en i84S 56,172 — 1M
' On (bêshue trade, 1839, p. 12.
' fiey. coi.', 1855, p. 78.
'Rew. col., 1850, 5, 215. - *Ji>i(i..l832,p.557; 1855, p. 507.
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LE BRÉSIL. i!59-
Depuis lors, la traitediminue, mais cependant elle yit toujours ; qu'un navire sur cinq arrive à deslinalion, et l'affaire est encore bonne ; la surveillance est difficile surf ,200 lieues de côtes. Aussi, plus cachée, pluscruelle, ' plus active, la traite continue à alimenter l'esclavage au Brésil, comme à Cuba, comme aux États-Unis; l'esclavage et la traite sont deux complices qui ne seront exécutes que le même jour.
Que dit-on au Brésil pour justifier l'e.clavage?
Que l'Amérique méridionale est presque entièrement dépourvue d'habitants, que, pour la peupler, il faut le secours de l'immigration, que le climat ne permet le travail qu'à la race africaine, que pour la fixer à la cul- 'ture d'une portion de la terre, il faut l'y contraindre par la force. On ajoute que les planteurs' brésiliens prennent un grand soin de leurs noirs, modèrent leurs l^aTaux^ ■ s'abstiennent presque toujours de châtiments corporels, règlent avec une humanité intelligente leur régime alimentaire et hygiénique. On aflirme que l'abolition de l'esclavage tarirait toutes les sources de la richesse agricole et serait pour l'empire un immense bouleversement, presque un suicide'. On espère cependant qu'un jour viendra oil le Brésil ne portera plus que des hommes libres, ce sera le jour où les colons auront afflué. Reprenons sommairement ces motifs.
Tx climat est une mauvaise raison. Le Brésil présente tous les climats; qu'on se borne à cultiver les régions voisines de l'Équaleur par des Africains, mais des Afri-
' Ch. Reybaud, Le Brésil, eh. v, p. 187.
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cains libres, moyennanl des engagements, comme od cultive la Guyane anglaise, ou une partie de Torlo-Rico. Dans les trois quarLs de l'empire, la race blanche ou indigène n'a rien à craindre du climat. Est-ce qu'on ne se sert des esclaves que sous l'Equateur? Est-ce qu'on ne les emploie qu'à la culture? Nous avons vu que Rio seul en contient plus de cent mille.
On espère peupler par l'esclavage un paysqui ne l'est pas. Partout la population noire en esclavage s'ëleint peu à peu. C'est une loi de la Providence, et cette loi s'élond jusqu'à certains animaux, qui ne se perpétuent pas en captivité.
On craint un immense bouleversement. Si, comme on l'affirme, les noirs ont été bien traités, si l'on prend des précautions pour les retenir au sol par des engagements, et aussi par le triple lien de la propriété, en ne leur conleslant pas leur case et leur jardin, de la famille, en encourageant leur mariage, de la religion, en favorisant leur goût pour l'instruction et pour le culte, qu'on ne craigne rien. L'exemple des colonies françaises et anglaises prouve que la race noire est douce, casanière, civilisable. Elle a fui la terre, là seulement où le souvenir d'un dur esclavage lui en donnait l'horreur, là seulement où la transi lion n'a pas été ménagée avec prudence.
On espère que l'afûuence des colons européens rendra un jour l'esclavage inutile. 11 est loin, le jour où leBrésilaura reçu 100 millions d'Iiabitanls par cette voie. Mais les colons sont peu attirés vers les pays à esclaves; le nord de l'Amérique n'en reçoit-il pas plus que le sudT Les colons qui arrivent n'ont d'ailleurs rien de plus
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LE BRÉSIL -141
pressé que d'achâer à leur tour des esclaves. Les Français et les Anglais eux-mêmes, malgré la menace de perdreleur naliooalité, rougiraient de se déclarer dans leurpays partisans de l'esclavage; ils ne se Font passcrupoie afl Brésil de posséder des esclaves. L'arrivée des coloDsaugmentcradonclademande des esclaves, à moins que l'abolition de l'esclavage ne prêche leur arrivée.
Invoquons encore ici l'exemple de l'Amérique du Nord. LesËtatsqni ont eu le courage d'abolir l'esclavage, quand il était peu étendu, ont traversé sans peine celte crise momentanée, et sont maintenanlles plus florissants États de l'Union. Là où l'imprudente insensibilité des législateurs a laissé grandir le mal, on ne sait plus comment le déraùner. Que le Brésil redoute l'eiemple d^s États du Sud!
Le pouvoir étant concentré, l'abolition de l'esclavage ne présente pas au Brésil les dîflîcultés que rencontre le Congrès des États-Unis. L'indemnité n'est pas un fardeau impossible à porter dans un pays dont les ûnances et le crédit sont prospères. Elle peut se payer en partie par quelques années d'ajournement. Elle sera surtout Irèsdiminuée si un applique à la lettre, ainsi qu'on en a le droit, les lois et les traités qui déclarent libres les esclaves apportés par la traite. Sî l'on se livrait à une révision . sévère de la manière dont les esclaves sont venus entre les mains des propriétaires, en resterait-il beaucoup dont la possession puisse être justifiée?
En résumé, l'origine de l'esclavage au Brésil est infime. Son maintien est sans excuse. Son abolition est sans dilTiculté politique.
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2i2 L'ESCLAVAGE.
Elle aurait pour effet une charge financière, unecnse' agricole «L commerciale, mais passagères , réparables; chaque jour de retard en augmente d'avance la gravité, bien loin d'amener la solution. i
Si la suppression de l'esolavage-est un coap poftéàla richesse, sa continuation est un olistacle croissant à b morale ; entre ces deux éléments de la vied'un peuple, il faut choisir, ou plutôt il faut savoirqu'nn peuple sans vertu est bientôt un peuple sans richesse.
Or, on a beau dire, que l'esclavage est assez doax aa Brésil, qui a vu à Rio les noir» ivrognes^ joueurs, voleui» et débauchés, qui a visité la Caza de Càrrecào', (juia. poussé jusqu'aux »sUiiKiu» du Sud, sait ce qu'il doit penser de la moralisation et du bonheur des noii^: Hais, pour ne parler que des blancs, ils sont eux-mêmes lestictimes de l'esclavage. Il produit là ce qu'il produit ailleurs, la corruption de la famille, la corruption delà justice, la corruption de la religion ; or, quand ces trois choses sacrées sont avilies, que reste-t-ilî Je ne préteDés point que les petites sociétés du reste de l'Amérique du Sud soient, hélas ! plus vertueuses et plus probes que la société brésilienne. C'est au contraire parce qne celle-ci est la première, parce ijoe l'avenir de ce pays a, je le .crois, sa place marquée dans l'histoire, que je rougis de trouver à son front une tache qu'il porte seul , sur ce magnifique et malheureux continent. Servir Dieu en possédant des esclaves, rendre la justice en possédant desesclaves, être père, être mari, en possédant des esclaves, voilà ce qu'un Euri>péen chrétien du dix-neuvième siècle ne peut plus comprendre, voilà ce qui se voit au Brésil.
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LE BBËSIL. 3iS
HeureusenCDt un mouvement généreux dans les idée», on mouvement pratique dnis les faits , permettent de -concevoir une me^ileure e^érance. De grandes tentatives décolonisation eurof>éenne, après quelques échecs, ont pleinement réussi;. la coionie de Saint-I^OpoJd dans le Bio-Grande do Sad,«péée>par Icf gonvernement en 1835, a maintenant plus de 12,000 -habitants. Depuis 1645, l'eqipepenr a fondé, à quelques' lieues de Rio, la ville de Petropol)B,qài a déjà pins de 5,000 habitanls. I>is panicutiers ^ ont établi des centres oil les colons vivent salisfaits et dansai-abondance, comme ouvriers métayers, ou aoiuérenTsà «redit. EnQn la loi du 18 septembre 1850 qui crée un véritable- cadastre, sépare ledomaine public du domaine privé, et a autorisé le geuvememeot à insti- . luer une dùrectien générale 'de$ terres publiques, ouvre à la oc^oDisation, en déblayant devant ses pas toutes les difficultés de droit provenant des anciennes concessions ou ie$mariai, un avenir immense. D'un autre côté, une Société, nous l'avons vu, s'est formée en 1855 à la fois pour la colonisation et contre la traite. £n 1856, l'ambassadeur anglais , M. Scarietl , écrit à lord Clarendon « que le ministre, M. Paranhos, luiadit que c'était une r^ioiutton prise par te gouvernement d'abolir graduellement l'esclavage an Brésil, et que lui-même faisait partie d'une société nommée Ypiranga, protégée par l'empereur, for-
< rfotaminent H. le prince de JoiiiTille sur ies terres de madame la princesse dona Francisca, sa femrne. V. l'excellent cS^apitre de H. Rejbaud, le Br^il, ch. », p. 198, el le Rapport dcM. Aiibé, liev.cot.JSil. a, p. 332.
' Corretpondence wilh bnlish <ind foreign mimsters ad agmin. rela- (injf M rt«daire /rode, 1857. classe B, n* 182, p. 171.
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méti en mémoire de l'indépeadance du ft^l,elqui, à chaque anniversaire , affranchit solcnnellemenl des es> clâves, en pleine église, devant l'enipereur et l'impératrice. »
Ce mouvement généreux grandira, formons en l'espoir. Que le Brésil laisse les folles craintes et les misérables arguments à de chétives colonies, où il ya si peu de mai* 1res, si peu d'ouvriers, si peu de capitaux, si peu de produits, qu'un orage, un trouble dans la végétation, une faillite, un changement de régime, les mettent pour longtemps en souffrance. Mais une grande monarchie de huit millions d'habitants, intelligente, unie, vigoureuse, doit concevoir et accomplir les desseins que l'humanité commande, et il serait beau que les Latins de l'Amérique du Sud, abolissant résolument l'esclavage, eussent l'honneur de donner l'exemple aux Saxons de l'Amérique du Nord.
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