‹ L'abolition de l'esclavage (volume 3)Chapitre 42 sur 78 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Le christianisme a détruit Tesclavage.

Oui, celui qui est par excellence le Rédempteur, celui qui a racheté la femme de l'abjection., Tenfant de l'abandon, le sujet de la tyrannie, le pauvre du mépris, la raison de Terreur, la volonté du mal, le genre humain du châtiment, Jésus-Christ, a rendu la fraternité aux hommes et à 1-hommela liberté, Jésus-Christ a détruit Tesclavage.

Je trouve ce fait établi ou affirmé par les écrivains les plus impartiaux, les plus sévères, les plus renommés; il est écrit dans une longue série de lois, de décisions, de canons, dans une suite non interrompue de monuments historiques. Cette imposante unanimité de témoignages confirme les pressentiments d'un instinct universel. Avant Ion te démonstration, on comprend, on devine que le

christianisme a dû abolir Tesclavage, comme le jour abolit les ténèbres, parce qu'ils sont incompatibles.

C'est donc une phrase banale d'attribuer au christianisme ce magnifique bienfait, et ceux-là même qui lui contestent tout ne le lui disputent pas d'ordinaire.

11 en est ainsi, du moins, de ce côté de l'Océan; mais, en Amérique et en Espagne, le besoin de justifier ce qu'on praique laisse encore quelque crédit à Tassertion contraire. En France et en Angleterre, l'émancipation a fait rentrer dans l'ombre des dissertations analogues. Le temps n'est pas loin cependant où un publiciste trèsconnu* osait écrire ces mots : c< Le christianisme a toujours justifié et maintenu l'esclavage. » Et, plus récemment, non pour justifier l'esclavage, mais pour dénigrer le christianisme, on a soutenu, à grand renfort d'érudition, que la raison et la philosophie pouvaient seules prétendre à l'honneur d'avoir émancipé les esclaves*.

La question de l'influence du christianisme sur Tabolition de l'esclavage est moins simple qu'on ne le suppose, et les objections valent la peine d'être de nouveau réfutées, puisqu'elles sont de nature à égarer bien des esprits.

Consultez, dit-on , l'Ancien Testament ; il consacre l'esclavage.

Ouvrez l'Évangile; il ne dit rien.

Lisez les écrits des apôtres; ils recommandaient aux esclaves la patience, bien loin de leur promettre la liberté.

* M. Granier de Cassagnac, Voyage aux Antilles, t. II, p. 409. ' Revîte de PariSf article de M. Larroque, janvier 1856.

lime Sévère, c est-à-dire de Tan 202 de notre ère, provenant des ruines de Zraïa , Tancienne colonia Jidia Zaraï.

C'est le premier et le seul document de ce genre que l'on ail trouvé dans loute Tétendue du monde romain.

Voici le tarif des droits par tête :

Un escUive • . . 1 denier 1/2

Un cheyal ou une jument .... id.

Un mulet, une mule id.

Un âne, un boeuf.

Un porc.

Un cochon de lait.

Un mouton, une chèvre, etc.

Deux textes de Papinien qui écrivait sous Septime Sévère, apprenent que le prix légal des esclaves était alors fixé à 20 pièces d'or, ou 500 deniers ^

Que vaut à l'octroi un être humain, doué d'une âme divine? le même prix qu'un cheval ou un mulet, un peu plus qu'un âne ou un porc ! Cet homme , notre frère et notre semblable, peut être donné, engagé, loué, légué, cédé, vendu, saisi, enfin tué, nullum caput habet. Pour lui, pas d'état civil, pas de mariage, pas de paternité, pas de propriété, pas de droit, pas d'obligation, pas d'action en justice, servitusmorti adsimilatur. 11 n'est témoin qu'avec la torture, il n'acquiert, il ne stipule que pour son maître. Les jours de fête on laisse chômer les bœufs, mais non pas l'esclave. On l'injurie, on le soufflette; au- ^un recours, à moins qu'il n'y ait dommage pour le

* Rapport de M. Régnier, de Thistitut, au prince ministre do TAlgérie, Moniteur du 6 décembre 1858.

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