus large introduction d'Africains.

III. — On n'a donc pas civilisé ces esclaves? La prétendue conversion des races inférieures par les bienfaits de la servitude est donc demeurée sans fruit?

a Je ne puis, dit M. Anthony Trollope*, placer les nègres de la Jamaïque sur le même pied que ceux de Cuba qui sont laissés absolument sans instruction religieuse, et sont, en conséquence, bien plus voisins de la brute que tous les autres. »

. Les aveux de M. Queipo sont , sur ce point, extrêmement précieux. Il pense que « pour les esclaves, il suffit, quant à présent , de limiter l'éducation à l'instruction

i Rev.coL, iSA^, 2,249.

« The vjest Indies and Ihe Spanish Main y p, 47.

religieuse^ .» II engage le gouvernement à faciliter par tous les moyens en son pouvoir, une si utile instruclion, et voici quel en est, à ses yeux, le programme :

« L'instruction religieuse , dirigée par des ecclésiastiques zélés et instruits, loin d'influer sur le relâchement de la discipline, comme le craignent peut-être quelques personnes , contribuerait, au contraire, à affermir V autorité de% maîtres^ en habituant les esclaves à la soumission , et en leur enseignant à supporter avec la résignation que peut seule inspirer la religion , les privations de leur condition passagère*. »

Craindre la religion qui relâche la discipline, favoriser la religion qui habitue à la soumission^ c'est en tous lieux le langage des partisans de la servitude et leur embarras.

Trouve-t-on du moins un clergé commode prêt à faire cet ignoble usage de son zèle et de son instruction ? Que vaut le clergé qui consent à cette tâche honteuse?

Le même auteur déplore ce l'éloignement et l'indifférence toujours croissante de la jeunesse pour la carrière ecclésiastique »

« Il voudrait jeter un voile sur le triste tableau que présente l'état du culte et de ses ministres... ' »

Ce clergé est en effet l'un des plus corrompus qui soient au monde, malgré le zèle d'évêques respectables et l'exemple des jésuites, réguliers et irréprochables.

Quoi ! vous chargez la religion d'affermir les mauvais rois, les mauvais maris et les mauvais maîtres, en prê-

* The west Indies, etc., p. 161.

*Ibid.,i^. 156.

5 Ibid., p. 157. •

chant la soumission aux sujets, aux femmes et aux esclaves, et vous êtes surpris que, pour ce beau métier, on ne trouve pas de prêtres, et qu'à le remplir, on se corrompe et on s'avilisse! Dieu en soit loué! Quand le clergé se charge d'excuser les vices qu'il doit combattre, il les gagne, et c'est justice que le médecin prenne la maladie qu'il n'a pas voulu guérir.

On pourrait parier d'avance que la justice, qui est la seconde force morale après la religion , est envahie par la même contagion. Les aveux de M. Queipo, lui-même procureur général, n'en laissent pas douter*. « La législation produit une source intarissable de procès; ils sont la proie d^une multitude d'agents d'affaire {picaplectoa)^ d'avocats (/efrados), et de procureurs {caiisidicos); ils coûtent énormément cher, la procédure est inextricable, ils durent sans fin; en France, en Angleterre, en Espagne même, la justice est coûteuse, mais enfin, on a l'espoir de l'obtenir. 11 n'en est pas de même dans l'île, où l'indulgence des cours supérieures et la difficulté de faire panenir jusqu'aux pieds du trône les plaintes qui peuvent s'élever contre les abus et les injustices des tribunaux inférieurs et leurs assesseurs gradués, les laisse maîtres absolus de la fortune et de

la liberté des habitants, en favorisant^ l'impuni té »

L'exorbitante faculté laissée aux parties de choisir et de récuser leurs juges', l'abus des gratifications {bmc(is)y escamoteries {vistas^ épices), assure aux maîtres d'esclaves une impunité facile. Après une longue énumération

* The west Indies, etc., p. 240, 243, 256. « Ibid. p. 252.

des abus, c'est un magistrat qui conclut en nommant la législation et la justice, un ver rongeur qui mine l'île *. Au-dessus de la justice civile s'élève la justice politique» ou le gouvernement. Il est absolu, sans limites. Pas de législature comme à la Jamaïque, pas de conseils généraux comme aux Antilles françaises. Pour maintenir les esclaves, les colons veulent un pouvoir de fer ; ils le subissent pour eux-mêmes. Voici quelques exemples' de la manière dont il s'est exercé dans les dernières années : Don José Antonio Saco, pour avoir publié quelques articles contre la traite des noirs, banni sans procès ;

Don Domingo Delmonte, riche propriétaire d'esclaves^ soupçonné d'avoir rédigé une pétition contre la traite» exilé ;

Don Benigno Gêner, pour avoir écrit une adresse contre la traite signée par 93 planteurs de Matanzas, forcé de s'expatrier (1 844) ;

Don Gaspar Bétaticourt Cisneros, riche planteur de Puerto Principe, soupçonné des mêmes opinions, mandé et sévèrement admonesté devant le capitaine général.

Don José de la Luz Caballero, pour les mêmes opinions» traduit devant une commission militaire;

Don Manuel Martinez Serrano , pour les mêmes opinions, mort en prison.

Ainsi, il y aurait, ou plutôt il y a une opinion abolitionniste à Cuba, le gouvernement ne la tolère pas. Mais il a longtemps toléré que le capitaine général reçût une

« The west Indies, etc., p. 304.

> U Question de Cuba (1859, p. 19, 20).

once d'or (quatre-vingt-quatre francs) par tête de bétail humain introduite. On peut citer les capitaines généraux, vivant encore, et enrichis de cette manière.

En résumé, la justice, la liberté politique, la sécurité sont en décadence. Mais du moins est-il bien vrai que la richesse, unique objet auquel tout est sacrifié, soit en progrès ?

Si le luxe était la richesse, si d'énormes fortunes particulières que voit TEurope, parce qu'elles se dépensent en Europe, étaient un fait habituel, l'iledeCuba pourrait être regardée comme une terre opulente, et la ville de la Havane, si brillante, si animée, la ville de la prodigalité charmante et de la mollesse dorée, serait un paradis. Mais ces apparences sont des voiles qu'il faut lever. Allons aux sources de la richesse. Plus d'une est desséchée. Le commerce étant presque tout entier entre les mains des étrangers, c'est la possession et le travail de la terre qui est la richesse de l'île. Or le travail servile augmente de prix. Si la population avait été libre, elle se serait peu à peu répartie dans tous les endroits les plus fertiles. Captive, elle a été parquée dans une seule province. En Espagne, il y a 750 habitants par lieue carrée; à Cuba, 587 dans le département occidental de l'île ; les bras manquent et la terre reste inculte partout ailleurs \ Pour fa-

* Terres cultivées 65,677 caballerias

Prairies naturelles 99,612

— artificielles 17,404

Terres non défrichées 409,826

Terres arides 139,265

La caballeria est de 33 acres 1/2 anglais. (Rev. coLt 1850, 5, 368.)

COLUxMKS ESPAGNOLES. t>09

briquer du sucre, à Taide des esclaves, on a négligé les prairies arlificielles et l'élève du bétail ^ ; des forêts séculaires ont été abattues pour cultiver la canne, et il en est résulté la sécheresse et Tinsalubrilé* ; on a négligé la recherche et Texploitation de mines de charbon importantes*. L'élendiie de la culture nécessaire à la production de la canne à sucre ne permettant pas facilement la division des héritages, les sucreries ayant longtemps joui du privilège exorbitant de ne pouvoir être vendues que pour une dette égalant leur valeur (loi 5, tit. XVI, liv. 5, du Code des Indes), la répartition des terres ayant été faite sans prudence à Torigine, au point qu'une seule famille (Recios) possède 200 lieues carrées , l'habitude du luxe entraînant à une grande im|)révoyance , il résulte de toutes ces circonstances que la propriété foncière est obérée lourdement, et qu'elle a se trouve, dit M. Queipo, comme perdue dans un inextricable labyrinthe, source intarissable de procès qui troublent la paix des familles, compromettent et diminuent les fortunes, ruinent les créanciers de bonne foi, et,trainés facilement en longueur, aboutissent pour la plupart à la vente des habitations \ «L'intérêt de l'argent, à cause de ce défaut de sécurité, est très-élevé. Le numéraire est rare. La vie est très-chère. Les colons et les capitaux de l'Europe n'osent s'aventurer. Pendant ce temps, le sucre auquel on a tout sacrifié, est de plus en plus concurrencé par le sucre de

< Don V. Queipo, p, 100.

Java, de la Louisiani^, du Brésil, fies colonies anglaises^ et françaises reprennent leurs forces. De grandes fortunes^ plus ou moins bien acquises, à côté d'un malaisée général de la propriété, une prospérité, ravivée par des canses^^ passagères, dont on entrevoit déjà le lerme, des habitudes^ deluxeet de prodigalité qui contrastent avec la vie cruelle des esclaves, et achèvent de cacher et par conséquent de précipiter des causes profondes de ruine, voilà donc, après avoir lu un défenseur officiel de Cuba , ce que Ton est conduite penser de celle prospérité matérielle, dont les partisans de la servitude font un si complaisant étalage, prospérité qui pourrait en effet devenir immense, le jour où les efforts des hommes correspondraient aux dons incomparables du Créateur.

IV. — Qu'a donc à craindre TEspagne, si elle ebdit Tesclavage?

Une dépense pour indemniser les propriétaires, une perle de revenus pendant quelques années, un malaise momentané.

Sans nier l'importance de cette dépense, le poids de ce malaise, il est permis d'affirmer que, dépense et malaise, seraient moins lourds et moins longs que partout ailleurs.

Les précautions dont l'expérience a révélé Tulilité, l'engagement transitoire des affranchis, seraient faciles. Déjà les meilleurs procédés de fabrication sont usités, et la combinaison de la petite culture avec la grande fabrication n'est pas chose nouvelle. La force militaire , les écoles, les instilulionsdc bienfaisance sont prêtes. L'exem pie flu iravail libre est déjà donné sur une grande échelle.

H Test surtout de la manière la plus remarquable dans la seconde Anlille espagnole , Tile de Puerto-Rico. Une plus intelligente répartition des terres, régularisée par une ordonnance de Ferdinand VII, du 10 août 1815 S qui accorde à tout étranger une concession gratuite de 4 fanègues 1;2 (2 hectares 50 ares) de terre, à condition de les cultiver, et la moitié à chaque esclave, a attiré les colons, répandu la petite propriété et facilité l'émancipation.

Dès 1834, le colonel Flinter*constatait que sur 400, 000 habitants , il y avait à peine un vagabond, que toute la population était aux champs, active et heureuse. Pas plus de 57 villes ou villages contenant 6,448 habitations sur 335 lieues carrées, tandis qu'on comptait dans la campagne 44,295 habitations occupées par 340,893 habitants sur 400,000. Sur 45,000 esclaves, 15,000 étaient domestiques , 30,000 seulement étaient répartis dans 300 sucreries et 148caféieries,indépendammentdel ,277 petites plantations. Les trois quarts des produits destinés à la consommation ou à l'exportation, étaient le fruit du travail libre des blancs ou des gens de couleur, ainsi que l'élève de 100,000 têtes de bétail .

En 1810 , la valeur des exportations n'allait qu'à 65,672 piastres; en 1832, elle excédait 3,000,000 piastres. Autrefois, Porlo-Rico, d'abord colonie pénale, était dans rétat le plus déplorable et les noirs libres étaient

* Annexes au livre de don V. Queipo, p. 569.

2 Londres, 4834, chez Longman, cite dans un écrit de Zach;iry Macaiilny traduit sotis ce titre : Faits et renseignements prouvant les avantages du travail libre sur le travail force. Paris, Hachette, 1855, chap. i",p. 1,19.

indolents et vicieux. Tous les progrès sont dus à la — îslribulion des terres , à une législation libérale, à la construction des églises, ;i de bons règlements contre le vagabondage, en autres termes à la propriété, à la religion, à la justice En vingt ans, d'après le témoignage de M. Mé- ^ rivale \ la population a doublé, la production a qu^dru ] plé, le nombre des esclaves, malheureusement augmeutl ^ depuis, ne s*est pas accru. Outre les planteurs qui, en général , habitent leur terre et Texploitent eux-mêmes, il existe à Porlo-Rico une classe très-nombreuse , à peu près un tiers de la population, de petits propriétaires de race blanche, connus sous le nom de hivaros^ qui çi'^v vent leurs petites habitations avec leurs famille^, "^-^ j peu instruite, mais courageuse, industrieuse, vivauvlcn très-bons termes avec les gens de couleur \insi les blancs peuvent travailler et se reproduire sous le climat des tropiques ; les produits tropicaux peuvent être cultivés par le travail libre. L'exemple de Porlo-Rico établit ces deux vérités si contestées.

En 1844, au témoignage de don José Saco *, on comptait à Porto-Rico 1,277 petites plantations de cannes à sucre cultivées par leurs propriétaires libres, et le même écrivain rappelle que le sucre est égale* uent produit par des bras libres aux Indes orientales, à Java, aux Moluques, aux Célèbes, à Sumatra, à Manille. On peut ajouter maintenant les Antilles anglaises et françaises. Or, dans

* Herman Merivale, Lectures on coIonisatwn,\Si\y cité par M. Jules Lechevalier, Rapport sur les questions coloniales , I, introduction, XX, 1844.

* Delà suppression de la traite des esclaves africains dans l'ile de Cuba, par don José A. Saco (Rev. coL, 1845, 5, 256J.

les Afililles espagnoles, il y a dojà plus d'hommes libres qu'ailleurs, plus de blancs pour diriger les gensde couleur, plus de soldais pour maintenir Tordre, plus de capitaux pour traverser la crise, et rexpérience d*autrui ôur éviter les fautes et ménager la transition. Que man- 'y M donc? Rien, si ce n'est la volonté.

Mais, d'autre part, qu'est-ce que l'Espagne doil redouter, si elle n'abolit pas l'esclavage?

La décadence morale et même matérielle d'un admirable pays, puis la perte de sa colonie.

Que le luxe , le faste, les millions, les mariages des *"^^es de la Havane et la prospérité inconleslable, duc . causes exceptionnelles et transitoires, ne nous fassent pas d'illusion.

En r!5umé,'uVeV'n esclavage adouci, continuellement renouvelé par la traite, l'île ne s'est pas peuplée ; avec de magnifiques éléments de richesse, la propriété est en général obérée par les dettes, dévorée par le luxe; la terre est devenue une fabri(|ue; une force militaire considérable, un pouvoir supérieur illimité, n'ont pas empêché des révoltes, l'élat de siège, le bannissement; la religion s'est corrompue iu lieu de civiliser ; la justice est abaissée; les mœurs dissolifes; les blancssoumis, sans aucune liberté politique, au pouvoir absolu dont ils ont besoin pour se protéger contrela révolte. On a beau dire que l'émancipation se fera peu à peu; on a beau vanter des lois humaines, une opinion abolitionniste sérieuse, même parmi les maîtres, une large faculté de rachat, moins de préjugés de couîeurqu'en Amérique Le rachat neconduit à rien, l'opinion n'est pas libre, aucun exemple n'est donné et on se

204 L^ESCLAVAGE les rivaux qui emploieront des Chinois, s'ils voient leur fortune disparaître dans cette lutte, il est logique qu'ils désirent Tindépendance ou l'annexion aux États-Unis, et dans les deux cas, notre domination est perdue »

Mais comment faire ? On craint les Chinois ; comment s'en passer?

L'envie d'ajouter de nouveaux esclaves africains (60zales) à ceux qui vivent dans l'île (ladinos) est d'ailleurs combattue par la crainte qu'ils inspirent.

Ces esclaves, si doux, si heureux, si bien traités, dit-on^ se sont révoltés plusieurs fois. La seule insurrection* de Matanzas (1843-1844), coûta la vie à 4 ou 500 hommes, fut étouffée par d'affreuses rigueurs, et fît répandre plus de sang qu'il n'en fut versé à la suite d'aucune émancipation. Peu de temps après, don V. Queipo écrit que Vile est sur un cratère, et qu'il faut s'opposer à tout prix à une plus large iniroduction d'Africains.

III. — On n'a donc pas civilisé ces esclaves? La prétendue conversion des races inférieures par les bienfaits de la servitude est donc demeurée sans fruit?

a Je ne puis, dit M. Anthony Trollope*, placer les nègres de la Jamaïque sur le même pied que ceux de Cuba qui sont laissés absolument sans instruction religieuse, et sont, en conséquence, bien plus voisins de la brute que tous les autres. »

Les aveux de M. Queipo sont, sur ce point, extrêmement précieux. 11 pense que « pour les esclaves, il suffît» quant à présent , de limiter l'éducation à l'instruction

iRev,col.,\SAA,2,UQ.

* The vjest Indiesand the Spanish Main y p, 47.

religieuse^ .» Il engage le gouvernement à faciliter par tous les moyens en son pouvoir, une si utile instruclion, et voici quel en est, à ses yeux, le programme:

« j/instruclion religieuse , dirigée par des ecclésiastiques zélés et instruits, loin d'influer sur le relâchement de la discipline, comme le craignent peut-être quelques personnes , contribuerait, au contraire, à affermir Vautoritédes maîtres^ en habituant les esclaves à la soumission^ et en leur enseignant à supporter avec la résignation que peut seule inspirer la religion , les privations de leur condition passagère^. »

Craindre la religion qui relâche la discipline, favoriser la religion qui habitue à la soumission ^ c'est en tous lieux le langage des partisans de la servitude et leur embarras. Trouve-t-on du moins un clergé commode prêt à faire cet ignoble usage de son zèle et de son instruction ? Que vaut le clergé qui consent à cette tâche honteuse?

Le même auteur déplore a l'éloignement et l'indifférence toujours croissante de la jeunesse pour la carrière

ecclésiastique »

« Il voudrait jeter un voile sur le triste tableau que présente l'état du culte et de ses ministres... * »

Ce clergé est en effet l'un des plus corrompus qui soient au monde, malgré le zèle d'évêques respectables et l'exemple des jésuites, réguliers et irréprochables.

Quoi ! vous chargez la religion d'affermir les mauvais rois, les mauvais maris et les mauvais maîtres, en prê-

* The west Indies, etc., p. 161.

*/ètd.. p. 156.

' Ibid., p. 157. •

chant la soumission aux sujets, aux femmes et aux esclaves, et vous êtes surpris que, pour ce beau métier, on ne trouve pas de prêtres, et qu'à le remplir, on se corrompe et on s'avilisse! Dieu en soit loué! Quand le clergé se charge d'excuser les vices qu'il doit combattre, il les gagne, et c'est justice que le médecin prenne la maladie qu'il n'a pas voulu guérir.

On pourrait parier d'avance que la justice, qui est la seconde force morale après la religion , est envahie par la même contagion. Les aveux de M. Queipo, lui-même procureur général, n'en laissent pas douter \ « La législation produit une source intarissable de procès; ils sont la proie d'une multitude d'agents d'affaire (picaplectoa), d'avocats (/e^rarfos), et de procureurs {causidicos); ils coûtent énormément cher, la procédure est inextricable, ils durent sans fin; en France, en Angleterre, en Espagne même, la justice est coûteuse, mais enfin, on a l'espoir de l'obtenir. 11 n'en est pas de même dans l'ile, où l'indulgence des cours supérieures et la difficulté de faire panenir jusqu'aux pieds du trône les plaintes qui peuvent s'élever contre les abus et les injustices des tribunaux inférieurs et leurs assesseurs gradués, les laisse maîtres absolus de la fortune et de

la liberté des habitants, en favorisant^ l'impunité »

L'exorbitante faculté laissée aux parties de choisir et de récuser leurs juges*, l'abus des gratifications (bmcas)^ escamoteries {vistas^ épices), assure aux maîtres d'esclaves une impunité facile. Après une longue énumération

* The wesl Indies, etc., p. 240, 243, 256. « Ibid. p. 252.

des abus, c'est un magistrat qui conclut en nommant la législation et la justice, un ver rongeur qui mine l'île ^ Au-dessus de la justice civile s'élève la j ustice politique^ ou le gouvernement. Il est absolu, sans limites. Pas de législature comme à la Jamaïque, pas de conseils généraux comme aux Antilles françaises. Pour maintenir les esclaves, les colons veulent un pouvoir de fer ; ils le subissent pour eux-mêmes. Voici quelques exemples* de la manière dont il s'est exercé dans les dernières années : Don José Antonio Saco, pour avoir publié quelques articles contre la traite des noirs, banni sans procès ;

Don Domingo Delmonte, riche propriétaire d'esclaves^ soupçonné d'avoir rédigé une pétition contre la traite > exilé ;

Don Benigno Gêner, pour avoir écrit une adresse contre la traite signée par 93 planteurs de Matanzas, forcé de s'expatrier (1844) ;

Don Gaspar Bétahcourt Gisneros, riche planteur de Puerto Principe, soupçonné des mêmes opinions, mandé et sévèrement admonesté devant le capitaine général.

Don José de la Luz Caballero, pour les mêmes opinions,, traduit devant une commission militaire;

Don Manuel Martinez Serrano , pour les mêmes opi^ nions, mort en prison.

Ainsi, il y aurait, ou plutôt il y a une opinion abolitionnisteà Cuba, le gouvernement ne la tolère pas. Mais il a longtemps toléré que le capitaine général reçût une

* The west IndieSf etc., p. 304.

« La Question de Cuba (1859, p. 19, 20).

208 r/ESCLAVAGE.

once d*or (quatre-vingt-quatre francs) par tête de bétail humain introduite. On peut citer les capitaines généraux, vivant encore, et enrichis de cette manière.

En résumé, la justice, la liberté politique, la sécurité sont en décadence. Mais du moins est-il bien vrai que la richesse, unique objet auquel tout est sacrifié, soit en progrès ?

Si le luxe était la richesse, si d'énormes fortunes particulières que voit l'Europe, parce qu'elles se dépensenl en Europe, étaient un fait habituel, l'île de Cuba pourrait être regardée comme une terre opulente, et la ville de la Havane, si brillante, si animée, la ville de la prodigalité charmante et de la mollesse dorée, serait un paradis. Mais ces apparences sont des voiles qu'il faut lever. Allons aux sources de la richesse. Plus d'une est desséchée. Le commerce étant presque tout entier entre les mains des étrangers, c'est la possession et le travail de la terre qui est la richesse de l'île. Or le travail servile augmente de prix. Si la population avait été libre, elle se serait peu à peu répartie dans tous les endroits les plus fertiles. Captive, elle a été parquée dans une seule province. En Espagne, il y a 750 habitants par lieue carrée; à Cuba, 587 dans le département occidental de l'île ; les bras manquent et la terre reste inculle partout ailleurs \ Pour fa-

* Terres cultivées 65,677 caballerias

Prairies naturelles 99,612

— artificielles 17,404

Terres non dcfricliées 409,826

Terres arides 139,265

La caballeria est de 33 acres 1/2 anglais. (Rev. coL, 1850, 5, 368.)

COLOxMKS ESPAGNOLES. t>09

briquer du sucre, à Taide des esclaves, on a négligé les prairies arlificielles et l'élève du bétail ^ ; des forêts séculaires ont été abattues pour cultiver la canne, et il en est résulté la sécheresse et Tinsalubrilé * ; on a négligé la recherche et Texploitation de mines de charbon importantes*. I/élendiie de la culture nécessaire à la production de la canne à sucre ne permettant pas facilement la division des héritages, les sucreries ayant longtemps joui du privilège exorbitant de ne pouvoir être vendues que pour une dette égalant leur valeur (loi 5, tit. XVI, liv. 5, du Code des Indes), la répartition des terres ayant été faite sans prudence à Torigine, au point qu'une seule famille (Recios) possède 200 lieues carrées , l'habitude du luxe entraînant à une grande imprévoyance , il résulte de toutes ces circonstances que la propriété foncière est obérée lourdement, et qu'elle a se trouve, dit M. Queipo, comme perdue dans un inextricable labyrinthe, source intarissable de procès qui troublent la paix des familles, compromettent et diminuent les fortunes, ruinent les créanciers de bonne foi, et , trainés facilement en longueur, aboutissent pour la plupart à la vente des habitations \ » L'intérêt de l'argent, à cause de ce défaut de sécurité, est très-élevé. Le numéraire est rare. La vie est très-chère. Les colons et les capitaux de l'Europe n'osent s'aventurer. Pendant ce temps, le sucre auquel on a tout sacrifié, est de plus en plus concurrencé par le sucre de

' DonV. Queipo, p. 100.

2\o l'esclavagf:.

Java, de la Louisiane, du Brésil. Les colonies anglaise» elfrançaises reprennent leurs forces. De grandes fortunes^ plus ou moins biçn acquises, à côté d'un malaisée génénal de la propriété, une prospérité, ravivée par des caases passagères, dont on entrevoit déjà le lerme, des habitudes deluxeet deprodigalitéqui contrastent avec la vie cruelle des esclaves, et achèvent de cacher et par conséquent de précipiter des causes profondes de ruine, voilà donc, après avoir lu un défenseur officiel de Cuba , ce que Ton est conduit à penser de cette prospérité matérielle, dont les partisans de la servitude font un si complaisant étalage, prospérité qui pourrait en effet devenir immense, le jour où les effort^ des hommes correspondraient aux dons incomparables du Créateur.

IV. — Qu*a donc à craindre TEspagne, si elle ebdit l'esclavage? i

Une dépense pour indemniser les propriétaires, une perte de revenus pendant quelques années, un malaise momentané.

Sans nier Timportance de cetle dépense, le poids de ce malaise, il est pern^is d'affirmer que, dépense et malaise, seraient moins lourds et moins longs que partout ailleurs.

Les précautions dont l'expérience a révélé l'utilité, l'engagement transitoire des affranchis, seraient faciles. Déjà les meilleurs procédés de fabrication sont usités, et la combinaison de la petite culture avec la grande fabrication n'est pas chose nouvelle. La force militaire, les écoles, les institutions de bienfaisance sont prêtes. L'exem pie du travail libre est déjà donné sur une grande échelle.

COLONIKS IvSPAGNOLIvS. 2< I

Il Test surtout de la manière la plus remarquable dans la seconde Antille espagnole , Tîle de Puerto-Rico. Une plus intelligente répartition des terres, régularisée par une ordonnance de Ferdinand VII, du 10 août 1815 *, qui accorde à tout étranger une concession gratuite de 4 fanègues 12 (2 hectares 50 ares) de terre, à condition de les cultiver, et la moitié à chaque esclave, a attiré les colons, répandu la pelite propriété et facilité Témancipation.

Dès 1854, le colonel Flinter*constatait que sur 400, 000 habitants , il y avait à peine un vagabond, que toute la population était aux champs, active et heureuse. Pas plus de 57. villes ou villages contenant 6,448 habilalîons sur 355 lieues carrées, tandis qu'on comptait dans la campagne 44,295 habitations occupées par 540,893 habitants sur 400,000. Sur 45,000 esclaves, 15,000 étaient domestiques, 50,000 seulement étaient répartis dans 300 sucreries et 148 caféieries, indépendamment de! ,277 petites plantations. Les trois quarts des produits destinés à la consommation ou à Texportation, étaient le fruit du travail libre des blancs ou des gens de couleur, ainsi que rélève de 100,000 têtes de bétail .

En 1810 , la valeur des exportations n'allait qu'à 65,672 piastres; en 1852, elle excédait 5,000,000 piastres. Autrefois, Porlo-Rico, d'abord colonie pénale, étnil dans V'état le plus déplorable et les noirs libres étaient

* Annexes au livre de don V. Qucipo, p. 569.

* Londres, 1834, chez Longman, cite dans un écrit de Zacliîiry Macaulay traduit sous ce titre : Faits et renseignements prouvant les avantages du travail libre sur le travail force. Paris, Hachette, 1855, chap. i",p. i, 19.

indelents et vicieux. Tous les progrès sont dus à la'^-î^ibulion des terres , à une législation libérale, à la construction des églises, à de bons règlements contre le vagabondage, en autres termes à la propriété, à la religion, à la justice En vingt ans, d'après le témoignage de M. Mérivale \ la population a doublé, la production a qu'^dru plé, le nombre des esclaves, malheureusement augmemC depuis, ne s'est pas accru. Outre les planteurs qui, en général , habitent leur terre et Texploitent eux-mêmes, il existe à Porlo-Rico une classe très-nombreuse , à peu près un tiers de la population, de petits propriétaires de race blanche, connus sous le nom de hivaros^ qui çr '♦'vent leurs petites habitations avec leurs familles, m-^ peu instruite, mais courageuse, industrieuse, vivauvlcn très-bons termes avec les gens de couleur, \insiles blancs peuvent travailler et se reproduire sous le climat des tropiques ; les produits tropicaux peuvent être cultivés par le travail libre. L'exemple de Porlo-Rico établit ces deux vérités si contestées.

En 1844, au témoignage de don José Saco *, on comptait à Porto-Rico 1,277 petites plantations de cannes à sucre cultivées par leurs propriétaires libres, et le même écrivain rappelle que le sucre est égale\*ent produit par des bras libres aux Indes orientales, à Java, aux Moluques, aux Célèbes, à Sumatra, à Manille. On peut ajouter maintenant les Antilles anglaises et françaises. Or, dans

* Herman Merivale, Lectures on coIonisalion,\Skiy cité par M. Jules Lechcvalier, Rapport sur les questions coloniales, I, introduction, XX, 1844.

• De la suppression de la traite des esclaves africains dans rite de Cuba, par don José A. Saco (Hev, coL, 1845, 5, 256} .

les Antilles espagnoles, il y a déjà plus d'hommes libres qu'ailleurs, plus de blancs pour diriger les gens'de couleur, plus de soldais pour maintenir l'ordre, plus de capitaux pour traverser la crise, et l'expérience d'autrui our éviter les fautes et ménager la transition. Que man- 'y il donc? Rien, si ce n'est la volonté.

Mais, d'autre part, qu'esl-ce que l'Espagne doit redouter, si elle n'abolit pas l'esclavage?

La décadence morale et même matérielle d'un admirable pays, puis la perte de sa colonie.

Que le luxe , le faste, les millions, les mariages des ^ ^^es de la Havane et la prospérité incontestable, duc , causes exceptionnelles et transitoires, ne nous fassent pas d'illusion.

En r!5'umé,'aVér':n esclavage adouci, continuellement renouvelé par la traite, l'île ne s'est pas peuplée; avec" de magnifiques éléments de richesse, la propriété est en général obérée par les dettes, dévorée par le luxe; la terre est devenue une fabri(|ue; une force militaire considérable, un pouvoir supérieur illimité, n'ont pas empêché des révoltes, l'élat de siège, le bannissement; la religion s'est corrompu^, iu lieu de civiliser ; la justice est abaissée; les mœurs dissolilfes; les blancssoumis, sans aucune liberté politique, au pouvoir absolu dont ils ont besoin pour se protéger contre la révolte. Onabeau dire que l'émancipation se fera peu à peu; on a beau vanter des lois humaines, une opinion abolitionniste sérieuse, même parmi les maîtres, une large faculté de rachat, moins de préjugés de couleur qu'en Amérique Le rachat ne conduit à rien, l'opinion n'est pas libre, aucun exemple n'est donné et on se

indolents et vicieux. Tous les progrès sont dus à la *^r»inbution des terres, à une législation libérale, à la construction des églises, h de bons règlements contre le vagabondage, en autres termes à la propriété, à la religion, à la justice En vingt ans, d'après le témoignage de M. Mérivale \ la population a doublé, la production a qu^^dru plé, le nombre des esclaves, malheureusement augmeiiii> depuis, ne s'est pas accru. Outre les planteurs qui, en général , habitent leur terre et Texploitent eux-mêmes, il existe à Porlo-Rico une classe très-nombreuse , à peu près un tiers de la population, de petits propriétaires de race blanche, connus sous le nom de hivaros^ qui çi,V*v vent leurs petites habitations avec leurs familles, mpeu instruite, mais courageuse, industrieuse, vivaii»,1cn très-bons termes avec les gens de couleur Ainsi les blancs peuvent travailler et se reproduire sous le climat des tropiques; les produits tropicaux peuvent être cultivés par le travail libre. L'exemple de Porlo-Rico établit ces deux vérités si contestées.

En 1844, au témoignage de don José Saco *, on comptait à Porto-Rico 1,277 petites plantations de cannes à sucre cultivées par leurs propriétaires libres, et le même écrivain rappelle que le sucre est égale i.ent produit par des bras libres aux Indes orientales, à Java, aux Moluques, aux Gélèbes, à Sumatra, à Manille. On peut ajouter maintenant les Antilles anglaises et françaises. Or, dans

* Herman Mérivale, Lectures on (ro/o«wa//o«, 1841, cité par M. Jules Lecbcvalier, Rapport sur les questions coloniales , I, introduction, XX, 1844.

* De la suppression de la traite des esclaves africains dans VïU de Cuba, par don José A. Saco (!\ev, coLf 1845, 5, 256}.

COLONIES ESPAGNOLES. '2\7y

les Antilles espagnoles, il y a déjà plus d'hommes libres qu'ailleurs, plus de blancs pour diriger les gens'de couleur, plus de soldais pour maintenir l'ordre, plus de capitaux pour traverser la crise, et Te^cpérience d 'autrui ôur éviter les fautes et ménager la transition. Que man-

'•î-^ " il donc? Rien, si ce n'est la volonté.

Mais, d'autre part, qu'esl-ce que l'Espagne doit redouter, si elle n'abolit pas l'esclavage?

La décadence morale et même matérielle d'un admirable pays, puis la perte de sa colonie.

Que le luxe , le faste, les millions, les mariages des ^" '^es de la Havane et la prospérité incontestable, duc , causes exceptionnelles et (ransitoiros, ne nous fassent" pas d'illusion.

En r'iumé,'aVér';n esclavage adouci, continuellement renouvelé par la traite, l'île ne s'est pas peuplée ; avec de magnifiques éléments de richesse, la propriété est en général obérée par les dettes, dévorée par le luxe; la terre est devenue une fabri(iue; une force militaire considérable, un pouvoir supérieur illimité, n'ont pas empêché des révoltes, l'élat de siège, le bannissement; la religion s'est corrompu**, au lieu de civiliser ; la justice est abaissée; les mœurs dissolifes; les blancs soumis, sans aucune liberté politique, au pouvoir absolu dont ils ont besoin pour se protéger contre la révolte. Onabeau dire quel'émancipation se fera peu à peu; on a beau vanter des lois humaines, une opinion abolitionniste sérieuse, même parmi les maîtres, une large faculté de rachat, moins de préjugés de couleur qu'en Amérique Le rachat ne conduit à rien, l'opinion n'est pas libre, aucun exemple n'est donné et on se

214 L'KSCLÂVAGK.

réduit à répéter : c'est le temps qui détruira resclavage. Or le temps rive plus de chaînes qu'il n'en use. Qu'a-l-il . fait jusqu'ici ?.Le temps a vu naître à Tîle de Cuba d'ad- ' mirables progrès. Cette riche contrée a des écrivains, des ^ savants, des artistes, des poètes, des administrateurs, des| millionnaires, des journaux, des écoles, des églises, des établissements de toute sorte , des usines modèles , des chemins de fer, des plantations supérieurement dirigées,; des ports magnifiques, un commerce aclif; elle est ce qu'on appelle aujourd'hui un pays civilisé.

« Partout, dit M. de Humboldt\où l'esclavage est trèsanciennement établi, le seul accroissement de la civilisation influe beaucoup moins sur le triaitement des esclaves que l'on ne désirerait pouvoir l'admettre. La civilisation s'étend rarement sur un grand nombre d'individus, elle n'atteint pas ceux qui, dans les ateliers, sont en contact immédiat avec les noirs. »

On voit à Cuba, ce que Ton vit à Rome et à Athènes, l'esclavage durer à côté du luxe , l'extrême abjectien à côté de l'extrême opulence, et l'état des esclaves plu» misérable à mesure que les exigences delà ricjhesse et du commerce deviennent plus impérieuses. Le même soleil fait mûrir les fruits et pourrir le fumier. Le tempo accroît la richesse des maîtres et la misère des. esclaves. 11 y a bientôt quarante années que M. de Humboldt i^ visité Cuba ; quarante années n'ont pas changé la con-» dition des esclaves. Compter sur le temps, c'est perpétuer la servitude.

* Voyages, m, ^, Aie. ' {

COLONIES ESPAGiNOLES. 215

Ce serait au gouvernement espagnol à prendre Tiniliative. Pour abolir la traite, il a fait, de mauvaise grâce, quelques efforts tardifs; pour abolir Tesclavage, aucun, 11 n'est pas demeuré seulement inerte, il a été complice. Nous le verrons fermant les yeux sur la continuation de la traite au mépris des traités les plus solennels. Nous vivons vu, et il faut redire encore, sa conduite envers l'opinion des partisans de la liberté, nombreux, à Thonneur de la société cubaine.

A la suite des insurrections des esclaves qui eurent lieu à Cuba à la fin de 1843 et au commencement i\e 1844, un mouvement abolitionniste se manifesta dans l'opinion, 92 habitants considérables de Matanzas signèrent (29 novembre 1845) une adresse au capitaine général O'ûonnell contre la traite et indirectement contre l'esclavage ^ ; le capitaine général refusa de les recevoir et leur fit une sévère admonestation. Une seconde adresse ayant été signée à la Havane, il la mit en pièces devant ses auteurs ; à une troisième adresse, il répondit par des menaces écrites. Plus de trois mille noirs furent passés par les armes et -un millier d*autres banni ^ Quel était leur crime? Au inilieu des tortures cruelles infligées à ces malheureux ooirs pour leur arracher des aveux sur l'origine de l'insurrection, ils déclarèrent, alors même qu'ils étaient attachés au fatal poteau , qu'ils n'avaient pas été poussés à la révolte par des traitements trop rigoureux , mais

* «ey.co/., 1845, 7,281.

^ Uapp. du juge- :ommis.'aire cinglais, Rtu. col. 1847, 12, 104.

que l'amour de la liberté, dont on les avait injustement privés, les avait excités à se révolter, qu'ils étaient prêts à braver pour elle les plus cruelles souffrances et la mort même, que sans elle ils ne pouvaient plus vivre; on en vit s'échapper et se donner la mort, plutôt que de retomber en esclavage.

Lord Aberdeen, en affirmant tous ces faits dans une dépêche au gouvernement espagnol du 2 mai 1844', ne craignait pas d'ajouter : «Les seules personnes qui prêtent la main à la continuation de la traite sont les officiers même de la couronne d'Espagne. La cupidité du gouvernement est la cause réelle de cet affligeant trafic imposé à la colonie, malgré son danger manifeste et au grand mécontentement des propriétaires, dans le but unique d'enrichir le capitaine général. »

L'opinion s'émut à Madrid comme à la Havane. Les remontrances du cabinet anglais eurent pour rcsullat la loi de 1845 pour la répression de la traite, loi plus sévère et non moins violée que les précédentes. Mais rien ne fut fait contre Tesclavage. Or il était la cause des révoltes; il ne suffisait pas de dire : n'apportez plus d'esclaves , si l'on n'ajoutait pas : n'en conservez plus. L'émancipation anglaise était accomplie; on préparait, dans cette même année 1845, l'émancipation française par des lois importantes. Le gouvernement espagnol n'exprima pas même un vœu, un espoir, il n'annonça l'intention d'aucune initiative. Quinze années se sont écoulées depuis cette époque, sans qu'un seul pas ait été fait, sans qu'un

« fiev.coL 1845,7, 285.

COLOiNIES ESPAGNOLES. 217

seul mot ait été prononcé en faveur de Tabolition de Tesclavage.

Au contraire, le rapport qui précède les décrets de {^^i y sur Venregistremmtj ï immigration^ etc., débute par ces paroles honteuses * :

« L'un des maux les plus graves dont souffre aujourd'hui l'île de Cuba, provient de la rareté des travailleurs... Si Ton ne se hâte d'y porter remède, les richesses que renferme cette île ne tarderont pas à diminuer et même

à s'épuiser complètement Il n'échappera pas à la

profonde pénétration de Votre Majesté, que la situation qu'on déplore est due, d'une part à l'existence nécessaire de l'esclavage, et de l'autre , aux traités en vigueur qui suppriment la traite. Les Antilles paraissent condamnées par la Providence à ne montrer leur fécondité qu'à la faveur de cette institution et aux dépens de la race sur laquelle elle pèse. De là est résultée, pour l'île de Cuba, une situation sociale et économique qu'il est indispensable de maintenir avec tous ses inconvénients , quelque exceptionnelle et anormale qu'elle soit, car l'idée seule de la régulariser en la modelant sur les sociétés européennes ferait naître de plus grands dommages encore pour l'État et même pour la race privée de la liberté civile.

«Delà nécessité demamieuÏT l'esclavage dans ces régions naissait naturellement l'utilité de permettre en certains cas, l'introduction de nouveaux esclaves, mais comme les traités le prohibent, ce moyen efficace de conservation a

» Rev. (;oL,i854, 13, 286.

manqué à l'esclavage au moment où le développement et les progrès de Tagriculture le rendaient chaque jouf plus nécessaire. »

L'esclavage nécessaire^ la traite nécessaire^, voilà ce que proclame en 18r4, le gouvernement espagnol.

Mais, grâces à Dieu, c'est l'abolition qui est nécessaire. Ce que l'humanité n'a pas inspiré, la nécessité Je commande. Cuba n'a pas changé de maîtres, mais il a changé de voisins. Dans tous les pays qui avoi- ^inenl Cuba, du Mexique à la Floride, de Panama à la •Guyane, dans toutes les Antilles, régnait, il y a moins d'un siècle, presque partout l'Espagne, et partout l'es- <îlavage. Centre de l'Amérique ipsulaire, de l'Amérique du Nord et de l'Amérique du Sud, la reine des Antilles, Cuba, n'a plus autour d'elle que des institutions ou que •des races sans ressemblance avec les siennes. Le Mexique, i'Amîcrique centrale, la Colombie, Saint Domingue , les Antilles anglaises, françaises, danoises, suédoises, n'ont plus d'esclaves. La Louisiane et la Floride en possèdent , mais elles appartiennent à la riace envahissante des Anàéricains. La grande, belle, riche Cuba semble aux Slavesholders du sud de l'Union américaine comme une terre détachée de leur continent qu'ils veulent reprendre à la mer. Augmenter d'une contrée divisée en deux États, le nombre des États à esclaves , c'est rétablir dans les deux chambres du congrès Téquilibre des votes, et fortifier', rétablir l'influence du Sud. L'Amérique est aux Américains comme l'Italie aux Italiens. Cuba doit être la pi*me des États-Unis, elle le sera : les premières tentatives ont échoué avec Lopez, elles seront recommencées. La con-

voitise du Sud est devenue un plan delà politique passée dans le langage officiel ; Cuba sera achetée, cédée ou prise.

L'Espagne livrera son dernier vaisseau et son dernier écu avant de perdre le seul joyau qui lui reste <lù son ancienne couronne américaine. Déjà dans les Certes, des défis solennels ont répondu aux menaces et aux instances duCabinet deWashington\ Les deux cent mille mulâtres libres, qui le lendemain de l'annexion retomberaient dans un rang voisin de Tesclavage, résiseront avec l'Espagne. Un parti puissant essayera de conquérir l'indépendance de Tile. Cependant, Texemple du Texas prouve assez que TAmérique avancera pas à pas, et, tôt ou tard, Tusurpation est infaillible. Car d'une part, s'il y a aux États-Unis un parti qui la prépare, il y a dans l'île, d'autre part, des planteurs qui la désirenti afin de ne plus payer à l'Espagne tant d'impôts et les frais de tant de fonctionnaires, afin d'assurer, en s'unissant à quinze Étals à esclaves, la perpétuité de la possession des leurs. Lord Palmerston l'a dit un jour : « leç colons de Cuba ne tiennent plus à l'Espagne que par la peur d'une insurrection et par la faveur de la traite. » Oi*, l'Amérique protégerait désormais mieux leur sécurité et leur trafic. Les assiégeants ont donc des intellir gences dans la place, et l'envie est assurée de la comr plicité de l'intérêt.

, A moins que l'Europe ne s'y oppose, ce siècle est probablement destiné à voir la main énorme des ÉtatSr

« V. liv. IV, ÉlaU^Unis,

no L'ESCLAVAGE.

Unis, s'étendre et se refermer sur une nouvelle conquête, grande comme T Angleterre , plus riche des dons de Dieu qu'aucun pays du monde, Gibraltar de la Méditerranée américaine, sentinelle postée à l'entrée du Mississipi, gardienne du futur canal de Panama, reine das Antilles que se partagent les puissances maritimes et que la même convoitise, accrue par ses triomphes, osera menacer à leur tour?

L'Espagne, conduite par une mauvaise action à une situation fausse et extrême, a déjà tenté d'obtenir pour ses possessions la garantie de l'Angleterre et de la France. En 1852, un traité a été proposé aux États Unis; dans cette convention, il ne s'agis?ait de rien moins que d'une déclaration obligatoire de la part des trois nations, équivalente àassurer àTKspagne la possession perpétuelle de l'île de Cuba, sans aucune garantie de sa part à l'égard des habitants de la colonie*. Les États-Unis ont refusé un traité qui décevait leur ambition sans satisfaire l'humanité.

Depuis cette époque, nous l'avons dit ailleurs, les projets sont devenus publics, et les menaces audacieuses.

Heureusement pour l'Espagne, la Providence lui accorde un répit et une occasion de se relever. A la faveur de la crise qui déchire les États-Unis, par une démarche hardie, l'Espagne a recouvré Santo-Domingo, et elle est sans doute disposée à placer sa main dans les révolutions du Mexique. Maîtresse ou protectrice de deux terres sans esclaves , comment conservera-t-elle la troisième et la

« La Queslim de Cuba, 1859, p. 57.

COLOxMES ESPAGNOLES. '>2I

plus belle, comment s'assurera-t-elle la possession de Cuba?

Le seul moyen, c'est d'émanciper les esclaves!

Le sud des États-Unis n'aura plus le même intérêt à l'annexion; s'il la tente, l'asservissement d'une terre libre pour y rétablir l'esclavage fera horreur au monde entier, et l'Espagne obtiendra plus aisément l'appui de l'Europe. Quatre cents mille noirs et deux cents mille mulâtres défendront le droit de TEspagne avec leur liberté. L'émancipation lui enlèvera des esclaves et lui donnera des défenseurs. Les propriétaires seront indemnisés, et, s'ils se plaignent à l'excès, l'on pourra opposer à leurs plaintes les traités qui permettent de rendre à la liberté les esclaves dont on ne peut justifier l'origine; si ces traités étaient exécutés à la lettre , que leur resterait-il donc?

Je le répète avec un écrivain distingué : a L'aboliiion de l'esclavage est le moyen le plus infaillible d'assurer à l'Espagne la possession de Cuba\ »

De toutes les nations de l'Europe, l'Espagne a été la première à peupler d'esclaves le monde qu'elle a conquis, sera-t-ellc la dernière à renoncer à un crime qui a duré plus de trois siècles!

" M. Cucheval-Clarigny, Patrie an M janv. 1859.

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