‹ L'abolition de l'esclavage (volume 4)Chapitre 11 sur 56 · Du) JOSIiH LOCEART · texte numérisé non relu

Du) JOSIiH LOCEART

I Mon maître disait qu'il me fouetterait jusqu'à ce que je lusse rajé cnnmeuns^&re'. •

Nous pourrions ajouter d'autres récris, mais c'est toujours le même tableau : le fouet, la séparation, l'ignorance, le mépris, les menaces, voilà ce qu'on ose appeler le bonheur des esclaves.

Tous ces traits sont-ils des exagérations ou des exceptions? Admettons, si Ton veut, que ce sont les esclaves les plus maltraités qui s'enfuient; mais, ne l'oublions

' Celte atroce pbînnlerie àm aecieiu se rttrouve, apiës dii-neuf siicics lie chrittianisme, comme un ignoble édio du inonde païen.

Caprigenum hominem non jiïacel mihi neque paalherintim. (Wallon, 11, 340, Epld. I, i, 19.)

le poète latin comparait les esdaves ï la race des chèvres ou des paothères, ï cause des traces de coups de fouet dont leur peau était bi^rrée.

fbïGoogIc

pas, ces mauvais Iraitements auxquels plusieurs milliers d'esclaves ont été réellement soumis, plusieurs millions y sont exposés tous les jours.

t Damoclès ' est assis à la table d'un roi, couverte de vaisselle d'or et d'argent, chargée de plats exquis. « Quel lieoreux gaillard est ce tr Damoclès, s'écrie M. du Sud, il est & ime belle noce ! »

— f Oui, répfflid M. du ^orà, mais dites-moi, ne voyei-vuus pas cette ép^e qui reluit au-dessns de sa léte, et n'est su^)erdue que par un cheveu I »

— I Peu importe l'épée? toub mêles euaonble le triste elle gù. C est un tort, laissez-uous à noire aise considérer pr&entem»it le diner. Quelle fête I A en jugw par la vaissdle d'or et d'argent, par les bouquets de roses, par le fumet mêlé du bouilli et du rôti, et par l'appétit vigoureux de Damoclès lui-même, chacun doit saluer en lui un homme bien heureux ! »

— • S'il est heureuii, c'est qu'il ignore sa condition, ou que, sachant que le jour de l'épreuve est proche, il a adopté la maxime philosophique citée par le prophète : « Bnvons^et mangeons, car demain nous I mourrons, t

— Si heureux que soit Damodès, il a ce glaive au-dessns de h tête. . .... Qui accepterait un bon dîner avec cet accompagnement?

— « VOHsavez tort, le dîner est bon, laissez-nous en jouir. Damoclès se porte bien : c'est utic pitié que le Celte alTamé, sale, fripon, querelleur, ne puisse pas avoir chaque jour un aussi bon dîner à la taUe du roi Denys; un peu plus tani, nous examinerons un peu la question du ^aive, mais fm le mwnent, conveiiei-en, ce Damoclès est un heureux gaillard! u

Terminons par celle allusion plaisante, amèreettrop exacte, hétasl celte longue discussion sur le prétendu bonheur de l'esclave, le plus heureux des hommes cbez le meilleur des maîtres. Qui donc consenlirait un seul

* Vie refuge. Introduction, p. 56.

fbïGoogIc

ÉTATS-UNIS DAMfiniQUE. Ul

jour à êlre l'esclave même de son plus tendre ami?

« n est absurde, dit Etenihatn, de raisonner sur le bonheur des hommes autrement que par leurs propres sensations, et de déclarer heureux un homme qui se irouTC malheureux

a Que l'esclavage soït agréable aux maîtres, c'est ud fait qui n'est pas douteux, puisqu'il suivrait de leur volonté pour le faire cesser à l'instant. Qu'il soit désagréable aux esclaves, c'est an fait qui n'est pas moins certain, puisqu'on ne tes retient partout dans cet état [|ue par la contrainte. Personne qui se trouvant libre voulût devenir esclave; personne qui se trouvant esclave ne voulût devenir libre '. »

Cela décide la question.

' Tome I, XII, 5* pari., chap. i .

fbïGoogIc

Page 1