‹ L'abolition de l'esclavage (volume 3)Chapitre 36 sur 78 · COLONIES DE LA HOLLANDE · texte numérisé non relu

COLONIES DE LA HOLLANDE

1<» Indes néerlandaises.

Les Hollandais, petits par le territoire, grands par l'histoire et par le caractère, sont un des peuples de l'Europe qui font le plus d'honneur à Tespèce humaine. Ils ont arraché leur sol aux flots de TOcéan , ils Tont affranchi de la domination étrangère. Habiles dans la navigation, longtemps nommés les rouliers de la mer^ audacieux , prêts à aller dans tous les temps s'enrichir ou se battre au bout du monde, ils ont su, peu à peu, sans verser autant de sang que les Espagnols en Amérique, ou que les Anglais dans Tlnde, étendre et asseoir leur empire sur les îles vastes, fertiles et peuplées de la Malaisie'.

* Histoire des établissements hollandais en Asie, par le capitaine Dubouzet, Rev.coL, 1843, p. 137. Le dernier traité qui a garanti aux Hollandais leurs possessions a été conclu avec TAngleterre le 17 mars 1824.

Là, sous Taulorité du gouverneur général, véritable roi, appuyé sur une petite armée en partie composée d'indigènes et à peine entouré de quelques milliers d'Européens, vingt millions d'habitants * forment un empire plus vaste et plus peuplé que le Brésil, et obéissent en paix à Tascendant d'un petit peuple qui compte à peine trois millions d'hommes. Comme Fa dit M. le baron Dupîn, le système colonisateur des Hollandais se résume en deux mots: tolérance religieuse, intolérance commerciale. Ils n'excluent aucun travail, ils ne laissent à d'autres aucun profit. Un système ingénieux , perfectionné par les gouverneurs célèbres Van der Capellen (1816), de Bus (1826), Van den Bosch (1830) surtout, auquel la Hol-

»JavaetMadura. . , . . . 9,584,130

Sumatra 3,430,000

Banca 50,000

Riouw 70,000

Bornéo 1,200,000

Célèbes 3,000,000

Moluques 718,500

Timor 800,000

BalietLombak 1.205,000

Sur ce nombre, ily a 2 ou 300,000 Chinois. Ce sont les chiffres de i841> (Heu. col., 1852, p. 55.)

D'après le dénombrement de 1855, présenté par M. le baron Dupm% la population serait seulement de 15,506,31 2 habitants, dont 10,916,158 pour Java et Madura. Cette différence lient à ce que le savant rapporteur ne compte pas les vastes régions de Sumatra et de Bornéo, demeurées ou redevenues indépendantes. Célèbes est plus grand que Java, Sumatra est plus étendue que les îles Britanniques. Bornéo égale en surface Tempire d'Autriche. On sait qu'un Anglais, qui a pris le nom de Rajah Brooke, a fondé à Bornéo un État indépendant que T Angleterre n'a pas encore accepté.

* Rapport à la commission de C Exposition nuivcrselle, 1850, p. 280.

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lande doit d'avoir vu le commerce de Java et sa population doubler en trente ans, frappe tous les habilants d'un impôt de travail au profit du gouvernement, qui a snccédé en 1795 à l'ancienne Compagnie des Indes. Les chefs et princes indigènes en sont, dans chaque dessables percepteurs, et le travail , au lieu d'être regardé comme le fait des Hollandais, semble à la population être celui des anciens souverains, propriétaires du sol, aux termes du Coran. Toutes les denrées sont achetées par le gouvernement à un tarif convenu, puis il les vend aux agents d'une société de commerce (Handel-Maalschappy), fondée en 1819, renouvelée en 1849, qui, à son tour, lestrans-porte dans les ports hollandais par des bâtiments consiruits en Hollande et montés par les Hollandais, les vend sur les marchés hollandais et reporte aux Indes des produits hollandais.

Assurément, cette série de privilèges et de monopoles rencontre des objections et engendre des inconvénients ; fort attaqué, le système parait toucher à sa fin\ Mais, après tout, il a produit d'immenses effets. Des terres qui seraient restées sans culture ont été cultivées. La production a suivi un progrès incroyable; du principal produit, le café, on expoiiail 8,000,000 kilog. en 1790, et en 1840, 70,240,000 kilog. Le bénéfice de lousa augmenté. La civilisation européenne a fondé des villes magnifiques .

* Éiat de la question coloniale en Hollande^ par le professeur Ackersdyck. Utrecht, 1861.

Par une loi du S août 1850, le monopole de navigation a été diminué. Une ordonnance du 51 mai 1858 a ouvert seize ports au commerce général. (Rev, coL, 1859, p. 515, ait de M. Jonquières.)

La Hollande donne le spectacle de colonies qui enrichissent la métropole ^ Enfin elle a trouvé le secret, rencontrant des hommes indolents sur un sol fécond, de les soumettre au travail sans les soumettre à Tesclavage. Les indigènes sont les débiteurs du gouvernement, ils ne sont les serviteurs de personne.

H s'en faut que le sort de ces hommes soit enviable : ie HoUandais regarde Tindigène comme d'une race inférieure; il le laisse dans les liens d'un mahométisme grossier, il ne lui donne pas, comme l'Espagnol à l'In- •dien des PhiUppines, sa foi, ses mœurs, des franchises municipales. fiC Javanais est accablé d'impôts, travail ^extraordinaire, travail ordinaire, corvée {culat ou heerendienst), culture des champs, impôt foncier, patentes, droit de consommation, de pesage, d'exportation du café •et du poivre, droit de transbordement, droit d'atierage, ^roH ^'entrepôt, droit d'enregistrement, droit sur le bois, sur l'or, sur les successions^, sur les chevaux et voitures, =suf les^venles} sur les procédures, etc. Le gOHvememenl a le monopole du sel, le monopole des ventes publiques, ile monopole de l'étain de Banca, le monopole des nids d'oiseau 'mangeables, le monopole du commerce du Japon, le monopole des terrains, le moiK>pole 4e la poudre. Contribuable, taillable, corvéable, le Javanais ou

* M. Dubouzet évalue le bénéfice net, en 1858, de l'ile de Java, à ^3 millions de florins. (Hev, coL, 1843, p. 163.) V. aussi la ménne Revue, 4852, p. 56, et 1859, p. 309. En 1839, Java, par Fenvoi de 22 millions de florins, a sauvé la mère patrie de la banqueroute. En 1840, Ja?a produisait trois fois autant de sucre que les Indes. En 1856, le mouvement des importations et exportations touchait 300 millions, et le tonnage 400,000 tonnes dont 300,000 sous pavillon hollandais.

LA HOLLANDE. t>5!

l'habitant des Célèbes n'est pas un être heureux; il se révolte souvent; pourtant il n*est pas un esclave, son labeur n'est pas sans salaire, et le soir, après son travail, îl ne se dit jamais : je serai vendu demain.

Il peut même, s'il est trop opprimé, quitter son village, •et la dureté du chef est ainsi tempérée par la crainte du déplacement, droit que n'avaïl pas le serf russe \

Cependant, si les Hollandais n'ont pas réduit en esclavage les indigènes de leurs possessions des Indes, elles ont, jusqu'aux dernières années, renfermé d'autres esclaves.

L'esclavage était dans les mœurs de la population de l'archipel indien* avant l'établissement des Européens; sa conversion violente au mahométisme n'y avait rien <^hangé; cette population possédait soit des esclaves domestiques, lesquels n'étaient pas vendus^ soit des étrangers, prisonniers de guerre ou pris sur mer, et qui étaient on objet de commerce, soit enfin des débiteurs ou pandelingen, qui se mettaient eux-mêmes en gage pour l'ac- <[uitiement de leurs dettes. Toutefois, peu à peu le travail libre avait pris le dessus, les habitants étant assez nombreux pour que la contrainte fût inutile, et l'on croit ■qu'il n'y avait pi us d'esclaves à Java quand les Européens •s'y établirent. Ceux-ci eurent des esclaves par luxe et par habitude plutôt que par nécessité. A l'exception de quel-

* Dupin, loc, cit. y p. 356.

^ Les détails qui vont suivre sont en partie empruntés à des articles extrêmement curieux du Moniteur dek Indes OrietitUles 'de la Haye, reproduits ^aiig la Revue coloniale, 1847, XI. p. 178, et XIU, p. 9i.

* Lorsque l'Anglais William Mareden visita Sunvàira (Voyage, t. II, ch. xiii, |). 54, 1792), il y trouva cependant l'esclavage, mais assez doux, et le roi 4\\chem garde par des femmes esclaves armées.

ques noirs de la Nouvelle-Guinée, ces esclaves éldienl de la même race que Timmense majorité de la population indigène ; affranchis, ils se mêlaient sans peine avec elle ; esclaves, ils n'étaient guère moins dépendants qu'elle; ils n'avaient pas à souffrir de cette inégalité marquée sur la peau qui pèse sur le noir, même après son émancipation. En outre, les fondateurs des colonies néerlandaises paraissent avoir été animés de sentiments religieux et humains ; car des documents anciens qui portent le reflet évident de règles de l'Église catholique plus anciennes encore, interdisent à des chréliens de vendre des esclaves chrétiens à des païens, à des musulmans ou à des juifs; la foi agit ainsi là où le sentiment d'une commune origine est effacé; les maîtres chrétiens sont invités en outre à traiter les esclaves non baptisés comme leurs proprès enfants pour les convertir au christianisme^ y et les maîtres non chrétiens sont obligés à laisser instruire dans la foi leurs esclaves, et même, s'ils se convertissent, a les céder à des maîtres chréliens au taux fixé par les autorités, sorte d'expropriation pour cause de religion prononcée à une époque où l'expropriation pour utilité publique n'était pas encore inscrite dans la loi. De nombreuses mesures (1754, 1777, 1780) protègent les esclaves chrétiens, ordonnent de les instruire, de les bien traiter, défendent de les vendre; ainsi, considérés comme membres de la famille, les esclaves chrétiens se sont peu à peu élevés jusqu'à la liberté sous la garde de la religion, et depuis longues années on ne connaît plus un seul esclave

1 4 mai 1622.

chrétien dans les Indes hollandaises, ce qui prouve à la fois que tous les chrétiens sont devenus libres et qu'on s'est gardé de convertir les autres, de peur que la conversion ne les émancipât.

Depuis une époque également fort éloignée (1688) la traite avait été interdite; un recensement des esclavesavait étéprescrit, les venlesnedevaienlplusêtreopérées(1669) que par-devant les officiers publics; les prisonniers fnits dans les guerres ne devaient pas être réduils en servitude (1784).

Mais, de même que les bonnes intentions des premiers colons en faveur des esclaves chrétiens avaient abouti à tenir les esclaves en dehors de la foi, par celte loi falale qui condamne la servitude à empirer, tant qu'elle dure, bien loin de s'améliorer, la traite des esclaves, soit noirs, soit surtout orientaux, punie de mort en 1710, n'était plus frappée que d'une amende en 1722, et il fallait, en J 782, prendre des mesures contre V excessive importation (Tesclaves. La race nègre, conformément à une autre loi qui frappe la servitude de stérilité, s'est bientôt éteinte ou fondue dans la race indigène; on ne la retrouve plus. Les esclaves orientaux ont diminué de nombre. Le gouvetnementne s'en servait plus que pour recruter l'armée en 1808 ; pas un seul n'est mentionné dans l'inventaire des établissements, lors de leur remise aux Anglais en 1811; ceux-ci y aboi issent la traite et y favorisent la formation d'une société, Java benevolent institution^ d'abord uniquement vouée à la répression de ce trafic, mais ensuite à l'adoucissement du sort des esclaves, et enfin, sous un nouveau nom , Javaansch menschlievend ge-

nootschapj à Tabolition totale de Tesclavage. C'est sur rinitiative de cette société que fut rendu le règlement de décembre 1 81 8 qui déclara libres les esclaves qui n'auraient pas été enregistrés dans un délai déterminé, et que fut préparé un projet de loi, en date du 24 décembre 1825, qui affranchissait les enfants h naître des esclaves et plaçait ces derniers sous la protection de la justice. Par malheur, la difiiculté de régler la question d'indemnité ajourna Tapprobation royale. On parait avoir préféré s'en remettre au temps, qui diminue rapidement le nombre des esclaves, et aux bonnes dispositions des maîtres,, qui, en effet, regardent leurs esclaves comme des domestiques : ils en font ordinairement des cochers, des cuisiniers, des nourrices,. des femmes de chambre, et ils leur accordent souvent le bienfait de Témancipation auxquels ceux-ci tiennent tant, malgré la douceur relative de leur sort, qu'on les voit demander à leurs maîtres au moin& la grâce d'être enterrés œmme des hommes libres.

En treize années, de 1830 à 1843, le nombre des esclaves au-dessus de huit anSj d'après le revenu de Timpôl [Hoofyeld derSlaven) a diminuéde^n s de moitié, savoir :

En 1830 20.680

En 1843 9,907

A Patavia seulement, il y avait* :

En 1780 17,000 esclaves

En 1824 12,419

En 1841 5,040

Ajoutonsque l'usage de se mettre en gage, pandelingen,

* M. Dupin, p. 300.

a été supprimé par un règlement de 1818 à Java, de^ 1838 à Sumatra.

On supposait qu'il n'y avait plus en 1846 qu'environ 8,000 esclaves, et le gouverneur, M. Rochussen, défendit à cette époque d'en employer aux travaux de l'État. Depuis, le nombre a sans doute encore diminué.

En résumé, l'esclavage, dans les Indes néerlandaises, est une domesticité abusive, mais décroissante, une affaire de luxe; il n'a rien de commun avec le travail des champs, rien d'utile à la production. Son histoire est néanmoins^ la preuve que, même inutile, la servitude est sans fin; même mitigée, elle est sans progrès; elle est semblable à ces herbes opiniâtres qu'on coupe inutilement, et qu'il faut arracher jusque dans la dernière racine si l'on ne veut pas qu'elles repoussent.

Par une loi du 2 septembre 1854 (art. U5), le gouvernement a pris ce parti généreux. L'esclavage est aboli à partir du 1^' janvier 1860, dans les Indes néerlandaises.

Si la Hollande n'a pas d'esclaves dans ses grandes colonies, elle eu a dans ses petites, elle en a dans ses possessions d'Amérique et d'Afrique, dans la colonie de Surinam ou la Guyane, dans les petites îles de Curaçao^ Saba, Saint-Eustache , Aruba, Saint-Martin, qui font partie des Antilles, enfin dans ses comptoirs de la côte orientale d'Afrique, Saint-Georges-d'Elmina, Axim-Boutry, etc.

:;h*. lE-^'iLAWAiit.

fulW vaftte? <f ne dbaouM* d'dfcs^ tmlûAkét |Kvt-èlre parles Fmo^k li$5i . puk p»r ks Aaj^lik (1650% <msuite ft()ir k?!^ joif^ cfaassi^ d^Eçfasne H At Portn^, enfin par Im IMbodals 1 667j . qoî roui perdue et reocHiTrée trois (m ITli, f M)l, 1x04; . b Gonne hollandaise mù'.rnMl^ wr un e^ce de :!.^^lt milles, ao commencemmi de iS59, 5i,9i^ habitants, savoir : 15,059 habilanls libres; 3^1,065 — esclaves;

250 — émancipés, sans parler des In- Auim^ dont la maladie, TiTrognerie, la misère, diminuent \Htn h peu le nombre, et d'environ 8,000 nègres marrons ou \Ut%c\ï^ qui paraissent aussi en décroissance.

En 1 854, le nombre des esclaves élait de 58,545, don*- 528 au gouvernement*;

En 1845, le nombre des esclaves élait de 43,285*, ^^ celui des libres de 9,712;

• M, (Uî Jofiquifere», Hev. col., 1859, p. 323.

• M, Vidal de Lingend .-s, Rev. coL, 1846, p. 3.

'Sucre 18,438

Café 5,405

Cacao 837

Coton 4,742

Domestiques et artisans. . . 5,531, etc.

(Staats commissie, \^ partie, p. 95.)

En 1835, il était de 51,629', et celui des libres de 8,462.

Ainsi, en vingt-cinq ans, pendant que la population libre doublait, la population esclave diminuait de plus d'un quart. Or cette diminution nVsl pas due nux afrani^issements, car la statistique de 1859 nous indique un nombre bumiliant pour Thumanité, 256 émancipes^. Elle n'est pas due à l'extinction de la traite, car cette extinction est antérieure aux dates que nous avons choisies depuis le traité du 4 mai 1818, la Hollande a renoncé à ce trafic, et, au moins depuis 1 827, elle a été fidùle à ses engagements. D'après le témoignage des documents ofliciels, aucun fait de traite sous pavillon hollandais n'a été signalé depuis lors, et les commissions mixtes , formées à Paramariboetà Sierra-Leone, pouren connaître, ontcessé de fonctionner. La diminution de la population esclave, enfin, n'est pas due au climat, car les blancs en souffrent plus que les noirs, et cependant ils augmentent.

Elle est due toute entière à l'esclavage; c'est une loi que, dans tous les pays à esclaves, les décès l'emportent sur les naissances. A Surinam, de 1839 à 1843, il est né 5,947 esclaves, il en est mort 10,406'. Un fait spécial établit encore que ce phénomène affligeant n'est pas dû au climat. Dans les deux districts florissants de Nickerie, où les esclaves paraissent être mieux traités qu'ailleurs, parce que les maîtres habitent leur plantage au lieu de la confier à un administrateur, les naissances svr[uvscnt

* M. Vidal de Lingemles, article cite.

* Dei845à 1855, 2,158, s'il faut en croire le Rapport de 1855, p. 97, 8^ ' M. Vidal de Lingnides, p. 25, annexe n" 5.

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