‹ L'abolition de l'esclavage (volume 3)Chapitre 38 sur 78 · II · texte numérisé non relu

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les décès^ ce fait remarquable dans u^e swle et mêmecolonie où le climat ne présente aucune différence ^ »

Ce fait de la diminution de la population noire par Texcès constant des décès sur les naissances n'est pas con-r testé. Il est établi aussi bien en 1824* qu'en 1845^, qu'en 1848, qu'en 1860, aussi bien par les documents officiels que par les documents étrangers.

Est-ce donc que les esclaves sont mallraités?

On répond, comme partout, que les lois ont pris tôuteis- ^es précautions exigées par T humanité. Mais ces lois ne sont pas douces, et^ de plus, elles ne sont pas exécutées.

Elles ne sont pas douces.

Le Code noir de Surinam est une ordonnance du gdurverneur messire Wolphert Jacob Beeldsnyder Matri^jsi^ en date du 31 août 1 784 '. Elle énumère et punit tous les déli(s commis par les régisseurs et économes de manière à donner la plus triste idée de ces déplorables mandataire!» des Hollandais ou des Anglais, maîtres lointains qui boivent et mangent tranquillement 5 distance le revenu du travail imposé à des esclaves qui ne savent pas même leur

* De geboorte overtreft daar de slerfte. Dit is inerkwaardig in eeiie en duzelfdc Kolonie, waar het klimaat gcene vorsclieidenheid aanbiedl. Opmerkingen omirent de Slaven in de Kolonie Surinamc te émanciper en. X^ Haye, 1848.

- iNoles de M. Zéni, ingénieur de la marine, sur les colonies de Surinani el de Démérary, mars 1824.

' Bydragen tôt de kennis der colonie Stiriname, par M. Lans, 1842, ciié dans le Contemporain^ journal hoUandiis, 16 février 1843, et à la suite d'une Note sur la fondation d'une nouvelle colonie dans la Guyane française, Didol, 1844, p. 189.

* Le texte a élé pubhé par M. Vi lai de Linfjendrs, à la suite de son remarqualtle rapport, lie vue coloniale , 184G, p. 28.

LA HOLLANDi:. 25î)

nom. Elle tempère la rigueur des châtimenls infligés aux esclaves par les prescriptions suivantes :

Art. 13. — Aucun régisseur, économe ou intendiiil, préjios's aux provisions, aucun blanc, quel qu'il suit, ne | onna se jierniettre des menaces ou des reproches accompagnés de paroles décourageantes.

Bonne disposition; mais où est la sanction? Le texte continue ainsi : Ils infliger ont... quoi? ils? c'est-à-dire tout régisseur, économe, intendant, tout blanc, qnel qu'il soit^ aura le droit d'infliger des punitions? lesquelles?

.... Ils infligeront, en cas de besoin, des punitions sans danger aux esclaves, sans qu'il leur soit permis de faire usage du bâton dans les châtiments, ni de leiur faire subir le supplice appelé spanch-booky ou la punition des baguettes. Il leur sera permis seulement de se servir d'unfoiiet, conformément à la coutume du gouvernement; mais il est bien entendu (|ue les punitions infligées par un régisseur ou autre agent salarié blanc à un nègie ou à une négresse seront appliquées par un commandeur nègre et ne pourront dépasser le nombre de vingtcinq à cinquante coufs.

Puis l'article continue :

. ..Selon que les circonstances V exigeront^ les couj s pourront être portés jusqu'à quatre-vingts coups ordinaires, applicables sur le bas du corps, et sans que Tindividu soit lié, si ce n'est contre un poteau ou un pieu, debout, et sans qu'il soit permis de trousser les vêtements de l'esclave S ou de le hisser au-dassus du sol.

Nous voulons que toutes les autres punitions plus sévères soient

* L'esclave a-i-il des vêtements? L'art. 17, al. 2, se borne à ces mots : ... Il est recommandé de donner aux esclaves des vêtements convenables, pour couvrir leurs parties sexuelles, et de leur fournir des draps de lit...

infligées par les admiiiistrateurs ou les propriélaires eux-mêmes, on sur un ordre écrit d'eux. Il est défendu également à tout blanc de menacer un esclave avec une arme à lieu, une épée on un sabre, et plus encore d'en faiie usnge, sinon dans le cas absolu de légitime défense, îsous peine de 300 florins, au profit de qui de droit,,.

Est-ce au profit de Tesclave? Nullement. Aux termes de Tart. 1"^ moitié de Tamende revient au fmaly ou magistrat, moitié aux pauvres.

... Si les maîtres sont coupables de mauvais traitements habituels et excessifs envers un esclave, à quoi sont-ils condamnés? A le vendre, voilà tout.

Si Tesclave a été mutilé ou estropié, le fiscal entamera la 'procédure^ dételle manière qu'il lejageraconvenahle.

AiiT. 15. — En ce qui touche les nègres voisins qui viendraient sur les plantations.... ceux que Ion surprendrait volant des comestibles on antres objets, on devra les interpeller, et s'ils ne veulent pas s'arrêter, il sera permis, quand on ne pourra les rejoindre ou les saisir, de tirer sur eux avec du gros plomb^ mais seulement sur le bas du corps.... Si l'esclave est tué par malheur, ceux qui auront tire ou donné l'ordie de tirer, seront obligés de justifier leur conduite, le tout, sous peine, en cas de contravention prouvée^ d'être actionné par le fiscal, suivant que les faits delà cause Vexigeront, sans préjudice de l'action de la partie civile.

Sans doute, Tordonnance recommande de prendre soin des esclaves malades (art. 17, al. l"),de regarder comme un objet principalla nourriture des esclaves j que Vondoii considérer comme l'âme de la plantation (art. 17, al. 2*), et, dans ce but, de leur fournir du sel, des pipes, du tabac, et au moins une fois Pan un peu de poisson ou

quelque chose de la sorte, et une fois par quinzaine au moins un panier de fruits ou bien quatre régimes de bananes, en rendant responsables les esclaves si les champs destinés à leur nourriture ne sont pas cultivés; ou les maîtres, si les esclaves établissent que ceux-ci ne leur accordent pas le dimanche pour les cultiver... On aura soin d'ailleurs de mieux nourrir les blancs employés (art. 18), afin (Tinspirer aux esclaves un respect salutaire pour les serviteurs de moindre rang.

Au moins cette ordonnance a-t-elle été exécutée?

Elle avait été faite, le préanibule Tindique, pour renouveler des dispositions antérieures, toujours inobservées, une proclamation de 1759 du même gouverneur, un acte de 1749, un autre acte de mai 1 725, un premier acte du 9 mai 1686;.... des plaintes retentissent comme par le passée dit Tordonnance de 1784, et même ces plaintes augmentent tous les jours.

En 1799, le gouverneur Fridérici est déjà obligé de rappeler, par une proclamation du 14 janvier, et de renforcer Tordonnance, la conduite des régisseurs étant absolument contraire à ses prescriptions.

En 1817, le gouverneur Cornelys Rynhard Vaillant publie une nouvelle ordonnance, considérant que les prescriptions des anciennes sont négligées déplus en plus, qn'oi les considère même comme non existantes^ . . . notamment quant à Tobligation de fournir aux esclaves des terrains à vivre, « afin de prévenir (art. 12, 3°), avec la bienveillance de Dieu, tout besoin de nourriture pour Tavenir, 6^om qui s' est fait grandement sentir par T oubli de précautions salutaires durant cette année. »

262 r/ESCLÂVAGE.

Nouvelle ordonnance, le 1*" jartvier 1826, pour prescrire Tenregistrement des esclaves, . suivie d'tme loi du 23 mars 1832 sur les affranchissements et d*ordonnance^ locales très-nombreuses ^

En 1842, le gouvernement hollandais prépare un règlement qui déclare Tesclave une personne, àpteà posséder des meubles, à se marier, à se racheter, à s'instruire.

En 1851, le 6 mai, un nouveau règlement est puhh'é; un aulreen 1856\

En 1 860, on en est encore ati même point.

Comment, en effet, toutes ces lois seraient-elles exéculées? Où est la surveillance? où est la sanction? où est surtout la pitié? dans quels cœurs vit-elle encore? Quoi ! voici un brave gouverneur, Tauteur de Tordonnance de \lh9 et de celle de 1784, plein d'expérience, puisqu'il est en fonctions depuis vingt-cinq ans, plein d'intelligence et d'équité, car il écrit en- tête de la seconde ordonnance : « Le devoir nous prescrit de mettre l'état d'esclavage en harmonie avec les principes de rhumnnilé et de rendre cet état aussi supportable que possible, et on a le droit d'attendre de pareils sentiments des maîtres d'esclaves, d'autant que leur propre intérêt le leur commande... » Or, animé de si bonnes intentions, ce messire Beeldsnyder Matraas permet de fouetter vingt-cinq coups, môme quatre-vingts, même davantage, et de tirer à gros plomb l'esclave qui a volé une banane! S*occupe-t-il du jardin

* Rapport sur la colonie de Surinam, par le comte de Castelnau, capi-^i laine de vaisseau, 1847, Rev. col., 12, p. 389-591 . j

* La colonie de Surinam, par M. Favart, Rev. col., novembre 18.j9, p 154.

'et de la case de Tesclave? non ; de son rachat? non ; du mariage? non; de 1 instruction? non; de la religion? non.

Et vous espérez que la voix de rimmanité parlera plus haut à ia conscience de ces régisseurs, de ces intendants, -que l'ordonnance de 1817 nous représente (art. 10) >comme souvent renvoyés pour incapacité notoire j ou pour r indécence y la négligence ou l'immoralité de leur con^ (htite?

Attendez-vous davantage de la pitié ou de l'intérêt des maîtres? Vous avez raison, et le fait que nous avons cité, la diminution de la mortalité dans les districts de Nickerie^ tient à ce que les propriétaires habitent leurs plantages plus habituellement que dans les districts de Commewyne^ de Maltapica, de Para, Cottica, ou dans les forêts de Thorarica et de Saramaea. I^e proverbe : rien ne vaut t/œil du maître existe en hollandais comme dans les autres langues : « het oog van den meester maakt het paard rêt^. »

Mais où sont la plupart des maîtres? A Londres ou à Amsterdam.

Lisez dans l'admirable étude de M. Vitet sur l'école de -peinture hollandaise*, étude qui est elle-même une des meilleures pages de l'école de liltéralnre française, lisez dans cette appréciation d'un tioût si juste, si fin, et si

« A la suite de la Note de MM. Zéni, elc , on trouve le compte de deux habitations, p. 1,08. L'une rapporte 400 florins par tête d'esclaye, Taufre 330 fl.; la première est dirigée par les propriétaires, Ja seconde par de^ itérants.

* Revue des Deux-Mondes, 15 avril 1861. p. 790.

pur, la description ou plulôl la gravure écrile de deux des grandes toiles du musée d'Amsterdam. Dans 1 un, le Banquet de Vander Heist (1648), « voilà ces hardis commerçants qui tiendront tête à Louis XIV ; vous les voyez CCS loups de mer, vous leur parlez; ils sont là, en habit de gala, rudes et simples comme dans leurs comptoirs, comme sur leurs navires. Que de bon sens, que d'énergie, quelle gravité, et au fond quel orgueil sous cette gaieté rubiconde! » Dans Taulre, lesayndirs de Rembrandt (1661), cinq marchands d'Amsterdam en séance autour d'un tapis rouge, chapeau de feutre à larges bords sur la tête, vêlements de drap noir, grand collet de chemise uni et rabattu. Ces loups de mer, ces marchands qui boivent ou discutent dans le coin d'un cabaret ou dans une salle du Slaalkof en Hollande, voilà les fondateurs de la Guyane, voilà les maîtres de ces esclaves qu'on hisse de terre pour les fouetter, de ces femmes qu'on trousse pour les faire passer par les baguettes pendant la durée d'un siècle (1067-1784), puisqu'une ordonnance est nécessaire pour réprimer explicitement ces abus.

Franchissez soixante-dix anm'cs. A La Haye, que de progrès! que de prodigesaccomplis par ces bourgeois toujours énergiques, sensés, rudes et simples, habiles administrateurs de leurs cités et de leurs fortunes! A Surinam, au contraire, même régime des esclaves en 1854 qu'en 1784, qu'en 1759, qu'en 1686, et l'affreuse gravure d'un livre extrêmement curieux, sorte d'Oncle Tonis cahin de l'Amérique hollandaise, nous montre une femme enlièrement nue, pendue par les bras à deux poteaux, les pieds fixés par un lien qui part de terre, et recevant sur son

LA IIOLLAXDE. 'l.b

corps tendu les coups d'un martinet à neuf branches tenu par un vigoureux nègre, sous les yeux d*une créole éléganle el sourianle^

Je crois et je me hâte de dire que les violences excessives sont rares, mais la situation est plus forte que la législation. On voudrait girder les enfants à leurs mères, mais la gêne force à les séparer*. On voudrait bien nourrir et bien vêtir les esclaves, mais Tavarice, la négligence ou la pauvreté mènent à les laisser souffrir, et Tordonnance de 1817 Tatteste*. On voudrait bien ne pas imiter les grossiers procédés des Américains, mais, quand les esclaves prennent la fuite, il faut bien aller à la chasse et employer des patrouilles d'autres nègres , de nègres bosch, que Ton paye pour dépister et appréhender les fugitifs'. On voudrait bien évangéliser ces esclaves, et les Frères moraves s'en occupent. Mais ces iMoraves euxmêmes ont des esclaves; leur parole sans culte agit peu, el leur exemple agit davantage, aussi bien que celui des maîtres, peu dévols en général, dans cette vie qui est une continuelle tentation de dureté ou de mollesse. Aussi des observateurs peu suspects de sensibilité ou d'exagération s'expriment ainsi* : « A Surinam, on laisse les noirs entièrement libres sur rarlicle de la religion, plusieurs même exercent la religion de leur pays\ » On voudrait

* Slaven en Vrijen onder de Nederlandsche Wet, iiitgeven door D' VV K. Van Boëvell, 1854, !•' volume, p. 97.

* Ibid.y ch. II, Moeder en Kind, ^ Ibid., ch. VI, IX.

♦ 2* vol., ch. VII, Wegloopers en BoschpatrouiUes.

» JSoles de MM. Zéni (1824), Soleau, Lagrange (1834), p. 45.

• Van HœvcU, 11, ch. vi, p. 96, de Godsdienst.

266 i;esclavagk.

enfin ne pas battre les esclaves, el la loi, la pitié, l'intérêt le défendent ; mais, écrivent les mêmes témoins, « il y a des lois établies pour les punitions infligées suivant -les fautes, mais on n*y tient guère la main ; chacun agit à peu près comme il veut. »

Il en est ainsi jusqu'au moment où le gouvernement, voulant enfin agir d'une manière efficace, intervient, fixe les heures de travail, ou bien interdit le transport et par conséquent la vente d'une habitation à TautreS Dans ce <5as, la tutelle du gouvernement finit par paraître intolérable aux propriétaires, en sorte que le régime d'une colonie à esclaves aboutit toujours à l'arbitraire des maîtres sur les esclaves, ou bien à l'arbitraire du pouvoir sur les maîtres.

Sous ce régime, la prospérité matérielle de la colonie est-elle en décadence?

Les fondateurs de Surinam ont été dignes de leurs compatriotes; ils ont, par d'élonnants travaux, conquis cette terre sur la marée et sur la pluie, ils ont fait sortir des eaux une vaste étendue de terrain qui s'étend du Maroni à la rivière deDemerari, et formée d'une vase bleue, recouverlc d'une couche épaisse de fumier végé* èal, porte avec abondance la canne et le coton, le café et le cacao, et à peu près tous les produits que la main dô riiomme lui confie. On prétend qu'à la fin du dernier

* M. de Casleliiau cile les résistances contre cette règle, imposée eu 1846 par le gouverneur Van Raders, loc. cit., p. 375.

Comme dans tous les pays à esclaves les lois sont aussi nombreuses «jue stériles. Le rapport de la Commission de 1855, 1'" partie, p. 15, ciîc onze lois ou règlements de 1818 h 1855.

siècle, 80,000 esclaves, distribués sur 600 établissements, produisaient annuellement une valeur de 40,000,000 fr. de denrées*. On n'y comptait plus, en 1845, que 102 sucreries, H6 caféîeries, 41 cotonneries, 2 plantations de -cacao, { d*indigo, 49 exploitations de bois, produisant au total 3,502,218 fr.* Depuis que la Guyane française et la ijuyane anglaise ont traversé la crise de Témancipation, la Guyane hollandaise en a peu profité. L'exportation du «ucre, qui était en 1845 de 29,787,966 livres, et en 1849 de 31,121,202, n'est en 1857 que de 31,806,993 livres, presque la même^ En 1824 comme en 1834, en 1845 comme en 1849, tous les observateurs déclarent que Tagriculture est arriérée, les procédés imparfaits, les machines nouvel leé presque inconnues, et les comptes présentés par plusieurs d'entre eux montrent le revenu net sans grand progrès. Enfin, aujourd'hui comme alors, les colons se plaignent, et leurs doléances se résument datis cette phrase d'un écrit déjà cité : la situation de Surinam est mortellement malade, Suriname's tœ!sland is itoodelyk krauk\

L'histoire de tous les peuples qui ont des esclaves est <iofic fatalement toujours la même; eh fait, nlisère morale et matérielle; en droit, l'arbitraire; en résultat, la routine ou la décadence : mêmes conséquences, mêmes efforts, mêmes procédés, on peut ajouter : mêmes argu- «nents.

* M.Favart, p. 15S.

* M. Vidal de Lingentles.

5 Rapport de M. Dieudonné, Rev. col, 18,00, p. 296. — M. Favarl, Ibid.^ *îi59, p. 166.

* Opmerkingen, p. 82.

y(3'< L'ESCLAVAGE.

M. Van Hœvell * a pris la peine de relever tous les argumenls allégués par les partisans de Tesclavage en Hollande. Ils se réduisent toujours à ceci :

Les noirs sont une race inférieure. — Ce n'est pas une raison pour les réduire à un état qui les dégrade encore plus et s'oppose à jamais à leur élévation.

Ils seraient tués ou opprimés en Afrique, s'ils n'étaient pas esclaves en Amérique. — Au lieu d'un crime chez les païens, un autre crime chez les chrétiens.

Ils sont brutaux. — Et les maîtres? Et les intendants? El les surveillants?

Ils sont paresseux. — Quel intérêt ont-ils à travailler? La paresse est leur seul bénéfice. Tout homme est paresseux, et Tespoir de posséder et de transmettre le fruit de notre travail, est le seul aiguillon qui triomphe de notre paresse native

Us sont plus heureux qu'ils ne seraient en Afrique, ou que ne sont beaucoup d'ouvriers libres en Hollande. — Améliorez le sort des Hollandais. Mais consultez les esclaves sur leur bonheur! Et pourquoi parler de bonheur? La liberté est une question de justice.

Pas d'esclavage, pas de colonie. — En d'autres termes : si 40,000 hommes esclaves no reçoivent pas de coups de fouet, 200 planteurs ne recevront pas de revenus. Y at-il égalité entre les deux maux, s'il fallait choisir?

On allègue, comme un argument spécial à la Guyane hollandaise, l'exemple des nègres libres, marrons ou bosriiy au nombre de jdusieurs milliers, qui vivent dans

* T. Il, ch. viH, p. 210. Verdedigers der Slavemij.

l'oisiveté ^ résistent à révaugélisatîon , ne se civilisent pas, et préfèrent la vie sauvage à la vie régulière. Mais qu'ont-ils dans le souvenir? Tesclavage; qu'ont-ils devant les yeux? l'esclavage. Sous quelle forme le travail se présente-t-il à eux? sous l'image d'un noir baltu par un blanc. Sous quelle forme la liberté s'offre-t-elle à leur vue? sous l'image d'un blanc qui ne fait rien, (le qu'ils voudraient, ce n'est pas être libres, c'est être maîtres, avoir des esclaves à leur tour et ressembler aux blancs, qui font travailler et ne travaillent pas. Quoi ! vous vous étonnez que les bfisch fuient les villes et demeurent oisifs? Ils craignent votre compagnie et ils suivent votre exemple.

A ces noirs libres au sein de l'esclavage, fuyant comme les Indiens et redoutant les blancs, sous l'empire d'une rancune secrète et d'une défiance instinctive,il faut opposer les populations affranchies delà Guyane anglaise et de la Guyane française. Nous l'avons montré \ dans ces deux colonies, un nombre considérable de travailleurs a déserté la grande culture, mais si l'on compare le travail de ceux qui s'y consacrent encore avec le travail des esclaves de Surinam, on trouve que si 100 esclaves fournissent 57 journées de travail, 100 individus libres en fournissent 54; le nombre des ouvriers a diminué, le produit du travail d'un ouvrier libre l'emporte d'environ dix-sept pour cent sur le produit du travail d'un esclave*.

«T. IJletliv. n.

* Cette comparaison a été faite, et appuyée sur des tableaux statistiques, par M. le lieutenant de vaisseau Dieudonné, août 1850. (Rev. col., 1850, p. 299, 500.)

270 L'KSCLAVAGR.

Les faits et les raisons commencent à approcher de ce point, où la théorie et la pratique étant de plus en plus d*accord, une réforme peut être opérée sans, danger. En effet, Tabolition de Tesclavage a été,, depuis plusieurs années, mise à Tordre du jour par le gouvernement hollandais.

Mais, avant d'indiquer où en est la question, disons quelques mois des autres colonies à esclaves moins importantes.

5* iUitilles hollandaises.

La Hollande possède dans la mer des Antilles :

V Dans les Iles sons le Vent :

Curaçao, î\e de 762 milles carrés de superficie, avec la ville de Willemstadt pour capitale et les petites îles de Bonaire (450 milles) et d' Aruba (363 milles) pour dépen-^ dances. Ces îles sont catholiques.

2" Dans les petites Antilles :

Saint-Eustachej qui a 3,712 milles carrés, Saba et une partie de Saint-Martin, l'autre partie élanl possédée par la France qui a, sur ce point du monde, comme autrefois on Europe, la Hollande pour voisine, et lui a rendu ce territoire, après Tavoir repris en 1794 aux Anglais, par la main de Victor Hugues.

Curaçao renferme environ 16,830 habitants, d©nl 7,189 étaient esclaves^ le 1" janvier 1854, savoir :

* Tweede Happort der Staats commissie, 1856, 2' partie, p. 6.

Hommes. . . . 5,428 Femmes. . . . 5,761

LA HOLLANDE. 27t

69 appartiennent au gohvernoment. Il y a eu, de 1 844 à 1854, 870 affranchissements.

Bonaire a 2,339 habitants, dont 769 esclaves (361 hommes, 408 femmes), 056 appartenant au gouvernement.

Aruba, plus petite et plus stérile, contient 3,201 âmes, dont 532 esclaves (15i hommes, et 181 femmes).

Saint-Eustache a 1,856 habitants, dont 1,071 esclaves (528 hommes, 545 femmes).

Saba, la plus petite des îles hollandaises, qui est plutôt un pic cju'une île, renferme 1,709 habitants, dont 649 esclaves (503 hommes, 346 femmes).

A Saint-Marlin, les esclaves, au nombre de 1,000 à 1 ,200, sur 2,790 habitants, ont dû être affranchis à la suite de l'émancipation française par les colons, avec l'approbation du commandant, le 0 juin 1848, mais les colons ne sont pas encore indemnisés.

Ces petites îles\ Saint-Eustache surtout, que la Hollande possède depuis 1635, ont un commerce et une production encore assez actifs.

Les esclaves y sont mieux traités qu'à la Guyane. Il en est ainsi en général dans les îles, où Tesciave ne désire pas et où le maître ne craint pas la fuite autant que dans les vastes territoires. Les maîtres habitentdavantage^ leurs propriétés, et s'il faut en croire un auteur déjà cité', la manière dont ils traitent leurs esclaves est cor-

» Les possessions coloniales de la Hollande en 1859, par M. de Jonquières liev.coL, décembre 1859, p. 526.

Cet auteur donne à Saint-Eustache 10,000 habitants. Les chilTres qu'il indique pour la surtace sont aussi en desaccord avec les chiffres officiels

* Opmerkingen, etc., p. 72.

diale et paternelle, aartsvaderlijk. Aussi la nioralité parmi eux est moins grande qu'à Surinam, et mémei s'il faut en croire M. Yan Hœvel\ les naissances excèdent les décès.

naissances. décès.

Surinam 2,82 7o 5,49 •/«

Curaçao 3,86 2,77

Bonaire 3,22 1,21

Aruba 4.83 1,25

Cependant, ces petites colonies ne sont pa^^^u 'elles étaient autrefois, et elles ne vivent qu'à l'aidAe subsides de la métropole. On assure que GuraçaojB y a vingt ans, possédait plus de 10,000 esclaves au ^^de 5,000. La grandeculture n'y peutévidemmentluttelSeclc sucre i de l'Europe ou le coton de l'Amérique. Les^tites cul tures, le nopal pu la cochenille, sont leur territoire étant peu étendu, la fuite des esclaves ^ à craindre, et si les maîtres se sont fait aimer, ils ! e seront pas abandonnés. L'émancipation ne présente donc pas là de sérieuses difficultés.

4» Forts lioUandais de la cOte d'AMqae.

La Hollande, qui a fondé la colonie du cap deBona^ Espérance, ne possède plus en Afrique, sur cette C4)* occidentale, qui s'étend du cap desTrois-Pointes au ci* Saint-Paul, sous le nom de Côte-d'Or, et sur un espac — d'environ 90 lieues, que quelques forts comme Axiwc^

DUtry, Saj^Riée,Ghama, maintenus au milieu d'autres orts en rfle, comme Akra, Baracoé, et une petite ville, ^^iint-Ge(B|8 d^l-Mina, bâtie sous la volée d^unfort, ^t]| bord i*aiie petite rivière et divisée en un ramas de ^^sesànfcres et un quartier européen, avec un jardin ttunem^omenade^ I^a Hollande entrelientlà une pelile garninn, et y a longtemps recruté des soldats pour aloniesdes Indes; elle en tire en petite quantité, Tmaïs, du coton, des épices, et attend des ressources du lavage de For et de l'exploitation de vastes richesses minéralogiques. Mais elle n'a ni un territoire, ni une population qui dépendent d'elle d'une manière définie.

Cependant, leRapport de la œmmission rfe 1 853 ^ élève Là 136,000 le nombre des habitants, sur lesquels la Holinde prétend dominer, savoir :

Libres 34,000

Esclaves domestiques . . . 82,000 Autres esclaves 20,000

Il n'y a pas d'enregistrement, mais des règles pour

améliorer le traitement des esclaves ont été faites, et les

marchés d'esclaves sont interdits.

' La commission estime que la Hollande a sur ces

hommes et sur leur territoire une vraie souveraineté, et

Ion un simple contrat avec les habitants, néanmoins elle

ï*egai*de comme fort difficile d'imposer la liberté au

ttiilieu de l'universel esclavage qui règne en Afrique.

• Descviption des côtes de l Afrique occidentale, par M. Bouël Willaumcz ^B49,p.207.

diale et paternelle, aartsvaderhjk. Aussi la moralité parmi eux est moins grande qu'à Surinam, et même, s*il faut en croire M. Van HœveP, les naissances excèdent les décès.

naissances. décès.

Surinam 2,82 •/„ 3,49 •/„

Curaçiio 3,86 2.77

Bonaire 3,22 1,21

Aruba 4.83 1.25

Cependant, ces petites colonies ne sont pas ce qu'elles étaient autrefois, et elles ne vivent qu'à l'aide de subsides de la métropole. On assure que Curaçao, il y a vingt ans, possédait plus de 10,000 esclaves au lieu de 5,000. La grande culture n'y peut évidemment lutter avec le sucre de l'Europe ou le coton de l'Amérique. Les petites cul* tures, le nopal pu la cochenille, sont leur avenir, f^e territoire élan! peu étendu, la fuite des esclaves n'est pas à craindre, et si les maîtres se sont fait aimer, ils i e seront pas abandonnés. L'émancipation ne présente donc pas là de sérieuses diflîcultés.

4« Forts lioUandais de la cOte d'AùeUgmc.

La Hollande, qui a fondé la colonie du cap de Bonne- Espérance, ne possède plus en Afrique, sur cette cote occidentale, qui s'étend du cap desTrois-Pointes au cap Saint-Paul, sous le nom de Côte d'Or, et sur un espace d'environ 90 lieues, que quelques forts comme Axim,

Boulry, Saccondée,Chama, maintenus au milieu d'autres forts en ruine, comme Akra, Baracoé, et une petite ville, Saint-Georges d'El-Mina, bâtie sous la volée d'un fort, au bord d'une petite rivière et divisée en un ramas de cases à nègres et un quartier européen, avec un jardin et une promenade*. I^ Hollande entrelient là une petile garnison, et y a longtemps recruté des soldats pour ses colonies des Indes; elle en tire en petite quantité, du maïs, du coton, des épices, et attend des ressources du lavage de Tor et de l'exploitation de vastes richesses minéralogiques. Mais elle n'a ni un territoire, ni une population qui dépendent d'elle d'une manière définie.

Cependant, leRapport de la commission de \Sb5'^^ élève à 136,000 le nombre des habitants^ sur lesquels la Hollande prétend dominer, savoir :

Libres 34,000

Esclaves domestiques . . . 82,000 Autres esclaves 20,000

Il n'y a pas d'enregistrement, mais des règles pour améliorer le traitement des esclaves ont été faites, et les marchés d'esclaves sont interdits.

La commission estime que la Hollande a sur ces hommes et sur leur territoire une vraie souveraineté, et non un simple contrat avec les habitants, néanmoins elle regarde comme fort difficile d'imposer la liberté au milieu de l'universel esclavage qui règne en Afrique.

» Description des côtes de l Afrique occidentale y par M. Bouët Willaumez 1849, p. 207.

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