‹ L'abolition de l'esclavage (volume 3)Chapitre 73 sur 78 · L'ESPAGNE A SAINT-DOMINGUE · texte numérisé non relu

L'ESPAGNE A SAINT-DOMINGUE

A la faveur de la crise des États-Unis, le gouvernement espagnol vient d'accepter l'annexion à TEspagne de la partie de Tîle d'Haïti ou de Saint-Domingue que cette monarchie possédait autrefois. Le président de cette république, le général Santana, par une adresse du 18 mars

i 861 , remise au capitaine-général de l'île de Cuba, a fait parvenir les vœux de la population à la reine qui les a reçus et ratiiiés par un dénet du 19 mars 1861, réincorporant ainsi à la monarchie la première île de l'Amérique centrale dont l'immortel Colomb ait pris

Cet événement est heureux. A la séparation, les habitants ont dû Tabolilion de l'esclavage, mais, en proie à de continuelles agitations, ils ne pouvaient trouver que dans l'union à une grande puissance européenne la paix et la civilisation. La Hberlé n'est pas menacée. L'exposé, qwi précède le décret, déclare que Tesclavage, appelé scandaleusement par le maréchal O'Donnell la plaie indispensable des autres colofiies^ n'est aucunement nécessaire à l'exploitation de ce territoire fertile, et affirme que le gouvernement ne songera jamais à l'y rétablir. S'il en est ainsi, le problème de la colonisation des terres tropicales sera résolu sur ce point du monde ; sans la race blanche, pas de progràs; sans la race noire, pas de travail ; avec l'esclavage, abaissement de toutes deux, corruption, scandale, puis ruine ou guerre de la coexistence des deux races et de leurs libres et bons rapports commence la véritable fondation des colonies. L'Espagne sera conduite à affranchir les esclaves à Cuba et à Porto-Rico, jusque-là menacée au dedans et au dehors. Maîtresse de ces trois perles du golfe du Mexique, voisine du Mexique lui-même, gardienne du futur canal de Panama, l'Espagne verra renaître sa grandeur coloniale, et pourra devenir l'heureuse bienfaitiice de quelques-unes des maguiûc^ues régions dont le Créateur lui fit don, et qu'elle a corrompues, ensanglantées, puis perdues, après les avoir découvertes.

(V. le très-curieux article de M. Lepelletier de Saint-Remy : Saint- Domingue et les nouveaux intérêts maritimes de U Espagne, Revue des deux-Mondes y du l*^"" juin 1861.)

UJ!« CONCORDAT ENTRE LE SAINT-SIEGE ET LA RÉPUBLIQUE d'hAÏTI.

II e::t (les (encs, admirables par le climat, le sol el la situation, dont riiisloire ne paile qu'une fois par siècle et peur eu dire peu de chose cl surtout peu de bleu. La grande île d'Haïti, l'une des plus vaslcs el des plus fertiles du globe, est du nombre de ces terres. Qise fut-elle depuis lacréatiou jusquà la fui du quinzième siècle de iiolie ère? Nous l'ignorons. Puis l'Iiistoire nous apprend que rimn.orlel Colomb la découvre en 1492 et la nomme Hispaniola, que les Espagnols, par d'horribles massacres, exterminent les indigènes, que deux cents ans après (1697), la France s'y établit; qu'à l'ombre de notre drapeau, une poignée de Français s'y enrichit par le travail de misérables esclaves; que cent ans plus lard (1791), un nouveau massacre, comme s'il venait venger le premier, chasse les Français, qui s'obstinent à reprendre sans succès cette terre où la fièvre s'unit à la Iiaine pour leur résister ; qu'un gouvernement grossier, mais libre, s'installe enfin ; que, d'un homme remarquable, Toussaint Louverlure, il tombe de généraux en présidents, de présidents en empereur, d'empereur en président, en sorte que l'île d'Haïli compte ses années par ses révolutions, et toujours indépendante, jamais paisible, elle est récemment passée entre les mains plus intelligentes d'un président nouveau.

En France, où l'indemnité payée aux anciens colons n'est pas encore entièrement soldée, où les petits-fils des possesseurs massacrés vivent encore, où les compagnons d'armes du général Leclerc ont leurs héritiers, le nom de Saint-Domingue ne rappelle que les plus tristes souvenirs. On a longtemps exploité ces souvenirs contre l'abolition de l'esclavage, quoique ce lieu commun soit une double erreur.

Les troubles de Saint-Domingue eurent pour cause le refus des blancs libres de reconnaître des droits aux mulâtres libres ; ces troubles îi. 33

51i L'ESCLAVAGE.

éclatèrent en 179i , i792, 1795 ; or ce n est qu en 1794 que l'esclavage fut aboli par la Convention. Ce préjugé des blancs contre les gens de couleur, qu'était-il donc sinon un résultat de l'esclavage? A quelle flamme aussi s'alluma la haine des noirs, quand elle (it explosion ? Aux souvenirs de l'esclavage, à la frayeur d'y retomber. Est-ce que les blancs avaient répandu autour d'eux le bonheur, l'amour, les lumières? Après un siècle, beaucoup de sucre ou de café s'était vendu, de grosses fortunes, obérées de plus grosses dettes, s'étaient acquises; de très-belles cultures avaient été exploitées; mais quels progrès avaient fails, sauf dans quelques habitations exceptionnelles, l'instruclion, la religion, la moralité? Les noirs ont rendu en coups de couteau ce que leurs pères avaient reçu en coups de fouet, la force s'est vengée de la force, et tant d'horreurs ont accusé l'esclavage, en souillant la liberté.

On dit : «Voyez ce que les noirs ont fait de la terre. » Je réponds : f Dites-moi ce que les blancs avaient fait de la race. » Je conviens que, sans les blancs, les noirs n'ont guère profité des dons du Créateur. Qu'en auraient fait les blancs, si on leur avait rendu leurs propriétés sans les noirs ?

On exagère d'ailleurs la situation. Haïti porte une société paresseuse, grossière, inférieure, mais cependant c'est une société, avec de!^ lois, des impôts, une armée, un gouvernement. Auparavant, c'était un atelier de discipline, recruté par la traite, exploité par la cupidité,, gardé par la peur. Lorsque l'indépendance de l'île fut reconnue par la France, en 1826, M. Humann prononça ces belles paroles :

« Un jour^, les descendants et les héritiers des conquérants de Saint- Dominguc, voyant s'étendre et disparaître la population conquise^ s'avisèrent d'aller chercher, à prix d'argent, sur une terre étrangèreune race sauvage, mais robuste, capable de supporter, sous le soleil des tropiques, les ftitigues de la culture et de servir utilement l'avarice de ses maîtres. La destinée de ces esclaves était de travailler sans relâche et de mourir. Le préjugé proscrivait leur couleur, la science

* 10 mars IS^C, [Moniteur, p. 297, ) sur l'ordonnance du 17 avril 1825, qui reconnaît l'indépendance de Saint-Domingue.

leur disputait la raisou commune; on affectait de les croire au-dessous de rhumanité pour excuser les fatigues excessives et les traitements innpitoyables qu'on leur prodiguait. Qui ne croirait qu un tel état de dioses ne dût fonder une domination sans bornes et sans fm? Hé bien ! messieurs, le contraire est arrivé, et, ici, il faut reconnaître, la main de cette puissance supérieure, qui ne laisse jamais outrager impunément la nature humaine, et qui , du mal même, sait tirer sa réparation.

« Par un reste de pudeur, à ces êtres dépravés on enseigna le christianisme. La nécessité les avait formés au travail, et voilà qu'au bout de quelques siècles le travail et le christianisme les ont relevés et régénérés; le travail et le christianisme ont fait des hommes là oiï Topinion n'en voyait pas, et quand le temps marqué fut venu, de la traite des noirs est sortie la république de Haïti.

« Ce que la Providence avait fait, le roi de France Ta reconnu. Français et chrétien, j'en remercie le roi et j'en félicite la France. »

Qu'est devenu le travail, qu'est devenu le christianisme? Un rapprochement curieux montre que le travail n'est pas, comme on le prétend, anéanti. C'est à peu près à la même époque, sous la Restauration, que la France consentit à l'indépendance dllaïti et contribua à l'indépendance de la Grèce. Qu'on ouvre le Tableau général du commerce de la France en i858, et l'on verra que le chiffre des importations en France est pour la Grèce (p. 58). 4,523,069 fr. pour Haïti (p. 62) 12,603,150 fr.

Ces chiffres sont assurément bien au-dessous de ceux. qui représentaient avant 1790 les produits de l'île. Il faut donc travailler à un progrès dans l'avenir, mais sans retour vers le passé. Nous avons sous les yeux les vices des noirs ; autrefois nous avions également les vices des noirs et de plus les vices des blancs.

Le christianisme était-il fort répandu avant 1791 ? Assurément non ; dans tous les pays à e-claves, mal enseigné par un clergé inévitablement corrompu, il ne pénètre pas profondément les âmes, il fait quelques saints, beaucoup d'hypocrites, une masse de superstitieux on d'indifférents. La religion veut des âmes libres. Comment cette religion sans racines aurait-elle pu se maintenir pendant les massacres,

510 LESCLAYAGE.

au milieu des ruiucs, dans une véiitablc décomposition lociale, sous des chefs comme Dcssniincs, Pétion ou Clirisiophe?

Cependant les noirs, qu'elle avait consolés, et qui aiment le culte catiioliquc, ne s*en détachèrent jamais tout à fait. En même temps, le saint-siége n'abandoiuia pas un seul jour cette terre infortunée. Le pape Léon XII, par une bulle de juillet 1826, tâche d*y réorganiser le culte religieux. En 1854, Mgr Englund, évêque de Charleston, y est envoyé comme I6gat apostolique. En 1843, le souverain pontife fait partir Mgr Rosati, qui |)ose les bases d'un concordat négocié avec le président Boyer. Mgr Rosati obtient le concours de la congrégation du Saint-Cœur de Marie^ et le vénérable supérieur, M. Libermanu, awoic M. Tisserant, dont une bienveillante communication m'a fait connaitrc h touchante correspondance.

Pendant vingt ans, tous les efforts avaient échoué contre deux obstacles insurmontables, la mauvaise foi du gouvernement, la corniption du cierge. 11 restait en effet à Saint-Domingue des préUes scandaleux au sein d'une population ignorante, mais très-disposée à la religion, si la religion eût été autrement représentée. Corruptio optimi pessima. Que faire avec des prêtres dont l'un finissait un sermon par ces mots : Vive la souveraineté nationale ^ vive le beau sexe ! Pour oser concevoir la pensée de convertir à la foi de tels pasteurs et de tels fidèles, il fiUait un saint. Tel fut M. Tisserant, dont riiistoirc touchante semble faite pour présenter, en regard des horreiu's auxquelles la nature humaine s'abaisse, le spectacle de la sublimité qu'elle atteint

Il y avait au séminaire de Saint-Sulpicc, peu après 1830, trois jeunes gens, un créole de Bourbon, un créole de Maurice, un créole de Saint-Domingue. Ih* se confièrent la résolution de se vouer à l'évangélisalioii des noirs de leur pays natal. Dieu envoya la même vocation à un savant et pieux juif converti ; il se nommait Libermanu; il fut le premier supérieur et ils furent les premiers membres de la communauté du Saint-Cœur de Marie (aujourd'hui réunie à celle du Saint- Esprit). « La fin générale de notre Société, a écrit l'un de ces fondateurs, est de s'occuper des peuples les plus pauvres et les plus délaissés il JUS l'Église de Dieu. Les noirs se trouvant en ce moment plus

qu'aucun autre peuple dans cette position, nous nous sommes offerts pour les évangéliser. »

L'un des trois missionnaires a relevé le culte à Maurice, l'autre à Bourbon. M. Tisscrant fut envoyé à Saint-Domingue, avant que le concordat préparé par Mgr Rosati eût élé signé. Mais il ne le fut pr.s, et le jeune missionnaire, repoussé de la terre à laquelle il voulait consacrer sa vie, se vit forcé de séjourner à Sainte-Lucie et à la Grenade, où il fit tant de bien qu'on voulut le retenir. Mais son cœur l'attirait vers Sainl-Domingue; il y pénètre enfin. Pendant des années laborieuses, il surmonte d'incroyables obstacles, triomphe du clergé, du pouvoir, du climat, inspire enfin le respect et la confiance, touche au moment de négocier avec le général Hérard un nouveau projet de concordat. D'où vient l'obstacle ? Une lettre écrite de France par M. Isambert dénonce les missionnaires et la cour de Rome, comme des émissaires d'une politique dangereuse. On obéit aux avis d'un si grand ami des noirs , on ne doute pins que les prêtres n'aient forme le projet de rendre File à la France, on redoute la domination plus dangereuse encore de la cour de Rome, on demande que le concordat reconnaisse les libertés de V Église gallicane,... Voyez- vous toutes nos querelles surannées rajeunies à l'usage de Saint-Domingue, et un vieux libéral de 1 831 envoyant à Port-au-Prince ses passions, comme on y importe les vieilles modes et les vieux habits ! Pauvre peuple ! la foi y est éteinte, la corruption déborde, l'ignorance déploie ses ombres épaisses, et on lui persuade qu'un missionnaire de trente ans porte sous sa soutane l'épée du général Leclerc ou les torches de l'inquisition. On craint l'influence française, et ou emprunte à la France les libertés gallicanes. On écarte un François-Xavier pour écouler un descendant diminué de Pitliou ! Rien de plus affreux que de voir nos querelles d'école, nos thèses de Sorbonne ou nos discussions parlementaires, traduites en langue vulgaire, et singées grossièrement à Tautre bout du monde.

M. Tisserant, qui avait dtjà reçu le concours de plusieurs prêtres français, dut encore, après plusieurs années de prières, d'efforts, de peines infinies, renoncer à ce troisième ou quatrième projet de concordat; il revint en France espérant de meilleurs jours, et, dans l'ardeur

de son zèle, il accepta, comme en attendant, la préfecture a[)ostolique de la Guinée. Le Papirij qui le conduisait à la côte d'Afrique, fut assailli par une fuiieuse tempête. M. Tisserant exhorta ses compagnons, et ne pouvant sauver leur vie, il s'efforça de sauver leur ânie. L'un d'eux, jeune Israélite, touché de sa vertu, se jeta à ses genoux pour lui demander le baptême. Quelques heures après, le prêtre et le néophyte mouraient engloutis dans les flots, le 7 décembre 1846. M. Tisserant avait trente et un ans.

Avec lui eût été engloutie l'espérance de la mission d'Haïti, si son exemple et ses mérites n'eussent suscité d'autres dévouements. Une nouvelle tentative fut faite par Mgr Spaccapietra pour obtenir, au nom du saint-siége , un concordat du ridicule empereur Soulouque.

Enfin l'avènement, le 22 décembre 1858, d'un président énergique, mtelligentet loyal, le général Gefîi'ard,a été Foccasion de négociations nouvelles, et Mgr Monetti, prélat d'un grand mérite, envoyé en 1860 par le souverain pontife, vient de revenir en Europe, rapport^mt un concordat ratifié et signé.

L'honneur de l'initiative appartient au général Geffrard, lui-même, qui, dès 1859, envoya à Rome un négociateur heureusement choisi, M. Faubert. Connaissant mieux que personne son pays, le président savait bien que toute la population demeurait attaché au culte catholique, avec une remarquable persévérance, malgré les efforts des missions protestantes, facilités parle mauvais exemple du clergé catholique, réduit à trente-trois prêtres, français, corses,* italiens ou espagnols. Il avait compris que la réforme du clergé dépendait des relations hiérarchiques avec Rome et de l'établissement d'un séminaire. Le s.iint-siége, aussi persévérant à porter la foi à cette population qu'elle l'était à la souhaiter, correspondit à ces vues.

Le 3 décembre 1860, Mgr Monetti débarquait à Jacmel, avec plusieurs missionnaires, au milieu d'une ovation joyeuse des habitants, déjà prévenus de la signature du traité avec Rome par le discours du président à l'ouverture de la session (29 août 1860). Tous les gardes nationaux étaient sous les armes, une bougie allumée dans la main droite, et le fusil sur le bras gauche! De Jacmel à Port-au-Prince, il y a vingt-deux lieues par des chemins difficiles. I^e prélat fut reçu, le

APPENDICE. 5i9

11 décembre, par le général, les minislres, les magistrats, le peuple, -avec mi extrême enthousiasme. ( La République, journal d*Haïti, 13 décembre 1860.)

L'enthousiasme égalait l'ignorance et la corruption. Pas de sacrement sans un salaire. Les églises pleines, mais, dans une paroisse de 30,000 âmes, occupant plus de dix lieues, un seid prêtre, et, sur cent vingt-quatre enfants baptisés, quatre enfants légitimes seulement! Du 5 décembre 1860 au 6 avril 1861 , Mgr Monetti a visité les paroisses, oranimé le zèle des prêtres, distribué les sacrements, pendant qu'un raissiomiaire français prêchait le carême à Port-au-Prince, et que «d'autres instruisaient les enfants et donnaient au peuple le spectacle inouï de l'assistance gratuite des mourants.

Le Sénat, la Chambre des représentants, ont félicité le président ■d'avoir signé le concordat, qu ils saluent comme la première pierre de la civilisation de la république.

Ce concordat (Moniteur haïtien du 8 décembre 1860) se compose de 18 articles. Il déclare (art. 1®"^) la religion catholique celle de la majorité, et reconnaît ses droits. Un archevêché sera érigé à Port-au- Prince, et plusieurs diocèses établis dans l'île (art. 2). Le traitement du clei'gé, la nomination des chanoines, curés, vicaires, l'établissement d'ordres religieux, la libre correspondance avec le saint-siége, le respect des lois canoniques, l'administration des grands et petits séminaires, la participation à celle des fonds paroissiaux avec un conseil de notables, sont assurés aux évêquespar les art. 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 17. Les évêques sont nommés par le président, institués par le saint-siége, et si le saint-siége croit devoir ajourner on ne pas 'Conférer cette institution, il en informe le président d'Haïti^ qui, •dans ce dernier cas, nomme un autre ecclésiastique (art 4). Les évêques et les membres du clergé prêtent serment (art. 5). Plus d'un pays civilisé pourrait prendre pour modèle ce concordat, $i prévoyant et si loyal.

Après l'échange des ratifications, Mgr Monetti a fait à Port-au- Prince un assez long séjour pour pouvoir féliciter le président Geffrard à l'anniversaire du 22 décembre et le 1®"^ janvier, pour s'occuper avec succès de la réforme du clcigé, adresser aux fidèles, à l'occasion

du caiêiiic, un mauilemcnl touchant et utile, suivi d'une exhortation aux prétics eux-mêmes. Enfin, il a signé, le 6 février 1861, un règlemcnl en exécution du cjiicord .t qui fixe à cinq le nombre des diocè?es, égale le nombre des paroisses à celui des communes et arrête le traitement du clergé. (Moniteur haïtien^ ?0 mai^ 1861 .)

A peu près à la même époque, au commencement de cette année, le retour de la nation bulgare à l'unité catholique consolait le saint-père. La fondation de cinq diocèses, la signature d'un concordat, après quarante années de tentatives infructueuses, sur une grande île de la mer des Antilles, oii sont déposées les cendres de Christophe Colomb, ne sont pas un événement aussi considérable; il est ccpendani la i)renve de la fécondité renaissante de la foi, et l'espoir d'un meilleur avenir promis à une terre qui mérite, malgré ses misères, notre intérêt particnUer à bien des points de vue, puisqu'elle fut française, qu'elle est libre, et qu'elle redevient catholique.

(l.iv. IX, p. 2B1.)

TRAITK DE PAIX E.NTRE LE ROI ET LES PUISSANCES ALLIÉES CONCLU A ÏARIS, LE 50 MAI 1814, ET QUI PRÉCÉDA LE CONGRÈS DE VIENNE.

Article premier. — Sa Majesté Irès-cli retienne, partageant sans réserve tous les sentiments de Sa Majesté britannwiuc, relativement à un genre de commerce que repous e:it et les principes de la justice naturelle, et les lumières du temps où noas vivons, s'engage à unir, au futur Congrès, tous ses elfoils à ceux de Sa Majesté britannique pour faii e prononcer par toutes les puissances de la chrclienlc l'abolition de la traile des noirs, de telle sorte que ladite traite esse universellement, conmie elle cessera détinitivement cl dans tcus les cas, de la part de \i\ France, dans un délai de cinq années, et qu'en

APPENDICE. o2t

oulie, pendant la durée de ce délai, aucun trafiquant d'esclaves n*en puisse importer ni vendre ailleurs que dans les coloinesde VÈiùi dont il est sujet.

[Ih', IN, m, p. 322.) MISSIONS CATUOLIQUES E^ AFRIQUE (1860-1861; ».

i4/(/6'r. — 170,009 catholiques; 5,000,000 demusulmans; 40,000 juifs; une dizaine de conversions par an ; 500 enfants environ biptisés a l'article de lu mort.

Tunis. — 12,400 catholiques; 2,000,000 de musulmans; 40,000 juifs; une conversion dans un an; 671 baptêmes d'enfants d'infiiîèîej à l'arlicle de la mort.

Tripoli de Barbarie. — 28,003 catljoliqucs; 2,000,000 de mus.vlmans; SObai-tcmes d'enfants; quelques conversions secrètes.

Basse-Ëgypte. —%ifiOOcà\hohc[\M}s; 500,000 coptes; 2,000,000 de musulmans.

Haute-Egypte. — 5,500 catholiques; plus de 4,000,000 d'hérétiques ; 5,000,000 d'infidèles. La religion y fait des progrès parmi les coptes, et les conversions paraissent sur le point de devenir plus nombieusos encore.

Gallas. — 1,200 catholiques; 10,000 hérétiques; 50,000 m: siil nm»; 1,000,000 d'infidèles. Les lubitants commencent à s'habituer aux EîTropéens; des routes s'ouvrent.

Cap de Bonne-Espimnce {Ouest). — 5,500 catholiques; 40,000 hérétique^; 55,000 infidèles. On fait insensiblement des progrè.v II y a eu récemment quelques conversions, même parmi les mahonv^tans.

* Je dois colle note à M. Ducros, sccrctairc Ju Conseil delà Propigalion de \\ Foi, a Pari*.

522 LTSCLAVAGE.

Cap Est. — 5,000 catholiques; 50,000 hérétiques; 150,000 în-

Deux Guinées etSénégambie. — 4,000 catholiques; 50,000,000 d'habitants. Il y a un établissement d'apprentissage à Dakar ; on y enseigne à 70 enfants les métiers d'imprimeur, relieur, forgeron, menuisier, cordonnier, tourneur, tailleur, tisserand ; au Gabon est un établissement d'étude et d'agriculture ; ils y a plusieurs ouvroirs pour les filles.

Sierra-Leone. — Tout est à faire dans cette mission, où la mort a enlevé, dès les premiers mois, le premier é\êque et les prêlres qui lavaient accompagné.

Zanguebar, — Les missionnaires se proposent d'évangéliser principalement les noirs esclaves, venus de l'intérieur des terres, que l'on i*achèterait et que l'on garderait dans l'établissement de la mission. Ces noirs iraient ensuite librement dans Tîle de la Réunion, y compléteraient leur éducation morale et rehgieuse, et fonneraient ainsi dans la colonie une classe de travailleurs sur lesquels on pourrait compter.

Réunion. — Mission pour 60,000 idolâtres indiens ou chinois.

Iles Seydielles. — 8,000 catholiques; 1,000 hérétiques; 500 infidèles. La religion est florissante aujourd'hui dans ces iles qui, pendant un siècle entier, étaient restées sans prêtres et absolument privées de tout secours spirituel.

Abyssinie. — Le roi Négoucié a envoyé en 1858, à Rome et à Paris, une députalion composée de son cousin Hedj-Zacayà, de l'abbé Emnaton, Abyssin, et de M. Lepère de Lapeyreuse, secrétaire-intei-prèle. Cette députation exprima à Rome les sentiments d'attachement et de vénération du roi Négoucié pour la chaire de saint Pierre, et déclara au saint-père que ce roi embrasserait le catholicisme dès que la position politique du pays le lui permettrait ; en attendant, le roi permet dans ses États le libre exercice du catholicisme. Les lazaristes ont une mission dans ce pays.

Madagascar. — Les jésuites ont des établissements : 1^ à la Ressource. C'est une école spéciale d'arts et métiers et d'agriculture, destinée à pourvoir les petites îles et surtout la grande terre d'honnêtes ouvriers en tous genres; 2° à Nazareth, les religieuses de Saint-Joseph

de Cluiiy y élèvent de jeunes filles malgaches avec lesquelles puissent s'allier les jeunes ouvriers de la Ressource, pour former, quand ils rentreront dans leur pays, des ménages chrétiens; 3° à la grande terre de Madagascar (station de Nossy-Faly); 4^ aux petites îles de Mayotte, Nossi- Bé, Sainte-Marie, la Grande-Comore, Mohély et Anjouan. Ces îles sont possédées par des musulmans fanatiques; h foi s'y implante avec peine.

(Liv. X , cliap. II.)

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